L’accord du siècle” (3/3) : La cause palestinienne est à l’origine des succès de l’Iran et du Hezbollah

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Israël ne se prépare pas d’attaque militaire contre Gaza, la Syrie, le Hezbollah ou l’Iran parce qu’il n’en a pas besoin pour atteindre ses objectifs, au plan international comme au plan national.

Son armée frappe régulièrement des cibles en Syrie en prenant le risque de représailles de la part de Damas et de ses alliés. Israël n’a pas peur des représailles syriennes, au contraire. Si la Syrie ripostait aux violations continuelles de sa souveraineté par Israël, cela attirerait l’attention du monde entier. Les puissances mondiales concentreraient leurs efforts à stopper une escalade entre Israël et tous ses ennemis rassemblés au même endroit du Levant, et cesseraient de s’intéresser aux méfaits d’Israël en Palestine et à ses violations des accords de l’ONU et d’Oslo. Israël sait que ses ennemis ne se lanceront dans une intervention militaire sans réfléchir soigneusement à son timing, à ses avantages et à la riposte éventuelle. Pour le moment, la Syrie et ses alliés pensent qu’une guerre ralentirait le rétablissement du pays dévasté par 8 ans de guerre. Les conséquences potentielles d’une guerre avec Israël sur l’économie syrienne déjà en crise seraient dévastatrices. Les alliés de la Syrie ne sont pas prêts à se laisser entraîner dans un conflit armé pour faire plaisir au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Ils sont également conscients que Trump soutiendra Israël à tout prix et par tous les moyens. Une guerre israélo-étasunienne contre la Syrie serait un désastre.

Netanyahu est très sûr de lui, car il bénéficie du soutien de Trump et de son pays, comme cela est apparu aux récentes élections législatives. Il a l’initiative et il a réussi à attirer l’attention internationale sur l’Iran au lieu de la Palestine. La diabolisation de l’Iran, qualifié de leader des pays de l'”Axe du Mal”, permet de détourner l’attention de la loi nationaliste juive, du déplacement des Palestiniens de la zone C de Cisjordanie, et des efforts israéliens pour effacer toute trace de la présence des Palestiniens dans le territoire occupé par Israël.

La haine que voue l’Arabie saoudite à l’Iran, à cause de sa vaste influence dans la région, n’a rien de nouveau. Elle remonte à 1981, lorsque Saddam Hussein a déclaré la guerre à l’Iran. De plus,  la doctrine islamique wahhabite extrémiste de l’Arabie saoudite brille par son intolérance à l’égard des autres pratiques de l’islam ou de toute autre religion. La doctrine takfiri wahhabite de l’Arabie saoudite est la  même que celle d’Al-Qaïda et de l’EI, qui considèrent  que les laïcs, les chiites, les Druzes, les ismaélites et les zaydites, hommes, femmes et enfants, méritent d’être abattus sans sommation, et les femmes et les enfants yézidis et laïques d’être réduits en esclavage.

Le ministre israélien de la Défense a déclaré qu’il préférerait avoir l’EI aux frontières d’Israël que l’armée syrienne et ses alliés ; il admet publiquement qu’Israël a soutenu les terroristes djihadistes pendant la guerre contre la Syrie par des moyens militaires et non militaires. L’Arabie Saoudite a, elle aussi, généreusement investi dans le soutien aux djihadistes et a ouvert ses prisons et ses frontières pour permettre aux touristes- djihadistes d’aller au Levant. Israël et l’Arabie saoudite ont dit et disent toujours que leur ennemi commun est l’Iran et non l’EI.

Netanyahou a l’intention de poursuivre sa rhétorique agressive contre l’Iran tout en chassant le million de réfugiés palestiniens de Gaza vers le Sinaï égyptien, pour pouvoir ensuite diviser Gaza en zones A-B-C comme ses prédécesseurs l’ont fait en Cisjordanie grâce aux accords d’Oslo de 1993. Le premier ministre israélien veut également normaliser les relations israélo-arabes et établir des liens diplomatiques et commerciaux ouverts avec les États arabes, pour isoler l’Iran et ses alliés : la Syrie, le Liban, l’Irak, Gaza et le Yémen.

