
Par Elijah J. Magnier
Lorsque les parties I et II de cette série ont été publiées, elles soutenaient que la faiblesse fondamentale du cadre parrainé par les États-Unis ne résidait ni dans ses dispositions militaires, ni dans ses mécanismes de vérification, ni même dans ses ambitions politiques. Sa faiblesse centrale se trouvait ailleurs : toute la structure reposait sur la coopération du seul acteur qui n’avait ni participé aux négociations ni signé l’accord. Les événements ont évolué plus rapidement que prévu. Avant même que sa mise en œuvre puisse commencer, le cadre s’est heurté à la contradiction même qui se trouvait au cœur de sa conception.
Le cadre américano-israélo-libanais s’est en pratique effondré avant même son application. Le Hezbollah et le président du Parlement Nabih Berri, dont le bloc parlementaire et l’alliance politique représentent l’écrasante majorité de la communauté chiite du Liban ainsi que l’ensemble des sièges parlementaires et ministériels attribués à cette communauté dans le cadre du système confessionnel libanais, ont rejeté le cadre. Leur position était sans ambiguïté. La direction politique chiite n’accepte qu’une seule formule : un cessez-le-feu total, la fin des opérations militaires israéliennes et de la liberté d’action israélienne, le retrait complet des forces d’occupation israéliennes du territoire libanais, la reconstruction des régions détruites, le retour de plus de 1,3 million de Libanais déplacés et la libération des prisonniers libanais détenus par Israël. En échange, le retrait du Hezbollah au sud du fleuve Litani peut être discuté dans le cadre de l’application intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ni plus, ni moins.
L’importance de ce rejet dépasse largement un simple désaccord politique. Il signifie que le cadre annoncé par Washington reposait sur des hypothèses qui ne correspondaient pas à la réalité politique intérieure du Liban. L’accord présenté par les États-Unis partait du principe que le Liban avait déjà accepté une nouvelle architecture sécuritaire centrée sur le démantèlement du Hezbollah et l’extension progressive d’un contrôle exclusif de l’État. En réalité, l’une des principales communautés politiques du pays a rejeté les hypothèses fondamentales sur lesquelles reposait cette architecture. L’accord a donc rencontré son premier et plus grave obstacle avant même le début de sa mise en œuvre.
Les parties I et II expliquaient pourquoi cette issue était toujours probable. Le cadre transformait Israël d’occupant en partenaire sécuritaire, le Liban de victime en acteur coresponsable, le Hezbollah de mouvement de résistance en obstacle à la souveraineté, et les Forces armées libanaises en institution chargée de mettre en œuvre les priorités sécuritaires d’Israël. Dans le même temps, il faisait de la médiation américaine l’unique propriétaire du dossier tout en marginalisant l’Iran, la France, les Nations unies et les autres canaux diplomatiques. Parallèlement, l’accord imposait au Liban des obligations considérables sans prévoir de calendrier de retrait israélien, sans imposer de restrictions significatives aux actions militaires israéliennes, sans garanties contre de futures interventions, sans mécanisme de reconstruction, sans dispositions concernant les prisonniers, sans mesures pour le retour des déplacés et sans mécanisme indépendant de vérification capable de limiter les interprétations israéliennes de la conformité.
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