L’Arabie saoudite se moque du monde en comptant sur sa richesse… et aussi sur Trump

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Les dirigeants de l’Arabie saoudite affichent une confiance démesurée en se moquant des valeurs occidentales par le pouvoir de l’argent. La démocratie, les droits de la personne, la liberté d’expression et d’autres droits et libertés sont perçus comme des normes imposées par l’Occident. Pour violer ces principes sacrés, il suffit de payer!.

En tirant parti de son pouvoir économique basé sur le pétrole, l’Arabie saoudite a défié le président Obama quand le Congrès a adopté la JASTA (Justice Against Sponsors of Terrorism Actou loi sur la justice contre les commanditaires d’actes de terrorisme) en 2016, en menaçant de retirer des centaines de milliards de dollarsdes USA si l’Arabie saoudite était accusée d’avoir joué un rôle dans l’attaque terroriste menée par Al-Qaeda le 11 septembre 2001. On sait qu’Oussama Basnan, identifié dans les 28 pages déclassifiéesdu rapport de la Commission 9/11 comme un parrain financier de deux des pirates de l’air du 11 septembre à San Diego, a reçu de l’argent de l’ambassadeur saoudien Bandar à Washington, et que la femme de Basnan a reçu aussi de l’argent de la femme de Bandar.

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La monarchie a également défié l’ONU quand, en septembre 2017, un petit groupe de pays occidentaux a tenté de créer une commission d’enquête sur ses violations des droits de la personne au Yémen, un des pays les plus pauvres du Moyen-Orient, où des millions de gens sont en proie à la mort, à la maladie et à la famine à cause des bombardements saoudiens soutenus par l’Occident. Dernier élément, mais non le moindre, un compte relevant d’un média public saoudien, qui fait la promotion de la propagande du ministère de l’Information saoudien et qui est souvent retweeté par ce ministère, semble avoir menacé le Canada d’une attaque contre la tour du CN à Toronto rappelant celle du 11 septembre. Le tweet était en réponse à un tweet de la ministre canadienne des Affaires étrangères, qui se disait vivement préoccupée par les arrestationsrécentes de membres de la société civile saoudienne et de militantes des droits des femmes.

L’Arabie saoudite reproche au Canada de s’être immiscé dans ses affaires intérieures. C’est ce même pays qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Adel al-Joubeir, a répété ad nauseam pendant toutes ces années de guerre en Syrie que le président Bachar al-Assad « sera expulsé de force ». Les dirigeants saoudiens plaident pour un changement de régimeen Iran (le même compte Twitter a souhaité la mort du guide suprême de l’Iran plus tôt le même jour), ont pris un premier ministre libanais en otage(le président français est intervenu pour obtenir sa libération) et bombardent le Yémen jour après jour pendant que le monde observe impuissant, en tuant des milliers de civils et en détruisant un pays qui refuse de se soumettre au règne saoudien et à l’idéologie wahhabite.

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Le Canada a sommé l’Arabie saoudite de libérer immédiatement tous les militants des droits de la personne pacifiques. La détention des opposants dans des conditions difficiles caractérise le règne du jeune prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS). Ses premières victimes étaient des membres de la famille royale et le premier ministre libanais Saad Hariri, qui ont tous été retenus en otage dans le royaume. Ben Salmane veut réprimer toute voix dissidente dans la monarchie pétrolière. Il a déjà hérité du pouvoir absolu par le roi, son père, qui est souffrant.

MBS a tenté, mais sans grand succès malgré le soutien des médias occidentaux, de présenter le royaume comme un pays qui a adopté des réformes. Mais il n’est pas parvenu à donner un aspect moderne à la doctrine wahhabite extrémiste, qui est la religion officielle de l’Arabie saoudite. C’est cette même doctrine qui est la « principale source du terrorisme mondial » et de l’enseignement suivi par des groupes comme al-Qaeda et le groupe armé « État islamique » (Daech). Ces groupes partagent la même idéologie takfiriste que la plupart des habitants du royaume. Cet enseignement se démarque par sa rigidité, son intolérance et sa volonté de tuer les infidèles, qu’il s’agisse de pratiquants d’autres religions, de laïcs ou même de musulmans qui s’opposent au retour à la pratique de l’Islam par la force de l’épée.

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Le pouvoir et l’idéologie des Saoudiens ne pourraient pas se maintenir sans le soutien apparemment indéfectible de la nouvelle administration américaine dirigée par Donald Trump. « Les pays de la région, dont certains sont immensément riches, ne pourraient pas exister sans les États-Unis… Ils ne survivraient pas une semaine. Nous les protégeons. » Ces commentaires répétés si souvent par Trump démontrent que Washington tolère Al-Qaeda, Daech et la doctrine saoudienne en échange d’argent. Comme il le dit si bien, « Ils doivent maintenant contribuer davantage et payer pour ce qui se passe ».

