Scénario de guerre entre Israël et le Hezbollah

Par Elijah J. Magnier : @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

En dépit de l’augmentation de la puissance de l’Axe de la Résistance, de ses missiles de précision et de l’expérience du combat hors du commun qu’il a accumulée, une guerre demeure toujours possible. L’Axe de la Résistance augmente son état de préparation en se basant sur la possibilité qu’Israël puisse ne pas tolérer la présence d’une menace aussi sérieuse au nord de sa frontière et prendre des mesures pour l’enrayer. Cependant, l’Axe de la Résistance juge que les conséquences de toute nouvelle guerre seraient particulièrement dévastatrices dans les deux camps à tous les niveaux si les règles d’engagement ne sont pas respectées. Malgré la puissance de feu supérieure d’Israël, son ennemi le Hezbollah s’est doté lui aussi d’une puissance de feu énorme et son expérience dans les guerres récentes en Syrie, en Irak et au Yémen constitue un atout majeur. 

Des sources au sein de l’Axe de la Résistance croient que la prochaine bataille entre le Hezbollah et Israël, si jamais elle a lieu, serait « contrôlée plutôt que sporadique, en misant principalement sur des objectifs militaires précis sans endommager l’infrastructure de part et d’autre ».

Les sources voient Gaza comme un précédent. Depuis peu à Gaza, Palestiniens et Israéliens se livrent plusieurs batailles qui ne durent que quelques jours et dont les objectifs sont purement militaires. C’est une nouvelle règle d’engagement régissant la lutte que se livrent les belligérants. Quand Israël frappe une cible non militaire, la Résistance palestinienne rétorque en s’en prenant à une cible non militaire en Israël. La leçon qui se dégage de cette nouvelle règle d’engagement entre Israël et les Palestiniens est que chaque fois que les échanges de bombardements deviennent incontrôlables, les deux parties les ramènent à un niveau acceptable et équitable, afin de limiter les dommages et d’éviter que ces attaques mutuelles ne visent des civils. 

L’Axe de la Résistance juge donc hautement probable que la prochaine bataille se limitera à des objectifs militaires et qu’elle sera maintenue sous contrôle. Si un camp augmente les bombardements, l’autre fera de même. À défaut de quoi les deux parties sont capables de causer une destruction totale et de s’engager dans un bombardement effréné. En cas de guerre incontrôlée, les alliés des deux ennemis entreront en scène, ce qui rend un tel scénario moins probable.

Le Hezbollah compterait plus de 150 000 missiles et roquettes au Liban. Israël pourrait présumer qu’une attaque limitée détruirait des dizaines de milliers de missiles du Hezbollah. Mais le jeu en vaudrait-il la chandelle? Selon les sources, « Israël pourrait juger bon de provoquer une bataille et détruire des milliers de missiles, en se croyant capable d’empêcher que le Hezbollah se fourbisse en armes par la suite. Dans un tel scénario, Israël n’aurait pas à détruire des villages ou des villes ou l’infrastructure libanaise, en se limitant à des cibles choisies tirées de sa banque d’objectifs. Cependant, nous doutons fortement qu’Israël parvienne à limiter la livraison de missiles et d’armement perfectionné. Bon nombre de ces missiles n’ont plus besoin de se trouver à proximité de la frontière avec Israël, car ils peuvent être déployés dans des silos sûrs à la frontière libano-syrienne ». 

D’après les mêmes sources, Israël devrait cependant s’attendre à ce que le Hezbollah rétorque en bombardant des cibles militaires israéliennes importantes comprises dans sa banque d’objectifs. « Il est inutile de bombarder des aéroports, des centrales électriques, des industries chimiques, des ports ou toute autre cible d’une grande importance si Israël ne l’a pas fait au Liban. Le Hezbollah est toutefois prêt à imiter Israël en ripostant sans hésitation et aveuglément contre des cibles de grande valeur, même au prix d’augmenter le degré d’affrontement à son maximum. Le Hezbollah et Israël possèdent une langue commune en matière de guerre. Si les bombardements sont limités, aucun des deux camps n’interprétera cela comme un signe de faiblesse de la part de l’autre. » 

« Le Hezbollah ne veut pas la guerre et fait tout pour l’éviter. Voilà pourquoi il a riposté lorsque des drones armés ne sont pas parvenus à atteindre leurs objectifs à Moawad, en banlieue de Beyrouth. Ce faisant, le Hezbollah a empêché une guerre à plus grande échelle, parce qu’il ne pouvait pas se permettre de laisser Israël s’en tirer après avoir commis un acte de guerre au Liban en violant les règles d’engagement », d’expliquer les sources.