Le premier ministre israélien s’est vanté devant le monde entier de ce que “plus de deux dirigeants arabes se sont précipités pour le féliciter de sa victoire lors des dernières élections législatives”, dans laquelle une coalition d’extrême-droite a battu massivement une aile droite plus traditionnelle.

La bande de Gaza :

Gaza est la pierre angulaire de ce qu’Israël appelle “l’accord du siècle”. Netanyahou ne pourra pas, pas plus que le Hamas, s’occuper du million de réfugiés et du million d’habitants de Gaza – quand lui ou ses successeurs décideront de reprendre Gaza. Ces gens ont besoin d’eau, d’électricité, de soins médicaux, d’infrastructures, d’écoles, d’universités, de sécurité et de liens avec le monde extérieur. La situation économique à Gaza est critique et le Hamas est handicapé dans son administration de la bande de Gaza par les sanctions qu’il subit.

Gaza a été sous administration égyptienne de 1948 à 1959. C’est ce qui a donné à Netanyahou l’idée de relocaliser les Palestiniens dans le Sinaï. Dans les années 1950, le Président Abdel Nasser a envoyé à Gaza le général Mustafa Hafez qui, en 1955, a créé “les Forces des Fédayins Palestiniens”. Abdel Nasser est allé à al-Arish avec Abdel Hakim Amer et Salah Salem et il considérait Hafez comme le commandant de l'”Armée de Palestine”. Le Président égyptien pensait qu’il ne fallait pas s’appuyer sur les Résolutions de l’ONU, mais il n’a pas été capable de rendre leur territoire aux Palestiniens. Hafez s’est retrouvé face à l’unité israélienne 101 dirigée par Ariel Sharon et il a été assassiné par les services secrets israéliens.

David Ben Gurion a décidé de rejoindre les Britanniques et les Français dans leur guerre contre le président Abdel Nasser après que ce dernier a nationalisé le canal de Suez. Israël a vu dans le charismatique président égyptien un danger existentiel ; Israël voulait le contrôle de Gaza et il a demandé à la France de construise son installation nucléaire militaire à Dimona.

Ben Gourion est entré à Gaza, Rafah et al-Arish et a attaqué les 200 000 réfugiés palestiniens (la population de l’époque). Ils venaient de Haïfa, Yafa, Gallilea, Jérusalem, Jérusalem et d’autres parties de la Palestine. Les Israéliens ont assassiné de sang-froid entre 275 et 900 civils pendant le massacre qui a duré neuf jours. Dans les années 50, Ben Gurion voulait déjà mettre en œuvre l’”Accord du Siècle”. Israël s’est également rendu coupable d’un autre massacre, à Kfar Qassem, en tuant 49 morts fermiers qui retournaient chez eux parce qu’ils n’avaient pas connaissance du couvre-feu imposé soudainement par l’armée israélienne, comme l’a reconnu plus tard l’ex-premier ministre Ehud Barak.

Israël a adopté la politique de la “porte ouverte”, poussant, parfois à coup de menaces, les Palestiniens à quitter leur pays. Mais ces massacres n’ont pas réussi à convaincre les Palestiniens de quitter leur foyer, comme cela avait été le cas en 1948.  La “main de fer” israélienne ne leur faisait plus aussi peur et ils ont décidé de rester chez malgré leurs conditions de vie misérables.

Aujourd’hui, Israël utilise Trump pour tenter de tordre les bras des Palestiniens. Il a donné Jérusalem (et le Golan) à Netanyahou et lui donnera probablement aussi la zone C à l’ouest de la Cisjordanie. Trump a également interrompu le financement de l’agence des Nations Unies qui vient en aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA), pour forcer les Palestiniens à accepter le plan de Netanyahou.

Cela pousse les Palestiniens à adopter ce qui semble aujourd’hui la seule solution qui leur reste : rejoindre la Résistance pour se battre pour leur terre. Ceux qui ont décidé de tenir tête à Israël pensent qu’il est “plus faible qu’une toile d’araignée”. Malgré les enfants, les personnes âgées et les femmes qui tombent sous les balles israéliennes, les Palestiniens manifestent chaque semaine pour le droit au retour. La résistance palestinienne (pour la première fois, 14 groupes se sont réunis dans une salle d’opération militaire pour unir leurs forces contre Israël) a démontré sa capacité à bombarder Tel-Aviv, forçant Netanyahou à satisfaire un certain nombre de revendications palestiniennes.