Dans de telles conditions, l’Arabie saoudite, qui paiediligemment ses frais de protection à Trump, a le champ libre pour détruire le Yémen, le pays le plus pauvre du Moyen-Orient, et tuer autant de civils que ses avions peuvent atteindre. Ils sont encore plus nombreux à souffrir de la faim et à mourir de maladies causées par la destruction de l’infrastructure du pays infligée par les Saoudiens. En outre, l’Arabie saoudite a menacéde cesser toutes ses contributions financières à l’ONU si celle-ci l’accuse de violations des droits de la personne. Aucun observateur impartial ne peut manquer d’observer que l’argent saoudien mène les grandes puissances par le bout du nez. Les sacro-saintes valeurs occidentales se retrouvent évidemment mises en vente au bazar. En effet, le silence du monde (y compris du Canada) devant la catastrophe humanitaireque sont les bombardements quotidiens de l’Arabie saoudite contre le Yémen et son soutien au terrorisme (al-Qaeda en Syrie et au Yémen, Daech en Syrie), renforce la confiance des Saoudiens qui n’hésitent pas à se moquer des valeurs occidentales en toute impunité.

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Ainsi, quand l’Occident parle de « régimes dictatoriaux qui violent la liberté d’expression et les droits de la personne, et qui remplissent leurs prisons de citoyens accusés de contredire leurs dirigeants », cela indique tout simplement que les régimes concernés ne peuvent ou ne veulent pas payer de rançon à Donald Trump ou à d’autres dirigeants du « monde libre ». C’est que les dirigeants occidentaux se préoccupent avant tout de vendre toujours plus d’armeset de signerdes contratscommerciaux avec les pays riches en pétrole. Il ne faut donc pas s’étonner de voir que la propagande de groupes comme Al-Qaeda et Daech trouvent un terrain fertile en dénonçant l’Occident pour son hypocrisie, sa spoliation de la richesse des pays musulmans et ses valeurs et principes à géométrie variable.

Comme Téhéran échappe à l’orbite de la domination de Trump, le nouveau petit caïd à Washington et son équipe de bellicistes n’ont pas eu de difficulté à résilier un document officiel (l’accord sur le nucléaire iranien) signé par Obama et des leaders mondiaux. Les Iraniens sont particulièrement doués pour la négociation. Il y a d’ailleurs un immense et impressionnant bazar au cœur de la capitale iranienne. Les dirigeants iraniens auraient mieux fait d’acheter Trump, comme l’a fait Mohammed Ben Salmane, pour se payer leur place au Moyen-Orient. Bien entendu, le montant requis aurait dû dépasser celui payé par le prince saoudien.

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Le compte officiel lié au ministère saoudien de l’Information (@Infographic_ksa), que suivent plus de 300 000 personnes, s’est autosuspendu le temps que la tempête créée par sa menace se calme. Twitter et le Canada ont ni l’un ni l’autre fait de commentaires sur cette menace directe, et encore moins dénoncé la menace ou exigé que les responsables fassent l’objet d’accusations criminelles en lien avec le contenu. Le centre dédié à la lutte contre le terrorisme américano-saoudien mis sur pied dans le royaume n’a pas réagi, tandis que le ministère de l’Information a affirmé avoir demandé au responsable du compte de le fermer en attendant un complément d’enquête.

Des comptes saoudiens ont dénoncé le ministère des Affaires étrangères canadien pour les femmes autochtones portées disparues et assassinées au Canada, en riposte à ce qu’ils considèrent comme une ingérence dans leurs affaires intérieures. Ces Saoudiens ne peuvent comprendre que le gouvernement canadien accepte la critique et qu’il condamne ce genre de choses.

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Ce que les partisans de la monarchie saoudienne ont de la difficulté à comprendre, c’est qu’un gouvernement occidental puisse accepter ce genre de critique. Les militants des droits de la personne sont bien accueillis en Occident, alors que dans la monarchie saoudienne aucune critique n’est tolérée, mais est plutôt punie par une longue peine d’emprisonnement. Aucune décapitation publiquen’a lieu dans les villes canadiennes comme c’est couramment le casen Arabie saoudite, une pratique que Daech et Al-Qaeda sont également fiers d’exercer dans leurs zones d’influence.

L’escalade saoudienne (rappel de l’ambassadeur saoudien et demande que l’ambassadeur canadien quitte les lieux; suspension de tous les vols en provenance et en direction du Canada; appel aux étudiants de rentrer chez eux et suspension de leurs bourses d’études; gel de la collaboration en matière de commerce et d’investissements) contre le Canada n’est pas une coïncidence. Le Canada n’importe que 10 % de son pétrole de l’Arabie saoudite, qui approvisionne la raffinerie d’Irving à Saint John, au Nouveau-Brunswick, et leurs échanges commerciaux sont limités (exception faite de l’accord d’armement de 2014). D’après Bloomberg, l’Arabie saoudite n’a investi que six milliards de dollars dans des entreprises canadiennes depuis 2006. Cette année, selon des données et des statistiques canadiennes, le Canada a exporté vers l’Arabie saoudite des biens d’une valeur de 1,08 milliard de dollars, et a importé de ce pays des biens évalués à 1,5 milliard de dollars. Tout cela pour dire que l’Arabie saoudite peut fort bien se passer des échanges commerciaux entre les deux pays.

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Avec de l’argent, on peut acheter tout et tout le monde… à l’exception peut-être de ceux d’entre nous qui insistent pour dire que nos valeurs sont mises en vente dans le bazar saoudien et qu’elles ne s’appliquent qu’à ceux qui n’ont pas les moyens de payer le prix fort.

Toutes nos félicitations à l’Arabie saoudite pour son achat des dirigeants du monde libre.

 

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