Les USA savent qu’un affrontement avec l’Iran s’étendra sur un vaste territoire : prochain rendez-vous dans moins de 60 jours

Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le président des USA Donald Trump n’a plus de cartes à brandir devant l’Iran et d’espace de négociation. Il ne peut qu’imposer d’autres sanctions économiques et attendre un appel téléphonique de l’Iran, qui ne viendra probablement pas à la suite de la décision sans équivoque de l’Iran de rejeter toute négociation pour le moment. Des discussions d’ordre humanitaire peuvent avoir lieu, comme des échanges mutuels de prisonniers, mais ils n’ont rien à voir avec l’accord sur le nucléaire. Pareils échanges se font entre ennemis et même entre pays en guerre. 

Donald Trump a réussi à unifier le front interne iranien à un point tel que le président Rouhani n’appelle plus les USA par leur nom, en parlant plutôt de « l’ennemi » dans ses récentes déclarations. Rouhani souligne que « le temps n’est pas aux négociations avec l’ennemi, mais à la résistance ». Les tensions qui prévalent n’empêchent toutefois pas des pays comme Oman, le Qatar, l’Irak et la Suisse d’essayer de calmer le jeu et de transmettre des messages clairs que les USA n’ont pas l’intention d’aller en guerre contre l’Iran. 

Mais l’Iran défend toujours son droit de continuer à exporter ses deux millions de barils de pétrole par jour, tout en envisageant son retrait partiel de l’accord sur le nucléaire, à moins que l’Europe comble le vide créé par les dures sanctions des USA. Il s’agit là de deux points cruciaux pour lesquels Donald Trump ne peut reculer s’il veut évider de perdre, sur le plan politique et intérieur, tout ce qu’il a obtenu ces dernières années des partisans d’Israël. Trump a fait cadeau de propriétés qui ne lui appartiennent pas – Jérusalem et le Golan – au premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, afin de s’attirer l’appui du puissant lobby israélien aux USA. Ce lobby a démontré sa capacité à contrôler les médias sociaux et des postes clés dans les médias institutionnels, et à influencer des décisions importantes et ceux qui les prennent à Washington. Trump a besoin du soutien de ce lobby dans sa campagne en vue de sa réélection pour un second mandat en 2020. 

L’Iran est devenu un joueur important pour la réélection de Trump en 2020. Téhéran a contribué à la défaite de Jimmy Carter, le 39eprésident américain, qui n’a pu se faire réélire en pleine crise des otages de l’ambassade des USA en Iran et à la suite du sauvetage raté de ces otages (en plus des difficultés économiques intérieures et des taux d’intérêt élevés). La politique de Trump visant « zéro exportation du pétrole iranien » est en train d’échouer, la Chine et la Turquie ayant déjà refusé de stopper leurs importations de pétrole de l’Iran, tout comme sa volonté d’empêcher l’Iran de se mettre à accroître sa capacité nucléaire quand la date limite de 60 jours arrivera à expiration. Ces échecs vont sûrement servir aux ennemis politiques de Trump aux USA au cours de la prochaine campagne présidentielle. 

Depuis la Révolution iranienne de 1979, l’Iran demeure sevré au lait des sanctions américaines. Cela l’a amené à s’adapter aux récessions, à trouver des solutions de rechange et à augmenter son autonomie économique, même si les sanctions ont réussi à ralentir sa croissance. 

Depuis l’invasion du Liban par Israël en 1982, l’Iran a investi dans ses partenaires libanais, syriens, irakiens, afghans et yéménites. Aujourd’hui, l’Iran récolte les fruits de ce soutien financier et militaire à long terme. Par l’entremise de ses partenaires, il a réussi à prévenir qu’Israël occupe le Liban et impose la paix à ses conditions, à empêcher la chute du gouvernement syrien, à établir une relation solide avec l’Irak, à soutenir les Houthis et à reconstruire son alliance avec les talibans.  

À la lumière des attaques à al-Fujairah et contre Aramco, le message de l’Iran à Trump était clair : en cas de conflit avec l’Iran, le front ne se limitera pas à l’intérieur des frontières du pays, mais s’étendra sur un vaste territoire et sera orchestré par l’Iran et ses alliés au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Afghanistan.

Les attaques à al-Fujairah et contre Aramco ont profité à l’Iran et amenuisé le risque de guerre. Cependant, la roquette lancée dans la zone verte de Bagdad (le secteur où les ambassades étrangères et les institutions gouvernementales se trouvent), à 1,6 km de l’ambassade des USA, n’aidait guère, tout bien considéré, l’Iran et l’Irak. Les partenaires de l’Iran– Asaïb Ahl al-Haq, Hezbollah Irak, BADR – ont condamné ce tir de roquette « inapproprié, au mauvais moment et absolument inutile ». La roquette a été lancée le jour même où les USA et l’Iran atténuaient les tensions et exprimaient leur intention d’éviter un affrontement militaire. L’attaque a toutefois démontré que les forces US, qui ont investi sept mille milliards de dollars en Irak, se trouvent à un endroit qui pourrait devenir extrêmement hostile le moment venu (une guerre ou un message envoyé par l’Iran). 

L’Iran, qui maîtrise l’art de lutter contre les difficultés économiques, a la possibilité aujourd’hui de se retirer partiellement de l’accord sur le nucléaire si l’Europe ne respecte pas ses engagements en comblant le vide laissé par les dures sanctions américaines. Mais une chose est sûre : bon gré, mal gré, Trump fait tout en son pouvoir pour aider l’Iran à se retirer totalement de l’accord sur le nucléaire et de devenir un pays nucléaire possédant des capacités militaires. 

Lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État des USA Mike Pompeo à Sotchi, le président Vladimir Poutine a averti que « la Russie n’est pas une équipe de pompiers destinée à tout sauver ». 

« L’Iran remplit toutes ses obligations. Les Américains se sont retirés et l’accord tombe en lambeaux. L’Europe n’est pas en position de faire grand-chose pour sauver et compenser l’Iran. Dès que l’Iran se retirera, le monde oubliera comment Trump a poussé les USA à abandonner l’accord et jettera le blâme sur l’Iran », a dit Poutine.  

Pompeo dicte ses 12 conditions comme si l’Iran avait perdu une guerre. Les USA doivent pourtant savoir que l’Iran ne peut faire de concession ou négocier aucune de ces conditions, qui menacent directement la sécurité nationale iranienne. Les USA savent que l’Iran croit en son droit à la technologie nucléaire à des fins civiles et de recherche, que ses missiles assurent sa protection contre des attaques de l’extérieur et que son soutien à ses alliés au Moyen-Orient est crucial pour assurer son existence et sa défense. 

Tout comme les USA, l’Iran et les autres pays du Moyen-Orient ont le droit de se défendre et d’avoir des alliés au Moyen-Orient. La tension entre les USA et l’Iran s’apaise. Le prochain rendez-vous aura lieu dans moins de 60 jours, quand l’Europe annoncera si elle est en mesure ou non d’offrir à l’Iran ce dont il a besoin pour éviter son retrait partiel ou complet de l’accord sur le nucléaire iranien, ainsi que la perspective d’une capacité militaire nucléaire. 

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