Aucune force ne se retirera de la Syrie : le spectre d’une guerre élargie contre l’Iran et le Hezbollah au Moyen-Orient est bien réel

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Par Elijah J. Magnier (à Damas): ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Lors de sa rencontre avec son homologue syrien Bachar al-Assad à Sotchi, le président Vladimir Poutine a exprimé ses vœux concernant le retrait de toutes les forces étrangères de la Syrie. Le président russe n’a toutefois pas expliqué comment il parviendrait à obtenir le retrait des forces américaines et turques qui occupent environ 50 % du nord et de l’est de la Syrie. Ces forces ont des visées expansionnistes et géopolitiques qui portent à croire à une occupation de très longue durée.

Dans les faits, la situation explosive sur plusieurs fronts au Moyen-Orient fait en sorte qu’aucune force ne devrait se retirer de sitôt. Les mois à venir pourraient révéler l’existence de plans belliqueux susceptibles d’entraîner le Moyen-Orient dans une guerre généralisée. Par conséquent, tant les USA que la Turquie jugent nécessaire de maintenir leurs forces sur le terrain, dangereusement à proximité du point le plus chaud au monde, en étant prêts à intervenir.

Le président Donald Trump a annoncé il y a quelques mois son intention de retirer ses troupes de la Syrie. Il ne leur a pas ordonné d’attaquer et de défaire Daech dans les provinces d’Hassaké et de Deir Ezzor. Bien des mois se sont écoulés sans activité militaire réelle contre Daech, du moins sans activité assez sérieuse pour justifier la présence des forces US et démontrer de façon concrète leur intention déclarée de guerroyer exclusivement contre le groupe terroriste et de le détruire.

Entre-temps, Washington maintient deux aéroports militaires et plusieurs bases pouvant accueillir des contingents importants dans le nord, en plus d’assurer le commandement de quelque 35 000 militants kurdes et arabes. De plus, dans secteur kurde au nord et à l’est, ainsi qu’au passage frontalier d’al-Tanf, des forces US, britanniques et françaises entraînent, nourrissent et maintiennent sous leur commandement 30 000 autres militants.

Mais les forces d’occupation en Syrie ne sont pas exclusivement américaines. La Turquie a pris le contrôle d’Afrin et d’Idlib où sont basés de 70 000 à 100 000 militants, dont ceux d’al-Qaeda ancienne mouture (Hayat Tahrir al-Cham, alias Front al Nusra) et de Horras al-Deen (les Gardiens de la Religion), la toute dernière mouture, plus radicale encore. La Turquie a créé des écoles, a imposé la langue turque et considère ce territoire syrien comme faisant partie de la Turquie.

La menace planant sur la Syrie ne vient pas seulement du nord. Au sud, Israël tente de s’imposer sur le théâtre syrien. Pendant les années de guerre, Tel-Aviv a bombardé des positions syriennes et iraniennes plus de cent fois.

La situation explosive au Levant s’est déplacée vers la Palestine, quand Trump a déclaré que la capitale palestinienne (est et ouest) serait la capitale d’Israël, puis en inaugurant la nouvelle ambassade des USA à Jérusalem, causant ainsi d’importants soulèvements au sein de la population locale.

Comme si la tension n’était déjà pas assez vive, Trump s’est retiré illégalement de l’accord sur le nucléaire iranien, en ne laissant aucune marge de manœuvre à ses partenaires européens et en menaçant le partenariat économique US-UE et les sociétés européennes si elles transigeaient avec l’Iran et ne résiliaient pas le contrat.

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Pratiquement tous les jours, Trump a imposé de nouvelles sanctions contre l’Iran et a réitéré celles contre le Hezbollah, le principal allié de l’Iran, pour rappeler qui sont les « ennemis du monde » et contre qui le prochain objectif (et fort probablement les armes) sera dirigé.

En fait, selon des sources bien informées, les réunions se multiplient sur le plan politique et militaire au Moyen-Orient, afin de discuter de la prochaine intervention militaire, de la planifier et d’étudier les scénarios de guerre contre l’Iran et ses alliés. Les scénarios envisagés dépassent largement le tir de dizaines de missiles de croisière. Ils portent sur une guerre beaucoup plus vaste, qui frapperait l’Iran en premier lieu, puis Damas. Tout cela parce que les tenants du « changement de régime » refusent d’accepter la réalité et « d’abandonner » le Levant à la Russie et à « l’Axe de la résistance ».

Comme indiqué précédemment, plus de 150 000 militants armés se trouvent au nord et à l’est de la Syrie, prêts à reprendre du service et à tout recommencer lorsque l’Iran, et fort probablement le Hezbollah, seront directement attaqués, donc incapables de défendre leur allié syrien, croient ceux qui sont derrière le plan. Il se pourrait aussi que les forces sous contrôle turc se préparent à attaquer les Kurdes ou à étendre leur périmètre de contrôle jusqu’à Alep. Mais rien n’est certain au Levant sauf une chose : c’est loin d’être terminé.

C’est le scénario le plus pessimiste s’appliquant au Liban, à la Syrie et à l’Iran pour imposer un « nouveau Moyen-Orient » et défaire la Russie indirectement. Les USA et leur machine de guerre seraient le principal instigateur (avec Israël), les pays du Moyen-Orient acceptant avec plaisir le rôle de bailleurs de fonds. Les décisions récentes de Trump à l’encontre de l’Iran ont fait augmenter le prix du pétrole, qui a atteint son niveau le plus élevé depuis quatre ans. Cette hausse procure des fonds supplémentaires à tous les pays prêts à s’engager dans une nouvelle guerre, même si l’Iran et la Russie en bénéficient aussi.

Cependant, pareil scénario de guerre se fera sentir lourdement sur la population du Moyen-Orient (y compris l’Iran) et des pays européens, car il entraînera indéniablement un blocus maritime et aérien du détroit d’Hormuz (ou la saisie de navires), où près de 20 % du pétrole mondial transite. En 1988, 2007 et 2008, le détroit a été le lieu d’altercations entre les USA et l’Iran. Toute fermeture du détroit affecterait le commerce mondial et le prix des biens partout dans le monde.

Alors non! Aucune force ne devrait se retirer de la Syrie. Le président Poutine ne peut qu’espérer, en cherchant à amener toutes les parties impliquées à aboutir à un règlement politique, tout en sachant qu’il n’exerce aucun contrôle sur les joueurs. Poutine n’a pas l’intention de se laisser entraîner dans une guerre élargie contre l’un ou l’autre des pays qui occupent des territoires en Syrie. Par conséquent, il ne dispose d’aucun moyen de convaincre ces pays de se retirer.

Damas et Téhéran partagent la même compréhension réaliste des règles du jeu, sauf que les vœux de Poutine sont chimériques et bien loin de pouvoir se concrétiser pour le moment.

Le jeu auquel se livrent les différents pays s’échauffe, les pourparlers de paix restant hors de portée. Les tambours de guerre se font encore entendre partout au Moyen-Orient… et peut-être même plus loin.

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