L’Iran un an plus tard : Qu’a donné l’assassinat de Qassem Soleimani?

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Il y a un an, le président des USA Donald Trump a assassiné le commandant de la brigade al-Qods du Corps des gardiens de la Révolution iranienne, le brigadier général Qassem Soleimani, qui assurait la coordination entre l’Iran et tous ses alliés en Palestine, au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Afghanistan. Le motif apparent était conforme à la politique des USA qui, depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, tente d’humilier, d’affaiblir et de paralyser l’Iran en lui imposant des sanctions économiques maximales. L’Iran est considéré comme une puissance régionale dont les dirigeants rejettent l’hégémonie des USA. Les Américains et les Israéliens croyaient que Soleimani était irremplaçable et que l’Axe de la Résistance qu’il dirigeait serait sérieusement affaibli par son assassinat. Beaucoup sont allés plus loin, en décrivant l’assassinat comme un coup porté aux objectifs stratégiques de l’Iran. Un an plus tard, les USA ont-ils vraiment réussi à donner une raclée à l’Iran, à porter atteinte à ses objectifs ou à démolir ses buts? Si tels étaient leurs objectifs, sont-ils parvenus à les atteindre?

Le 1er janvier 2020, Sardar Soleimani s’est rendu au Liban où il a tenu une réunion de plusieurs heures avec le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah. Le Liban est un élément fondamental de l’Axe de la Résistance. Sardar Soleimani se rendait au Liban et soutenait le Hezbollah depuis 1998, lorsqu’il a été nommé commandant de la brigade al‑Qods du Corps des gardiens de la Révolution. Le Hezbollah libanais est devenu par la suite l’allié le plus puissant de l’Iran et le groupe le mieux armé et le mieux entraîné du Moyen-Orient, rien de moins que l’armée la plus puissante de la région. Le brigadier général Soleimani a gardé un profil bas pendant des décennies, mais c’est lui qui était responsable de la formation, du financement et du soutien logistique des alliés de l’Iran. Le Hezbollah est considéré comme l’une des plus grandes réussites de la politique iranienne depuis 1982, lorsque l’imam Khomeini a envoyé pour la première fois des Iraniens dans la vallée de la Bekaa libanaise, lors de l’invasion israélienne du Liban.

Plus tard dans la journée, Soleimani s’est rendu en Syrie (un autre membre de l’Axe de la Résistance), où il a passé la nuit. Comme à chacune de ses visites au Levant où des centaines de conseillers militaires iraniens s’activent contre Daech et Al-Qaida, Soleimani a convoqué tous les commandants d’unité iraniens à une réunion tôt le matin. La réunion a exceptionnellement duré jusqu’à la fin de l’après-midi, au cours de laquelle Soleimani a assigné des missions, discuté des tactiques militaires et écouté les officiers iraniens en poste. 

Quelques heures plus tard, Qassem Soleimani a pris un vol de l’aéroport de Damas en direction de Bagdad, en Irak, où il a atterri quelques minutes avant minuit. Le brigadier général Soleimani et les quatre officiers iraniens lui servant d’aides de camp ont été accueillis à l’aéroport par le commandant d’unité irakien des Hachd al-Chaa’bi Abu Mahdi al-Muhandes, qui venait le chercher à bord ‘un véhicule. Deux drones américains MQ-9 Reaper ont alors lancé des missiles guidés laser Hellfire à une vitesse de 230 km/h, incinérant les corps de Soleimani, d’al-Muhandes et de tous leurs compagnons iraniens et irakiens. Trump s’est alors targué d’en avoir tué « deux pour le prix d’un ». À ses yeux, Soleimani et Muhandes étaient dorénavant relégués aux oubliettes de l’histoire et il a tourné la page. 

Mais c’était loin d’être le cas. Du jour au lendemain, les conséquences de l’assassinat illégal commis par les USA ont fait bien plus que ce que Soleimani lui-même aurait pu accomplir de son vivant. L’assassinat ciblé du 3 janvier a insufflé un nouvel esprit à la « Révolution islamique » de l’imam Khomeini. Plusieurs générations d’Iraniens n’avaient jamais vécu la Révolution et sous-évaluaient la doctrine politique de la « guidance du juriste » (wilāyat al-faqīh), contrairement à la vieille garde. L’assassinat a uni le peuple iranien sous le drapeau national. Des millions d’Iraniens ne pouvaient accepter de voir leur général assassiné d’une manière aussi lâche par un drone plutôt que sur le champ de bataille.

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