“Netanyahou a dit qu’il allait autoriser la réouverture du poste-frontière entre Gaza et l’Egypte ; il va permettre au Hamas de toucher de l’argent; il a accepté d’élargir la zone de pêche et de laisser entrer à Gaza des camions de marchandises de première nécessité. La Résistance palestinienne a accepté d’arrêter d’utiliser des “méthodes brutales” (comme les cerfs-volants enflammés) et a réussi à faire sortir 1027 prisonniers des prisons israéliennes dans l’accord d’échange avec Gilad Shalit. La Résistance palestinienne a maintenant cessé toute négociation avec Netanyahou concernant les 5 Israéliens qu’elle détient. Du coup, les Israéliens ont ré-arrêté 56 prisonniers qui avaient été libérés contre Shalit. À moins qu’ils ne soient libérés sans condition, les négociations entre la résistance et Israël ne reprendront pas”, a déclaré la source palestinienne.

Les Palestiniens ont du mal à se réconcilier entre eux pour s’unir contre l’”accord du siècle” de Netanyahou. Le président Abbas veut contrôler Gaza, et le Hamas est d’accord pour lui laisser la direction politique à condition que la résistance armée garde son autonomie. Le Hamas a des problèmes organisationnels et économiques à Gaza et il aimerait se libérer de l’administration de Gaza. Le Hamas n’avait pas tiré de leçons de l’expérience du Hezbollah au Liban. Malgré son énorme puissance militaire, le Hezbollah a toujours sagement refusé d’exercer un pouvoir politique, évitant ainsi d’encourir des accusations de mauvaise gestion. Abbas croit à la résistance verbale plutôt qu’à la résistance armée. Netanyahou soutient les méthodes pacifiques du président palestinien parce qu’il sait que parler n’a jamais permis aux Palestiniens de reconquérir des territoires. Abbas ne veut pas reprendre le pouvoir à Gaza tant que le Hamas ne renonce pas à ses armes. Ce que tous les groupes de la Résistance de Gaza refusent absolument de faire.

Le Hamas a fait beaucoup d’erreurs dans le passé. En Irak et en Syrie, beaucoup d’anciens combattants du Hamas ont rejoint al-Qaïda et l'”État islamique” (EI) pour fonder un État islamique. Bon nombre d’entre eux avaient été formés par le Hezbollah au Liban, mais ils ont réapparu dans des attentats-suicide et dans des combats contre les gouvernements irakien et syrien, qui n’avaient rien à voir avec la Palestine. Les dirigeants politiques du Hamas ont basculé d’une alliance à l’autre et ont déclaré leur hostilité au président Bachar al-Assad qui refuse encore aujourd’hui de se réconcilier avec le Hamas. D’autres groupes palestiniens ont servi de “mercenaires” à Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein et Hafez Assad.

Netanyahou n’a pas réussi à affaiblir la Résistance parce qu’il n’a aucune intention de donner le moindre territoire aux Palestiniens, ni de restituer les territoires qu’Israël occupe actuellement ou dont Trump lui a fait cadeau. La politique de Netanyahou justifie l’existence du Hezbollah, justifie le maintien de la présence iranienne au Levant, et donne au président Bachar al-Al-Bashar toutes les raisons de refuser de négocier avec Israël et de rester fidèle à “l’Axe de la résistance”. Elle explique également la sympathie de l’Irak pour la cause de peuples du Levant et elle condamne Israël à un état de guerre permanente avec ses voisins proches.

Ni Netanyahou ni Trump n’auront le mot de la fin. Il appartient aux Palestiniens. La richesse du Moyen-Orient est investie dans des guerres au Moyen-Orient et est maintenant utilisée par Netanyahou – à travers Trump – pour diviser et remanier le Moyen-Orient. Mais les meilleurs plans des souris et des hommes* tournent souvent mal.

Traduction : Dominique Muselet

Note : *Allusion au roman de Steinbeck :  Des souris et des hommes.

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