Par Elijah J. Magnier
En février 2026, trois jours avant l’arrivée en Israël du Premier ministre indien Narendra Modi, Benjamin Netanyahu annonçait la prochaine étape de sa stratégie régionale. Israël, affirmait-il, avait porté de lourds coups à « l’axe chiite radical » dirigé par l’Iran, mais devait désormais affronter un « axe sunnite radical émergent ». Pour faire face aux deux, il proposait de construire un « hexagone » reliant Israël à l’Inde, à la Grèce, à Chypre, ainsi qu’à certains États arabes, africains et asiatiques.
À ce moment-là, Netanyahu ne désignait pas explicitement la Turquie comme le centre de cette menace sunnite émergente. Ses déclarations ultérieures et les opérations militaires israéliennes en Syrie ont progressivement levé toute ambiguïté sur la cible visée. La Turquie est la principale puissance régionale sunnite susceptible de limiter la prépondérance israélienne. Elle dispose de la deuxième armée de l’OTAN, d’une industrie de défense en pleine expansion, de drones éprouvés au combat, de missiles, de navires de guerre et de systèmes de guerre électronique. Elle possède également les capacités politiques et économiques nécessaires pour soutenir la reconstruction d’un État syrien centralisé. Aujourd’hui, Israël s’oppose clairement aux conséquences stratégiques d’une Syrie placée sous la protection de la Turquie.
De T4 à Abou al-Douhour
En avril 2025, l’aviation israélienne a attaqué les bases aériennes de T4, Palmyre et Hama après que des équipes militaires turques les eurent inspectées en vue d’un éventuel déploiement dans le cadre d’un accord de défense avec le nouveau gouvernement syrien. Les planificateurs turcs envisageaient, selon plusieurs informations, d’utiliser T4 pour y déployer des avions, des équipements de surveillance et des systèmes de défense aérienne.
Les frappes ont gravement endommagé ces bases. Elles ne visaient pas seulement à détruire les vestiges de l’infrastructure militaire de Bachar al-Assad. Elles adressaient un avertissement à Ankara : Israël n’accepterait aucune présence turque susceptible de restreindre ses opérations dans l’espace aérien syrien. Les responsables israéliens considéraient le déploiement potentiel de systèmes turcs de défense aérienne à T4 comme une menace.
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