En septembre dernier, le Hezbollah a pris pour cible un véhicule israélien à Avivim  au moyen d’un missile guidé laser en plein jour après avoir forcé l’armée israélienne à se cacher pendant une semaine et à replier toutes ses forces derrière les lignes civiles, imposant ainsi une nouvelle règle d’engagement. L’armée israélienne a alors évacué les 120 km de frontière avec le Liban à une profondeur de 5 km afin d’éviter les représailles du Hezbollah pour avoir violé l’accord de cessation des hostilités de 2006. Israël s’est gardé de rétorquer en rongeant son frein parce qu’il savait que le Hezbollah était prêt à se lancer dans une guerre dévastatrice s’il le fallait.

Les responsables israéliens ont déjà menacé le Hezbollah et le Liban de ramener le pays « à l’âge de pierre ». Israël possède en effet la capacité militaire pour le faire. Cependant, le Hezbollah aussi peut ramener Israël à l’âge de pierre s’il le faut. Les missiles de précision du Hezbollah peuvent atteindre n’importe quel pont, aéroport, conteneur d’essence et centrale électrique, le port de Haïfa, des plateformes d’exploitation pétrolière et gazière, l’infrastructure et tout autre objectif militaire et non militaire si Israël décide de s’en prendre à des objectifs similaires au Liban du départ. Israël est au courant de la nouvelle capacité de missile du Hezbollah et observe la technologie de pointe dont les alliés de l’Iran profitent et qu’ils « mettent à l’essai », principalement au Yémen. Le bombardement récent des installations pétrolières d’Aramco en Arabie saoudite et le Tornado saoudien abattu au Yémen révèlent que les missiles HOT (haut subsonique optiquement téléguidé) sont capables d’abattre tout avion volant à hauteur moyenne et hélicoptère violant l’espace aérien libanais. 

La dernière version du missile de précision Fateh que possède le Hezbollah, ses missiles antinavires supersoniques et ses missiles de défense antiaérienne peuvent empêcher Israël de recourir à sa marine, empêcher tout navire civil d’accoster à Haïfa et contrecarrer tout recours aux hélicoptères et aux bombardements de précision comparables à ceux effectués par l’Iran dans son attaque récente contre la base US à Ayn al-Assad en Irak.

Il serait étonnant que les missiles du Hezbollah ne causent que des lésions cérébrales traumatiques légères, comme à Ayn al Assad, lorsqu’ils frapperont leurs cibles en Israël en cas de guerre, d’autant plus que ces missiles peuvent éviter les systèmes d’interception. Cette augmentation de la capacité change la donne et le Hezbollah croit qu’elle réduit déjà le risque de guerre. S’armer de missiles de précision et de drones armés tout en démontrant ses capacités à Israël est un moyen pour le Hezbollah d’éviter la guerre et de protéger l’équation de la dissuasion.

Dans son évaluation de la sécurité de 2020, la direction du renseignement militaire israélien (Aman) a imprudemment évalué que l’assassinat du major général iranien Qassem Soleimani représentait un « facteur limitatif ». Le rapport d’Aman, qui fait ressortir une méconnaissance stupéfiante, affirme que Soleimani était responsable du projet de missile du Hezbollah. Cette méconnaissance de la relation entre le Hezbollah et l’Iran et sa dynamique surprend. Sayyed Ali Khamenei a dit au chef du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah il y a des décennies qu’il connaissait ses besoins et ce qu’il fallait faire sans pour autant se rabattre sur l’Iran. Le Corps des gardiens de la Révolution iranienne et le Hezbollah ont établi une collaboration qui ne se démordra pas même si la moitié des dirigeants du Corps des gardiens est liquidée. La possession des missiles de précision iraniens tant craints n’est plus un secret : tous les alliés de l’Iran en ont déployés au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. 

Les temps ont bien changé. Toutes les parties possèdent une puissance destructrice, qui a cessé d’être l’apanage d’Israël. La guerre n’est plus une option. L’agression des USA et d’Israël se limitera à une guerre économique, aussi longtemps que l’Axe de la Résistance continuera à perfectionner ses capacités de guerre afin de maintenir la parité dissuasive. 

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