Le R.-U. se prépare-t-il à ajouter l’Iran à sa liste des organisations terroristes? L’étau se resserre sur ceux qui soutiennent le Hezbollah.

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le gouvernement du Royaume-Uni a ajouté les branches politique et militaire du Hezbollah libanais à sa liste des organisations terroristes à la suite d’une décision de son ministre de l’Intérieur Sajid Javid, que le Parlement a approuvée. Le Hezbollah, ou « Parti de Dieu », est dorénavant l’un des 74 groupes de l’étranger et des 14 autres groupes liés à l’Irlande du Nord figurant sur cette liste. Tout soutien à cette organisation tombe sous le coup de la Loi de 2000 sur le terrorisme. L’article 15 de cette loi, qui porte sur les infractions liées aux collectes de fonds, énonce clairement que quiconque commet une infraction s’il invite d’autres personnes à fournir des fonds ou d’autres biens à un groupe proscrit. Comme le secrétaire du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah et le gouvernement de l’Iran reconnaissent tous les deux publiquement le soutien que l’Iran accorde à l’organisation sur le plan financier, militaire, technique, du renseignement et des services sociaux, cela soulève une question évidente pour le gouvernement du R.-U. : Va-t-il inclure le gouvernement iranien dans sa liste des organisations terroristes ou compte-t-il contrevenir à sa propre loi?

Le but n’est pas d’identifier le Hezbollah comme groupe terroriste, mais plutôt d’empêcher les dons de parvenir au Hezbollah à un moment où l’Iran subit de lourdes sanctions afin de limiter son flux de trésorerie et, par conséquent, de l’empêcher de financer des groupes comme le Hezbollah au Liban, le gouvernement syrien et d’autres groupes en Irak et au Yémen. C’est ce que voulait dire le ministre de l’Intérieur Sajid Javid en parlant de « renseignements secrets »lors de sa dernière intervention à la Chambre des communes. L’avenir nous dira si ces renseignements secrets ont été bien compris et permettront d’atteindre les objectifs souhaités par le R.-U.

Les paragraphes 17(a) et (b) de la Loi de 2000 sur le terrorisme, qui portent sur les mécanismes de financement, prévoit ceci : « Commet une infraction quiconque conclut un accord ou est partie prenante à un accord en vertu duquel des fonds ou d’autres biens sont disponibles ou seront rendus disponibles (…) qui seront ou qui pourraient être utilisés à des fins de terrorisme. » (traduction libre) 

L’article 12, sous « soutien », est explicite : « Commet une infraction quiconque invite à soutenir une organisation proscrite ou à lui fournir des fonds, organise une réunion en vue de soutenir une organisation proscrite ou de lui fournir des fonds, ou participe à une réunion privée (…). » (traduction libre) 

Le libellé des articles de loi est sans ambiguïté : quiconque soutient ou rencontre des membres ou des commandants du Hezbollah est passible d’une peine maximale de 10 ans de prison. Ces clauses ne peuvent s’appliquer qu’à l’Iran, le premier et principal soutien du Hezbollah.

Les responsables iraniens, à commencer par le ministre des Affaires étrangères Jawad Zarif, ne peuvent plus rendre visite à Sayed Nasrallah puis aller ensuite au R.-U. ou rencontrer des responsables du R.-U. sans risquer l’emprisonnement, maintenant que le R.-U. a classé officiellement le Hezbollah comme organisation terroriste. nces est fourni par le gouvernement iranien, auquel s’ajoutent des fonds supplémentaires que Sayed Ali Khamenei tire des dons versés au mausolée de l’imam Reza. Ainsi, conformément à la législation adoptée en 2000, le R.-U. pourrait rompre ses relations avec l’Iran sans crier gare.

Le budget annuel du Hezbollah en Syrie et au Liban qui lui permet de fonctionner et de soutenir tout autre groupe en lui livrant des armes ou en lui faisant partager ses connaissances est fourni par le gouvernement iranien, auquel s’ajoutent des fonds supplémentaires que Sayed Ali Khamenei tire des dons versés au mausolée de l’imam Reza. Ainsi, conformément à la législation adoptée en 2000, le R.-U. pourrait rompre ses relations avec l’Iran sans crier gare.

Sur le plan politique, le Hezbollah se réunit ouvertement et en privé avec tous les dirigeants politiques du Liban. Ces réunions se tiennent avec le président Michel Aoun, le premier ministre Saad Hariri, le président du Parlement Nabih Berri, le ministre des Affaires étrangères Joubran Basil et la majorité des dirigeants politiques du pays. Le gouvernement du R.-U. est ainsi tenu de rejeter tout visa d’entrée à ces politiciens et d’interdire toute réunion qu’ils pourraient avoir avec des diplomates britanniques après le 3 mars 2019. 

pro-Hezbollah health Minister Jamil Jabq attending Arab Health Ministers meeting in Cairo

