Erdogan ne s’oppose pas au contrôle de Damas sur Hassaké : aux Kurdes de choisir entre la Syrie ou une défaite aux mains des Turcs

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

À la suite de la décision du président Trump de retirer les forces américaines du nord-est de la Syrie occupée, les Kurdes d’Hassaké négocient depuis les deux derniers jours avec le gouvernement de Damas la façon de s’y prendre pour éviter une invasion possible de la province par les Turcs. Le général syrien Ali Mamlouk, conseiller spécial du président syrien en matière de sécurité, « est en pourparlers avec la délégation kurde afin de trouver un moyen pour l’armée syrienne de déployer ses forces le long de la frontière avec la Turquie, de manière à stopper une invasion possible du nord-est de la Syrie », a confirmé une source proche du centre décisionnel dans la capitale syrienne, Damas.

Selon la source, au début des négociations, la délégation kurde a répété sa rengaine habituelle, en demandant à l’armée arabe syrienne de protéger la frontière de la Syrie contre les Turcs, tout en laissant aux Unités de protection du peuple kurde (YPG) le maintien de son organisation militaire distincte à l’intérieur de la province d’Hassaké. Damas a rejeté cette proposition en suggérant plutôt un statut spécial pour l’administration kurde à l’intérieur de la Syrie, ouvrant ainsi la voie aux membres des YPG de joindre l’armée syrienne au sein d’un contingent spécial formé de Kurdes et d’Arabes. 

« Il n’y aura pas d’armée autre que l’Armée arabe syrienne, qui est l’armée nationale, sur le territoire syrien. » Telles étaient les instructions du président Bachar al-Assad à la délégation engagée dans le dialogue avec les Kurdes, de poursuivre la source. 

Quant à la possibilité que les forces turques avancent jusqu’à Manbij et à leur déploiement massif dans la province avoisinante, la source a confirmé que « la Russie a informé le président Erdogan qu’il n’est pas question de traverser dans la province et que c’est à l’armée syrienne de s’y rendre si les USA retirent leurs troupes du secteur occupé ». 

Il est clair qu’Erdogan, tout en rassemblant ses propres forces et celles de ses alliés syriens (brigade Sultan Murad de l’opération Bouclier de l’Euphrate, Noureddine Zinki, Jaish al-Islam, etc.) conserve sa liberté d’action. Si les USA ne se retirent pas, la Turquie avancera jusqu’à Manbij. Sinon, le président turc semble être d’accord avec la décision russe, ne voulant pas délier le lien solide et la relation stratégique qu’il a établis avec l’Iran et la Russie l’an dernier. Le président turc a convenu avec la Russie d’attendre quelques mois avant de s’en prendre aux Kurdes. Il ne voit pas d’objection au déploiement de l’armée syrienne à Hassaké, du moment que les Kurdes sont désarmés. 

Depuis quelque temps, les Kurdes à Hassaké protègent les forces américaines, qui comptent à peine 4 000 à 5 000 hommes dans une région faisant environ 5 000 km2, des attaques de Daech, des tribus arabes et des alliés de l’État syrien. Ces mêmesKurdes semblent maintenant prêts à laisser le contingent local de l’armée syrienne prendre les rênes d’Hassaké et à faire de leurs militants des « loyaux sujets » de Damas.Ils pourraient finalement avoir tiré leur leçon, à savoir que l’administration américaine n’est pas un partenaire stratégique fiable et digne de confiance. Les Kurdes étaient prêts jusqu’ici à se fier à tout pays étranger, y compris Israël, disposé à leur donner l’indépendance plutôt qu’à demeurer fidèles à la Syrie, le pays qui les accueille depuis des décennies. Les Kurdes n’ont d’autre amis que les montagnes et n’ont aucune loyauté envers la Syrie.  

Cela dit, l’armée syrienne va de toute évidence collaborer avec les Kurdes à la destruction de Daech, soit le reste des combattants que les forces américaines ont disséminésle long de la rive orientale de l’Euphrate, soit entre deux feux des deux côtés du fleuve. Il est indubitable que le Pentagone a délibérément poussé Daech le long du fleuve pour qu’il se trouve en face de l’armée syrienne et de ses alliés. Le but était de créer une « zone tampon » entre les forces américaines et l’armée syrienne. De plus, la présence de Daech le long de la rive orientale de l’Euphrate est elle-même une invitation à une insurrection contre toute tentative syrienne d’ouvrir la voie commerciale terrestre entre la Syrie et l’Irak qui passe par Albu Kamal.

Aujourd’hui, les Kurdes sont plus faibles que jamais et pourraient bien avoir perdu la position privilégiée qu’ils occupaient sous la protection des USA. Si le retrait des USA se fait, ils vont soit tomber aux mains de la Turquie (leur défaite dans l’enclave d’Afrin est encore fraîche dans leur mémoire), soit accepter les conditions proposées par Damas. L’administration américaine confirme ainsi une fois de plus à ses partenaires quelle est sa règle d’or : devant les intérêts des USA, tous les partenariats et toutes les alliances sont superflus.

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