Par Elijah J. Magnier –
L’accord-cadre israélo-libanais négocié à Washington est présenté comme une feuille de route vers la paix, la souveraineté et la stabilité. Son langage se veut délibérément rassurant : retrait, reconstruction, sécurité, autorité de l’État et relations pacifiques. Mais une lecture paragraphe par paragraphe révèle une réalité très différente.
Il ne s’agit pas d’un accord équilibré entre deux parties égales. C’est un cadre sécuritaire conditionnel dans lequel il est demandé au Liban de prouver sa souveraineté en désarmant le Hezbollah, en démantelant les infrastructures militaires non étatiques, en acceptant la supervision américaine et en empêchant les fonds d’atteindre les entités liées aux groupes armés. Israël, de son côté, ne reçoit aucun délai fixe pour son retrait, conserve le langage de la légitime défense et garde, de fait, le pouvoir de décider si la menace a disparu.
L’élément le plus dangereux du cadre est qu’il transforme le retrait israélien du territoire libanais, d’une obligation juridique et souveraine, en récompense accordée seulement après la conformité libanaise. Autrement dit, le Liban doit d’abord satisfaire des conditions définies par Israël et supervisées par Washington avant qu’Israël ne se redéploie progressivement. Cela rend la souveraineté libanaise conditionnelle à l’approbation israélienne.
L’accord fait aussi référence à plusieurs reprises à une annexe sécuritaire qui n’a pas été rendue publique. Cette annexe pourrait contenir les véritables engagements opérationnels : mécanismes de vérification, zones pilotes, règles de déploiement, objections israéliennes, partage de renseignements, restrictions sur les fonds de reconstruction et obligations imposées à l’armée libanaise. Sans cette annexe, le public est invité à juger un cadre dont les clauses les plus importantes pourraient rester cachées.
Ce texte soulève donc des questions fondamentales. Qui décide que le Hezbollah a été désarmé ? Qui vérifie le retrait israélien ? Qu’est-ce qui empêche Israël de poursuivre ses frappes sous prétexte de légitime défense ? Que se passe-t-il si Israël refuse de partir ? Quelle autorité juridique permet au Liban d’avancer vers des négociations bilatérales directes alors qu’Israël demeure, selon le droit et la doctrine libanais, un État ennemi ? Et que se passe-t-il si l’armée libanaise est poussée à la confrontation avec une composante majeure de la société libanaise ?
Le danger n’est pas seulement que l’accord échoue. Le danger est qu’il échoue après avoir endommagé le Liban de l’intérieur. Comme l’accord du 17 mai 1983, il tente d’imposer au Liban une architecture sécuritaire sans le consentement des forces capables de la bloquer. Le Hezbollah le rejette. Le président du Parlement, Nabih Berri, en rejette la logique. La communauté chiite libanaise possède la capacité politique et sociale de refuser sa mise en œuvre. L’armée libanaise peut recevoir des ordres, mais elle ne peut pas être transformée sans risque en bras d’exécution d’un dispositif sécuritaire israélo-américain.
Ci-dessous figure une lecture paragraphe par paragraphe du cadre. Le texte original est reproduit d’abord, suivi d’un commentaire expliquant les problèmes politiques, juridiques et sécuritaires dissimulés dans chaque clause.
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