L’accord sur le nucléaire de 2015 ne semble plus être une référence valable pour l’Iran

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

L’accord sur le nucléaire signé par l’ancien président américain Barack Obama en 2015 semble ne plus être considéré comme un accord valable pour l’Iran et est sans aucun doute jugé inadéquat par les USA. Washington et les signataires européens proposent des modifications à l’accord pour y inclure Israël et l’Arabie Saoudite ainsi que le programme de missiles de l’Iran avant de lever toutes les sanctions imposées par tous les présidents des USA depuis 1979. L’Iran demande pour sa part le retrait complet de toutes les sanctions avant de se conformer à nouveau totalement. Par conséquent, sous la nouvelle administration du président Joe Biden, l’accord sur le nucléaire ne sert plus les buts, les intérêts ou les objectifs de sécurité nationale de l’Iran en raison de l’absence totale de confiance envers l’engagement des USA. En conséquence, l’administration Biden ratera l’occasion de forcer la « République islamique » à respecter l’accord sur le nucléaire. Washington semble croire que se soustraire à la levée des sanctions peut être un moyen efficace d’imposer de nouvelles conditions à l’Iran. Ce genre de raisonnement ne fera que pousser Téhéran à se délier plus rapidement de toute forme d’engagement et à développer ses capacités nucléaires jusqu’au point de non-retour. L’administration américaine n’aura plus alors que quelques cartes dans son jeu, dont la possibilité de détruire des sites nucléaires iraniens pour ralentir le rythme de l’augmentation des capacités nucléaires, qui est la ligne à ne pas franchir selon Biden et Israël.

Le guide suprême iranien Sayyed Ali Khamenei a déclaré que « si pratiquement toutes les sanctions sont annulées, nous nous conformerons de nouveau à l’accord sur le nucléaire. Washington devrait d’abord lever les sanctions. La partie ayant le droit de poser des conditions à l’accord sur le nucléaire est l’Iran, qui a rempli toutes ses obligations contrairement à tous les autres pays. » Sayyed Khamenei est la seule personne en Iran qui a le dernier mot sur la politique étrangère et sur toutes les décisions stratégiques liées aux relations de l’Iran avec le monde extérieur.

Selon un décideur iranien, « Sayyed Khamenei a signifié que les USA doivent d’abord lever toutes les sanctions imposées à l’Iran et prouver que la décision s’est concrétisée. Cela doit inclure la permission donnée à tous les pays européens et autres d’établir des accords commerciaux avec l’Iran dans tous les domaines. L’Iran veut aussi des garanties fermes que les USA ne réimposeront pas de sanctions ou ne révoqueront aucun nouvel accord conclu par un président américain, comme l’a fait Donald Trump. Par conséquent, l’Iran ne peut pas annuler les mesures prises pour porter l’enrichissement d’uranium à 20 % et il se retirera progressivement de tout traité, sauf s’il s’avère que toutes les parties ont respecté l’accord à la lettre, sans modifications ».En Iran, Sayyed Khamenei a déclaré à ses proches collaborateurs que « de nombreux États européens sont dirigés par des hypocrites qui obéissent aux diktats des USA même lorsque leurs dirigeants disent le contraire » et que « les USA et l’Europe n’ont aucun intérêt à voir 

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un Iran fort ». Il ne fait guère de doute que l’Iran deviendra plus fort financièrement si toutes les sanctions des USA sont levées. Celles imposées sur l’exportation du pétrole de l’Iran ont eu pour effet de réduire la production quotidienne d’environ 2,3 millions de barils par jour à 700 000 BPJ. Les recettes en devises de l’Iran ont fondu et la monnaie locale s’est considérablement détériorée. Par contre, les exportations non pétrolières de l’Iran auraient dépassé 25,1 milliards de dollars en 2020. De plus, les alliés de l’Iran au Moyen-Orient continuent à payer les salaires des dizaines de milliers de leurs militants en dollars US, ce qui nous permet d’affirmer que l’objectif de Trump de freiner la puissance régionale de l’Iran a échoué.