Qu’arrivera-t-il si le R.-U. viole sa propre loi et que ses responsables rencontrent des responsables du Hezbollah ou ceux qui ont des réunions privées avec ses dirigeants, contrevenant ainsi à sa Loi de 2000 sur le terrorisme? Un tribunal britannique aura alors du mal à trouver une défense solide contre tout partisan du Hezbollah si les responsables du R.-U. se réunissent régulièrement avec leurs homologues iraniens, qui sont responsables du financement du Hezbollah.es millions de membres de la communauté libanaise vivant à l’étranger. Le Hezbollah compte bien sûr des milliers de partisans dans la diaspora libanaise, notamment parmi les chrétiens du parti Tayyar al-Watani dirigé par le président Aoun et son beau-fils, le ministre des Affaires étrangères Basil. Ils sont encore plus nombreux parmi les chiites de la diaspora originaires du sud du Liban, de la vallée de la Bekaa, de Beyrouth et de ses banlieues. Ils ont des membres de leur famille ou des cousins qui sont liés au Hezbollah ou qui soutiennent l’organisation, et certains de ces chiites de la diaspora appuient ouvertement la cause du Hezbollah de leur propre chef.

Le « Parti de Dieu » n’a de bureau ou de représentant dans aucune ville du monde, même parmi les millions de membres de la communauté libanaise vivant à l’étranger. Le Hezbollah compte bien sûr des milliers de partisans dans la diaspora libanaise, notamment parmi les chrétiens du parti Tayyar al-Watani dirigé par le président Aoun et son beau-fils, le ministre des Affaires étrangères Basil. Ils sont encore plus nombreux parmi les chiites de la diaspora originaires du sud du Liban, de la vallée de la Bekaa, de Beyrouth et de ses banlieues. Ils ont des membres de leur famille ou des cousins qui sont liés au Hezbollah ou qui soutiennent l’organisation, et certains de ces chiites de la diaspora appuient ouvertement la cause du Hezbollah de leur propre chef. 

La plupart de ces Libanais considèrent que la cause du Hezbollah est aussi la leur, parce que l’organisation a défendu leurs villes et leurs villages chrétiens d’al-Qaeda et de Daech lorsque ces groupes étaient basés à la frontière du Liban et dans la ville libanaise d’Arsal, en ayant l’intention de s’étendre au Liban. Pour eux, le Hezbollah est la seule force capable de protéger leurs foyers au sud du Liban contre toute agression éventuelle d’Israël, qui viole quotidiennement la souveraineté du Liban par air, mer et terre. 

Il ne fait aucun doute que ces Libanais enthousiastes deviendront des cibles de choix pour les forces de sécurité intérieure britanniques à la recherche d’un « exploit en matière de sécurité », quel qu’il soit. Le problème était étalé au vu et au su de tous partout dans le monde, parmi les chiites libanais qui tiennent à s’acquitter de leur devoir de dîme islamique en donnant 20 % de leurs bénéfices de fin d’année. Selon certaines fatwas (les chiites sont libres de suivre les plus hautes autorités religieuses qu’ils jugent conformes à leur compréhension de l’Islam), ces 20 % peuvent être donnés à la « Résistance islamique », c.‑à‑d. le Hezbollah. Dorénavant, quiconque enverra des fonds à des fins islamiques qui finiront dans les coffres du Hezbollah sera considéré comme un bailleur de fonds d’une organisation terroriste. 

Le même problème s’est posé aux Libanais des USA, qui ont été forcés d’arrêter d’envoyer de l’argent au Liban, sauf aux membres de leurs familles. Les communautés libanaises de bien des pays ont observé volontairement les mêmes restrictions afin d’éviter des peines sévères ou la prison en Occident, ce qui a entraîné une réduction des dons au Hezbollah, qui compte aujourd’hui exclusivement sur le soutien iranien.

Les nouvelles mesures adoptées au R.-U. ne devraient pas nuire à la présence inexistante du Hezbollah en Occident, ni à ses comptes bancaires et à ses bureaux à l’étranger, tout autant inexistants. Les nouvelles mesures ont pour objet de resserrer l’étau sur les membres de la communauté qui soutiennent le Hezbollah. 

L’Occident a entrepris cette démarche à l’intérieur du Liban en s’en prenant aux banques libanaises et aux comptes de chiites bien nantis. Même des bureaux de change qui échangeaient des euros du Hezbollah contre des dollars ont été inclus sur la liste des organisations terroristes. Des hommes d’affaires chiites fortunés qui sympathisent avec le Hezbollah et qui sont engagés dans des projets en Irak ont vu leurs actifs gelés par l’ex-premier ministre irakien Haidar Abadi, en réponse à une demande officielle des USA.

Les mesures occidentales pourraient rendre la vie plus difficile aux chrétiens et aux chiites favorables au Hezbollah de par le monde. Sauf que la majeure partie des Libanais ne peuvent pas plus renoncer au Hezbollah qu’ils ne peuvent renoncer à leurs propres familles, parce que le Hezbollah fait partie intégrante de leur existence et que sa présence n’est pas confinée à leurs foyers et aux membres de leurs familles. Son idéologie de Résistance soutient leurs croyances et leur vision du monde, qu’ils croient ou non en l’Islam. 

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