« La victoire des talibans est un fait accompli et nous devons transiger avec eux ». Mais qu’en est-il d’Al-Qaeda?

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

« Les talibans ont gagné la guerre et nous devrons leur parler », a déclaré Joseph Borrell, le haut représentant de l’Union européenne aux affaires étrangères, énonçant ainsi une première prise de position européenne prudente mais positive envers le mouvement taliban. Les talibans sont désormais au pouvoir en Afghanistan et forment le nouveau gouvernement après avoir pris le contrôle de presque 33 des 34 provinces afghanes. La reconnaissance officielle de l’UE va dans le sens des propos du porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid, qui a récemment participé à un point de presse après vingt ans de clandestinité. Zabihullah a alors affirmé que « l’Afghanistan ne sera une menace pour aucun pays ». En envoyant un message multidirectionnel aussi positif, le mouvement taliban indique que les anciens talibans, qui voulaient établir un État islamique international, ont changé et qu’ils veulent désormais bâtir un « Émirat islamique » sur le modèle d’autres pays islamiques (Arabie saoudite, Iran, etc.) sans nécessairement se soumettre aux exigences et aux cadres de l’Occident.

Pour tenter de se consoler, l’OTAN et ses 30 pays membres se justifient en disant que l’invasion de l’Afghanistan, avec des ressources illimitées, avait pour but d’atteindre deux objectifs : vaincre Al-Qaïda, responsable de l’attaque du 11 septembre, et construire un Afghanistan moderne. Les pays occidentaux affirment avoir atteint le premier objectif, mais pas le second.

Cette affirmation est loin d’être exacte. Il est vrai qu’au cours de son premier point de presse public, Zabihullah Mujahid a indiqué que les talibans « ne permettront à aucun groupe de prendre pour cible d’autres pays régionaux ou internationaux ». Il n’a toutefois pas mentionné la présence d’Al-Qaïda aux côtés des talibans dans leur lutte contre les forces de l’OTAN au cours des vingt dernières années. Les talibans ont également libéré ces derniers mois des milliers de membres d’Al-Qaïda détenus dans les prisons afghanes, la dernière en date étant la prison de Pul-e-Charki à Bagram, une base située aux frontières de la capitale, Kaboul.

Cela fait ressortir l’échec de vingt ans de guerre menée par l’OTAN pour empêcher Al-Qaïda de combattre du côté des talibans. Sauf que la présence importante de l’OTAN en Afghanistan ne se limitait pas à contenir Al-Qaïda. L’Afghanistan occupe une position géopolitique très importante en tant que pays frontalier avec la Russie, l’Iran, la Chine et le Pakistan.

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