Les « guerres nouvelles » menées par Israël et les USA réussiront-elles à affaiblir le Hezbollah?

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Comme la guerre conventionnelle n’a pas réussi à vaincre le Hezbollah libanais, Israël et les USA ont adopté de nouvelles tactiques dans l’art de la guerre tout en évitant un conflit ouvert aux yeux du public. Ces nouvelles tactiques, qui n’excluent pas la guerre traditionnelle, comprennent une série de guerres ou d’actions reposant sur des formations irrégulières, des actes terroristes, le chaos, les sanctions, les plates-formes électroniques, la guerre médiatique, la propagande, les fausses nouvelles, la division de la société, la politique visant à réduire à la famine et l’engagement de l’ennemi de l’intérieur, afin d’affaiblir le Hezbollah avant de l’attaquer et de l’achever. Il s’agit d’une « guerre de 5e génération », d’une guerre hybride contre le Hezbollah.

Les Nations unies ont livré un message d’Israël au Hezbollah selon lequel le meurtre de tout soldat ou officier israélien pousserait Israël à frapper dix cibles et centres du Hezbollah dans différentes régions du Liban. Israël a fourni les cartes, les bureaux et les lieux qu’il a l’intention de prendre pour cibles, selon une source bien informée qui connaît bien la question. 

Le Hezbollah a répondu à ce message en affirmant que le bombardement de dix cibles au Liban déclenchera une réaction immédiate contre dix cibles militaires israéliennes parmi les centres de commandement et de contrôle et d’autres bureaux affiliés au gouvernement israélien. D’après le message, des missiles de précision seront lancés contre Israël sans avertissement préalable.

Le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, avait annoncé qu’il tuerait un soldat israélien en riposte à l’assassinat par Israël d’un membre du Hezbollah en Syrie lors d’un raid visant un centre des forces conjointes aux environs de Damas. Depuis ce jour de juillet 2020, les jets israéliens n’ont frappé aucune cible liée au commandement iranien en Syrie. De plus, l’armée israélienne a été sommée de se terrer dans ses casernes pour éviter de déclencher le processus de représailles annoncé par le Hezbollah.

Le commandant de la Région Nord de l’armée israélienne, le général de division Amir Baram, a déclaré que « Israël souhaite vivement ne pas être entraîné dans une guerre à grande échelle contre le Hezbollah. Il s’agit fondamentalement d’une guerre que les deux parties souhaitent éviter ».

Les dirigeants israéliens ne brandissent plus la menace de ramener le Liban à l’âge de pierre en bombardant et en détruisant toute son infrastructure et des villes et villages au complet comme ils l’ont fait lors de la guerre de 2006. Cela s’explique par le fait que le Hezbollah est parvenu à imposer un équilibre de la dissuasion en se dotant de missiles pouvant frapper avec précision n’importe quelle cible n’importe où en Israël avec une puissance destructrice massive, ce qu’a reconnu Israël.

C’en est donc fait de la théorie avancée par les opposants du Hezbollah au Liban voulant que ce soit la communauté internationale qui devrait protéger le Liban plutôt qu’une organisation locale fortement armée, selon laquelle « le Liban est fort en raison de sa faiblesse et de son incapacité à se défendre ». En fait, l’équilibre de la dissuasion a forcé Israël et son allié américain à renoncer à l’utilisation de la force militaire, sans nécessairement abandonner le projet d’affaiblir ou de vaincre le Hezbollah. C’est ce qui a poussé cette alliance stratégique (USA et Israël) à s’orienter vers une « guerre douce et hybride ». Cette nouvelle approche ouvre des possibilités en vue d’une frappe militaire contre le Hezbollah pour le vaincre le moment venu. Mais pour y parvenir, il faut que le Hezbollah s’affaiblisse, perde ses alliés, ses partisans et la société qui assurent sa protection, et ne parvienne pas à livrer cette guerre hybride.

