Le message de Biden à l’Iran en Irak et en Syrie : le champ de bataille s’ouvre

First military victims of @JoeBiden: The Sunni member of the Hashd al-Shaabi, Rahi Salam Zayd al-Sharifi, from Hillah, the ancient city of Babil (Babylon), killed by a US air attack on the Iraqi-Syrian borders.

Par Elijah J. Magnier 

Traduction : Daniel G.

Plusieurs F-15 ont lancé une attaque frappant des cibles multiples à la frontière irako-syrienne contre les Hachd al-Chaabi (Forces de mobilisation populaire ou FMP), sur ordre direct du président Joe Biden. Il s’agit là de la première intervention militaire ordonnée par le nouveau président et sûrement pas la dernière. Jusqu’à présent, le président américain poursuit les mesures de son prédécesseur en continuant d’imposer ses sanctions à des pays et groupes étrangers. Une exception symbolique a été le retrait du groupe yéménite Ansar Allah de la liste des entités terroristes des USA, sans pour autant lever les lourdes sanctions sur l’approvisionnement en nourriture, en médicaments et en pétrole au Yémen. 

Ce n’est pas non plus réaliste de considérer le bombardement américain des positions des FMP, que le Pentagone décrit comme des « groupes militants soutenus par l’Iran », comme autre chose qu’un message direct adressé à l’Iran. En bombardant les forces de sécurité irakiennes, les USA indiquent que l’option militaire est envisagée et qu’ils y auront recours sans hésitation contre toute menace aux intérêts des USA au Moyen-Orient, en particulier si elle provient de groupes proches de l’Iran. C’est une mise au défi à laquelle s’attendait l’Iran, qui a promis d’expulser toutes les forces US de l’Asie occidentale à la suite de l’assassinat illégal de Soleimani. Le champ de bataille vient donc de s’ouvrir.

Il y a quelques jours, le président Biden a contacté le premier ministre irakien Mustafa al-Kahdimi à la suite des attaques à la roquette contre les bases US au Kurdistan-Irak au début du mois. Biden a dit à al-Kadhimi qu’il allait riposter à l’attaque à la roquette. Le premier ministre irakien s’est toutefois gardé d’informer le président des USA que le mandat de ses troupes ne leur permet pas de violer la souveraineté irakienne et de bombarder ses forces de sécurité déployées aux frontières pour empêcher les attaques des militants du groupe armé « État islamique » et couper leur ligne d’approvisionnement.

Tout comme son prédécesseur Donald Trump, Biden a ordonné le bombardement de la position qui est la plus cruciale pour l’Iran et ses alliés : le point de passage Albu Kamal – Al Qaem. Ce point de passage était tenu par Daech lorsque le brigadier général Qassem Soleimani du Corps des gardiens de la Révolution iranienne, assassiné depuis, a dirigé l’attaque pour le libérer après l’occupation, par les forces US, du point de passage d’al-Tanf entre la Syrie et l’Irak. Cette manœuvre rapide de l’Iran a provoqué la colère d’Israël et des USA, qui souhaitaient imposer un siège terrestre à la Syrie pour empêcher la circulation des marchandises en provenance d’Irak et couper le lien entre Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth profitant à l’Axe de la Résistance. Les forces US occupent toujours le point de passage d’al-Tanf et n’ont aucune intention apparente d’en sortir.L’Axe de la Résistance dispose bien sûr d’une ligne de ravitaillement via l’aéroport de

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Damas et le port de Tartous. Cependant, le passage par voie terrestre est vital pour maintenir le flux d’approvisionnement, d’autant plus que la Syrie est sous le coup des dures sanctions américaines imposées par Trump que Biden s’est bien gardé de lever. La « Loi César », l’occupation par les USA du nord-est de la Syrie (qui produit 80 % du pétrole et du gaz et 63 % de l’agriculture du pays) et le blocage du passage d’al-Tanf visent à créer du mécontentement dans la population pour qu’elle se retourne contre le gouvernement et le président. Cette « guerre douce » menée par l’administration américaine a pour effet d’affamer les populations sans pour autant parvenir à changer le moindre régime au Moyen-Orient. Jusqu’à présent, Biden tire avantage de toutes les sanctions imposées par Trump contre la Syrie et l’Iran.

