100 jours après l’assassinat de Soleimani, les USA ont-ils atteint leurs objectifs? 1/2

Une brèche dans la clôture israélienne aux frontières libano-syriennes et un portrait d’Abu Mahdi Al-Muhandis, Qasem Soleimani et Imad Mughniyeh laissés derrière (Photo @ alishoeib1970)

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le 3 janvier 2020, un drone US tuait le brigadier général Qassem Soleimani, commandant de la brigade Al-Qods du Corps des gardiens de la Révolution iranienne, à l’aéroport de Bagdad. Soleimani arrivait en Irak à la demande du premier ministre Adil Abdel Mahdi dans le cadre d’une médiation en cours entre l’Iran et l’Arabie saoudite, puis à la suite d’un appel du président Donald Trump demandant à l’Irak de convaincre l’Iran de réduire la tension extrême qui régnait au Moyen-Orient. Soleimani agissait aussi en sa capacité de conseiller militaire du gouvernement irakien dans la guerre contre Daech. Le destin a voulu aussi que le commandant irakien Abu Mahdi al-Muhandes soit présent pour accueillir Soleimani, que les USA ont assassiné aussi. Plus de 100 jours se sont écoulés depuis. Les USA ont-ils atteint leurs objectifs? Sardar (le commandant) Soleimani dirigeait aussi l’Axe de la Résistance » qui s’étend de Gaza à Sanaa, en passant par Beyrouth, Damas, Bagdad et Téhéran.

À la suite de l’assassinat de Soleimani, le guide suprême de la Révolution iranienne, Sayyed Ali Khamenei, l’a remplacé par son adjoint, le général Ismail Qaani. C’était Soleimani qui avait recommandé Qaani comme successeur s’il devenait un martyr, ce à quoi Soleimani aspirait depuis de nombreuses années.

Le chef de la révolution islamique d’Iran Sayyed Ali Khamenei.

Le général iranien Qaani est d’abord allé en Syrie, où il a rencontré le président Bachar al-Assad (à plusieurs reprises). Il s’est aussi rendu sur la ligne de front à Alep et Idlib (la ville qui regroupe « le plus grand refuge d’Al Qaeda depuis le 11 septembre »), pour y rencontrer les commandants sur place et se faire une idée du terrain où ses officiers et alliés sont déployés et prêts à reprendre la route M4 reliant Alep à Lattaquié, si la Turquie ne réussit pas à enlever les djihadistes le long de cette route. 

Des sources proches des dirigeants de l’Axe de la Résistance ont affirmé que le général Qaani « a confirmé au président Assad le soutien total de l’Iran pour assurer la stabilité et l’unité du territoire syrien et poursuivre les efforts en vue de libérer le pays de toutes les forces d’occupation. Le président Assad a remercié le général iranien et a exprimé son appréciation du soutien iranien à un moment difficile marqué par de lourdes sanctions américaines et la propagation du coronavirus ». 

Qassem Soleimani avec le général Mohsen Rezaei (Photo Al-Ahed)

À Damas, Qaani a rencontré des dirigeants palestiniens pour reconfirmer ce qui a été convenu à Téhéran et l’engagement de l’Iran à soutenir la cause palestinienne. Qaani est également allé au Liban, où il s’est entretenu avec le secrétaire général Sayyed Hassan Nasrallah, puis en Irak pour voir des responsables, comme le faisait son supérieur Qassem Soleimani avant sa mort. L’officier iranien a livré le même message à tous les membres de l’Axe de la Résistance qu’il a rencontré : l’Iran considère l’Axe de la Résistance comme faisant partie de sa sécurité nationale et est déterminé à accroître son soutien à ses alliés au besoin. Le chef de la brigade Al-Qods du Corps des gardiens marche sur les traces de son prédécesseur Qassem Soleimani en tissant des relations personnelles avec ses alliés. 

Les funérailles de Soleimani et d’Abu Mahdi al-Muhandes ont rallié des millions de personnes derrière leurs dirigeants dans les rues iraniennes. Avant l’assassinat de ces leaders, l’agitation régnait en Iran, causée par des groupes cherchant à déstabiliser le pays. Au moins 731 banques, 307 automobiles et 1 076 motos ont été incendiées et 70 stations-services ont été endommagées, témoignages d’une intention manifeste derrière les manifestations. Depuis l’assassinat, l’Iran est plus uni que jamais, malgré tous les efforts des USA visant à paralyser le pays par de dures sanctions. 

