L’illusion des 60 jours : comment Washington utilise le MOU pour réduire l’Iran à sa mesure

Par Elijah J. Magnier –

Le MOU américano-iranien de 60 jours a été présenté comme une fenêtre de négociation. En réalité, il devient un champ de manœuvre et un bras de fer. Washington n’utilise pas cette période simplement pour parvenir à un accord final avec Téhéran. Il l’utilise pour réduire le levier que l’Iran a acquis après la guerre israélo-américaine, affaiblir le contrôle iranien sur Hormuz, séparer le Liban du dossier iranien, et transformer des concessions temporaires en pertes stratégiques permanentes.

Tel est le véritable sens de l’escalade actuelle. Les États-Unis et l’Iran ne sont pas encore engagés dans une guerre plus large, mais ils ne sont pas non plus en paix. Ils échangent des coups contrôlés, testent les limites de l’autre, et utilisent le MOU non comme un pont vers une confiance jusqu’ici totalement absente, mais comme une carte des vulnérabilités de chacun. L’accord a créé une pause temporaire, mais il n’a pas mis fin à 47 années d’animosité entre Washington et Téhéran. Il a simplement déplacé la confrontation de la guerre ouverte vers une pression structurée.

Pour l’Iran, le MOU devait préserver les gains obtenus pendant la guerre. Le premier paragraphe liait la fin des hostilités à une désescalade régionale, incluant le Liban et le respect de la souveraineté libanaise. Le paragraphe cinq portait sur Hormuz, exigeant de l’Iran, seul, qu’il fasse de son mieux pour permettre le passage sûr des navires commerciaux du golfe Persique à la mer d’Oman et retour, gratuitement, pendant seulement 60 jours, tout en retirant les mines et les obstacles militaires dans un délai de 30 jours. Téhéran a compris ces clauses comme un levier. Washington les a comprises comme des cibles.

La première cible est Hormuz. Le message de l’Iran est clair : personne ne traverse le détroit sans coordination avec Téhéran. Ce n’est pas simplement une question de navigation. C’est une question de pouvoir. La géographie donne à l’Iran la rive nord du détroit, la capacité de surveiller le trafic, de menacer le passage, de déployer des drones, des missiles, des vedettes rapides et des mines, et d’imposer l’incertitude sur le point de passage énergétique le plus sensible au monde. L’Iran n’a pas besoin de fermer Hormuz pour ébranler le marché. Il lui suffit de rendre le passage incertain, parce que la guerre n’est pas encore terminée.

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