La « République islamique » a toutefois augmenté son niveau d’enrichissement de l’uranium à 20 % et le guide suprême de la Révolution Sayyed Ali Khamenei a déclaré que son pays pourrait atteindre 60 % s’il le voulait. Le ministre iranien des Renseignements et de la Sécurité nationale Mahmoud Alavi a fait un pas de plus en disant que son pays pourrait chercher à se doter d’armes nucléaires si les sanctions persistent. Téhéran a également interrompu les visites inopinées de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et a réduit de 30 % les visites des inspecteurs. Le 26 mars, l’accès des inspecteurs de l’AIEA à tous les sites nucléaires de l’Iran devrait prendre fin et d’autres mesures seront prises pour s’éloigner davantage du respect intégral de l’accord sur le nucléaire iranien, ou Plan d’action global commun (PAGC). L’Iran demande aux USA de lever toutes les sanctions, de permettre aux pays de payer l’Iran pour son pétrole et de rendre possible la restitution des avoirs iraniens gelés dans de nombreux pays du monde.

Les USA considèrent le retrait progressif de l’Iran de l’accord sur le nucléaire comme une escalade, en particulier lorsque l’Iran a refusé de rencontrer un envoyé américain dans le cadre d’une réunion générale incluant la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Les représentants de ces pays ont signé le PAGC et la position iranienne repose sur le fait que les USA se sont retirés de l’accord en 2018, ce qui rend la présence des USA illégitime, à moins que Washington ne se conforme d’abord pleinement au PAGC. L’Iran n’aura pas d’objection à rencontrer un envoyé américain une fois que les USA se seront à nouveau conformés pleinement au PAGC.

Les USA restent passifs devant les mesures d’escalade de l’Iran, car c’est l’ancien président Donald Trump qui s’est retiré illégalement du PAGC, violant ainsi l’engagement des USA et la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies. Téhéran considère cependant le bombardement américain à la frontière irako-syrienne comme un message belliciste de la part des USA.

Il ne fait aucun doute que l’Iran dispose de solides alliés en Irak, car l’Iran n’avait pas hésité à fournir des armes, un entraînement et des conseillers à Bagdad quand Daech occupait le tiers de l’Irak et que les USA refusaient de livrer au gouvernement irakien des armes qu’il avait déjà payées. L’Iran a armé les FMP et les a entraînées alors que Bagdad ne disposait pas d’armes pour arrêter Daech. Inévitablement, de nombreux Irakiens resteront fidèles à ceux qui ont empêché la chute de leur pays et exprimeront leur colère contre ceux qui sont restés en retrait, en observant Daech croître dans l’espoir de diviser l’Irak, comme l’avait prédit Biden lorsqu’il était vice-président sous Barack Obama. Les USA ont toutefois réussi à gagner de nombreux Irakiens à leur cause, notamment à Erbil, au Kurdistan, et dans d’autres régions du pays. Malgré cela, les USA rejettent tout partage du pouvoir en Irak et sont parvenus, avec l’aide des grands médias institutionnels occidentaux, à diaboliser l’Iran, les FMP et tout politicien ou groupe qui n’est pas loyal à Washington. L’Irak s’est ainsi transformé en un champ de bataille entre l’Iran et les USA.

Une nouvelle démonstration de force vient donc de commencer entre l’administration américaine et l’Iran, ce qui fait craindre de nouvelles violences sur tous les fronts. Le Pentagone a décrit l’attentat comme une « mesure de désescalade », apparemment sans s’apercevoir que ce sont les USA eux-mêmes qui ont instauré cette nouvelle escalade, en donnant le feu vert à la résistance irakienne pour ouvrir le feu à volonté contre les bases militaires US en Irak. Le bombardement par les USA des forces de sécurité irakiennes que sont les FMP constitue une autre violation de l’activité et du rôle que la nouvelle administration est censée jouer en Irak. Les Irakiens tireront profit de cette violation pour attaquer les forces US, ainsi que de la décision contraignante du Parlement exhortant toutes les troupes étrangères de quitter le pays. L’Iran est sans doute prêt à relever le défi des USA et y répondra en adoptant une approche réfléchie, mais tout de même déterminée à expulser toutes les forces US de l’Asie occidentale, comme l’a promis l’imam Sayyed Khamenei. Si les USA croient avoir giflé l’Iran sur la joue droite, qu’ils ne s’attendent pas à ce que la « République islamique » lui tende son autre joue.

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