Lors de la deuxième guerre israélienne contre le Liban en 2006, Israël n’a pas atteint ses objectifs parce que ses services du renseignement n’ont pas su voir les capacités de missiles du Hezbollah et sa résilience. La première surprise est survenue dans le Wadi Al-Hujair avec les missiles antichars de type Kornet, puis avec des missiles sol-sol (lorsque la corvette de classe Saar-5 a été touchée). Le Hezbollah possédait aussi les capacités électroniques nécessaires pour contrecarrer les drones israéliens et d’autres de ses moyens, ce qui lui a permis d’être au courant d’un grand nombre d’opérations et de tirs sur des cibles qui se préparaient dans la banque d’objectifs d’Israël. Israël a modifié sa protection électronique avec une technologie plus avancée depuis. Cependant, la guerre électronique se poursuit : c’est une bataille permanente marquée par des mesures et des contre-mesures de part et d’autre.

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Voilà pourquoi il était nécessaire de se lancer dans une « guerre hybride ». Une nouvelle approche plus efficace et plus globale était devenue nécessaire pour attaquer le Hezbollah. Prenons l’exemple du discours prononcé par le premier ministre Benjamin Netanyahou en 2018 et celui d’il y a quelques jours à l’Assemblée générale des Nations unies sur la présence de missiles du Hezbollah près de l’aéroport de Beyrouth et dans le quartier de Jnah dans la capitale libanaise. Après le premier discours de Netanyahou, le ministre libanais des Affaires étrangères Gebran Bassil a réagi en invitant les ambassadeurs présents dans son pays à visiter les lieux. Dans le second cas, le Hezbollah a invité la presse locale et internationale à se rendre sur place pour démentir les affirmations de Netanyahou. Ce dernier a-t-il perdu deux fois sa mise contre le Hezbollah ou a-t-il atteint l’objectif qu’il s’était fixé?

J’ai demandé à un dirigeant libanais de l’Axe de la Résistance : « Sur les 194 représentants de pays aux Nations unies, combien ont vu comment Nasrallah a réagi au mensonge de Netanyahou? » La réponse n’a pas tardé : « Peut-être un ou deux, vraiment très peu. »

En conséquence, le premier ministre israélien a gagné la guerre de désinformation avec l’appui du puissant lobby sioniste, qui l’a aidé à faire publier dans les médias internationaux ses images colorées et sa production folklorique sans tenir compte du point de vue du Hezbollah. Il est probable que Netanyahou ait cherché dans sa guerre médiatique à renforcer l’opinion publique internationale et nationale déjà négative envers le Hezbollah, bien que la plupart des dirigeants européens refusent encore de considérer le Hezbollah comme une organisation terroriste malgré l’immense pression des USA les appelant à poursuivre l’objectif américano-israélien. 

Au Liban, il existe un dicton bien connu : « Il y a des gens qui, même si nous les recouvrons de miel filtré, ne feront que nous haïr davantage. Il y en a d’autres qui, même si nous les blessons et les taillons en pièces, nous adorent d’autant plus. » La société libanaise est divisée entre ceux qui soutiennent le Hezbollah et ceux qui le détestent et expriment leur haine à son endroit. 

Ceux qui soutiennent le Hezbollah par idéologie ou par conviction conserveront la même position et ne changeront jamais d’avis. Quant à ceux qui ne soutiennent le Hezbollah que de manière circonstancielle, certains se retourneront contre lui ou le critiqueront, notamment sur les médias sociaux. Nombreux sont ceux dans le camp chrétien libanais, en particulier ceux qui soutiennent le at-Tayyār al-Waṭanī al-Horr (le Courant patriotique libre ou CPL), ne tiennent plus compte du fait que pendant deux ans et demi, le Hezbollah a empêché l’élection d’un président de façon à ce que ce soit le chef du CPL, le général Michel Aoun, qui obtienne ce poste, et ce, malgré l’opposition dans le pays et à l’échelle internationale. Au lieu de cela, la campagne de lavage de cerveau des USA, qui prétend que le Hezbollah est responsable de la corruption, qu’il la soutient ou qu’il est l’allié du président de la Chambre Nabih Berri accusé de corruption, amène un nombre croissant de partisans du CPL à ne pas voir la guerre hybride que mènent les USA et Israël et à ne plus prêter attention à l’alliance de deux minorités (chiite et chrétienne) au Levant. Les coûteuses sanctions économiques américaines et des décennies de corruption par les politiciens libanais corrompus amis des USA démolissent tout raisonnement. Les besoins quotidiens priment et les alliances deviennent marginales. La guerre hybride contre le Hezbollah a forcé la société qui soutient l’organisation à se retrancher et à se mettre sur la défensive.

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