Le président Trump et son administration croyaient à tort que les Iraniens percevraient l’assassinat comme une occasion de se soulever contre leurs dirigeants, affaiblissant du même coup le Corps des gardiens. C’est exactement le contraire qui s’est produit. En fait, en assassinant une figure nationale comme Soleimani, le président des USA a offert à l’Iran le seul cadeau capable d’assurer l’unité et la solidarité du peuple iranien. Pas parce que Soleimani était indispensable, mais parce que l’assassinat d’un commandant qui a mené la guerre contre Al-Qaeda et Daech pour protéger l’Iran des takfiris était totalement inacceptable. Les commandants ont été assassinés par un dirigeant arrogant qui s’est sadiquement vantéd’avoir suivi « les dernières minutes » menant à l’assassinat par drone de Soleimani et de Muhandes à l’aéroport de Bagdad, en terrain neutre où les USA sont censés être des invités qui respectent les règles du pays.

Un groupe anonyme en Irak se joint à la résistance contre les troupes américaines

La réaction a été aussi spectaculaire qu’inattendue. On a vu Sayyed Ali Khameni au centre opérationnel donnant l’ordre de frapper des objectifs américains. L’Iran a aussi utilisé des lanceurs mobiles sur camion pour le tir de ses missiles balistiques à combustible liquide Qiam contre les bases US d’Ayn al-Assad Anbar et d’Irbil, en Irak. L’utilisation de combustible liquide signifie que l’Iran a passé des heures à déployer ses missiles pour les préparer en vue du lancement (cela se fait en quelques minutes dans le cas du combustible solide), ce qui donnait amplement le temps aux satellites US de capter les préparatifs. L’administration américaine a d’ailleurs envoyé un câble urgent à l’ambassade suisse à Téhéran pour avertir l’Iran contre toute attaque, en affirmant qu’elle ferait l’objet d’une puissance de feu disproportionnée. L’Iran a répondu en donnant l’emplacement exact du bombardement prévu (les deux bases US), en prenant soin d’ajouter que toutes les bases militaires des USA au Moyen-Orient seraient bombardées si les USA ripostaient au lancement de ses missiles balistiques. L’importance de ce « dialogue » révèle les conséquences de l’assassinat de Soleimani par les USA : pour la première fois, l’Iran a mis au défi une superpuissance, en l’avertissant directement de son intention de la bombarder en précisant quelles étaient les cibles, non seulement en faisant fi des menaces des USA, mais en répondant par une autre menace, ce que les USA n’ont pas vécu depuis la Deuxième Guerre mondiale. 

L’Iran n’a pas fait appel à ses alliés pour attaquer les USA. Sous l’œil attentif du reste du monde, il a choisi plutôt de mettre au défi une superpuissance qui a déployé des dizaines de bases militaires encerclant l’Iran. Le coût de l’assassinat de Soleimani entrera dans les livres d’histoire comme le signe du déclin de l’empire américain, lorsqu’un petit pays possédant une capacité militaire relativement limitée a mis au défi et frappé une superpuissance dont les forces armées sont déployés dans le monde entier. 

Les deux commandants de brigade IRGC-Quds, Qassem Soleimani et Ismail Qaani.

Les USA ont assassiné Soleimani et l’Iran a assassiné la fierté et l’image des USA. Le président des USA s’est couvert de ridicule lorsqu’il a annoncé par la suite que plus de 100 soldats américains avaient reçu un diagnostic de lésions cérébrales traumatiques. Le coup de fouet que cela a donné à l’Axe de la Résistance était sans précédent. Les pays du Moyen-Orient ne sont pas habitués à vaincre leurs ennemis et doivent être constamment sur la défensive. Alors que les USA croyaient qu’ils brisaient le dos à l’Iran avec leurs pires sanctions jamais imposées, la « République islamique » a démontré qu’elle n’était pas du tout sur le point de se soumettre. Pendant le reste du mandat de Trump qui se termine cette année (ou même pendant le mandat qui suivra, sous Trump ou un autre), le président des USA ne pourra imposer ses volontés à l’Iran qui déborde d’énergie et qui se prépare en vue d’une guerre généralisée. 

Les conséquences stratégiques de l’assassinat de Soleimani et le bombardement direct par l’Iran des bases US donnent une impulsion à l’Axe de la Résistance plus forte que jamais. Les alliés de l’Iran ne semblent plus craindre d’affronter directement les USA, peu importe la plateforme. Soleimani n’a pas été tué sur le champ de bataille, mais par un drone téléguidé à distance. L’Iran a informé les USA du moment de son bombardement des bases US et a mis en œuvre son plan, en laissant les USA et les forces de la coalition se terrer dans leurs abris. L’assassinat de Soleimani s’est tourné contre les USA en faveur de l’Axe de la Résistance, malgré la perte d’un leader important. 

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