Sayyed Khamenei a déclaré aux responsables iraniens qu’ils « devraient faire comme si les sanctions des USA ne seront pas levées sous l’administration Biden, puisqu’il n’y a aucune différence entre le comportement de l’actuel président américain et celui de ses prédécesseurs ».

Les dirigeants iraniens estiment que les USA ne reviendront pas sur la plupart des sanctions qui permettraient à l’Iran de réintégrer le marché international. Par conséquent, l’Iran s’est permis lui aussi plusieurs violations un an après le retrait illégal des USA. L’Iran a aussi eu recours l’an dernier au mécanisme de règlement des différends prévu au paragraphe 36 de l’accord sur le nucléaire iranien, appelé officiellement Plan d’action global conjoint (PAGC), mais en vain. L’Iran n’est cependant pas prêt à ne plus respecter le PAGC, car il souhaite que ses alliés stratégiques que sont la Chine et la Russie, tous deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, restent de son côté. La Chine et la Russie sont d’accord avec l’Iran sur la nécessité d’un retour « inconditionnel » des USA au PAGC le plus tôt possible.

Les USA ne sont pas mis à mal par les sanctions qu’ils ont imposées à l’Iran, bien au contraire. Tout en « profitant » des lourdes sanctions de Trump, Biden demande à l’Iran de commencer par revenir à ses engagements. Logiquement, si les USA croient en la décision de l’Iran d’interdire les armes nucléaires ainsi que la mise au point et l’utilisation d’armes de destruction massive, pourquoi lèveraient-ils les sanctions si tôt? Ne serait-ce pas mieux de négocier avec un pays sous la coupe de sanctions paralysantes? Mais il s’agit là d’un jeu dangereux, car les fatwas changent en fonction des circonstances et des nécessités.

Sayyed Khamenei a déclaré à son entourage que « certains responsables iraniens sont décevants ». Il estime que quiconque s’imagine que la politique de Biden envers l’Iran sera différente de celle de ses prédécesseurs est « naïf » et que l’idée que le nouveau président lèvera les sanctions est « délirante ». « Il est temps de fermer la porte aux négociations jusqu’à ce que les USA et l’Europe s’engagent à nouveau dans un accord qu’ils ont eux-mêmes violé et qu’ils n’ont pas respecté », aurait déclaré Sayyed Khamenei.

Il semble évident qu’il n’y aura pas d’accord sur le nucléaire à court terme entre l’Iran et les USA. Supposons que Biden insiste pour faire entrer Israël et l’Arabie Saoudite dans un nouveau PAGC mis à jour et modifier certaines de ses dispositions. S’il fait cela, il commettra une grave erreur. Pendant des années, Trump a essayé de négocier les mêmes changements, mais en vain, l’Iran préférant les lourdes sanctions. Sayyed Khamenei a fixé les limites de l’enjeu : « Pas de modification ou de négociation tant que les USA ne lèveront pas d’abord les sanctions. L’Iran devrait poursuivre sa politique économique intérieure qui ne dépend pas des ventes de pétrole. »

Pourquoi d’ailleurs l’Iran répondrait-il aux demandes de Biden alors qu’il a rejeté des demandes similaires formulées par Trump ? Qu’est-ce que cela a donné de rejeter la dernière tentative de Trump de négocier avec l’Iran parce qu’il comptait en tirer profit en vue de remporter sa prochaine campagne présidentielle, ce qui a servi Biden? 

Pour les responsables iraniens : « Trump et Biden sont les deux faces d’une même médaille. Mais comme Trump a tué le général Qassem Soleimani, s’il était resté au pouvoir quatre ans encore, le cours naturel des choses aurait mené à la guerre. L’Iran est conscient que depuis la victoire de la « Révolution islamique » en 1979, toutes les administrations américaines maîtrisent et apprécient l’art des sanctions. Quelle que soit la ligne de conduite que Biden a l’intention d’adopter, le retrait total des USA de l’Asie occidentale est devenu la priorité numéro un de l’Iran et de ses alliés dans la région. Le Moyen-Orient est donc vulnérable et ouvert à toutes les possibilités. »

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One thought on “L’accord sur le nucléaire de 2015 ne semble plus être une référence valable pour l’Iran

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