La Syrie lance un missile en direction d’Israël : l’heure de la vengeance a-t-elle sonné?

Par Elijah J. Magnier:

Traduction : Daniel G.

Le système de défense antiaérien syrien situé près de la capitale Damas a lancé un missile alors que des jets israéliens survolaient le plateau du Golan occupé et bombardaient des cibles de l’armée syrienne à proximité. Le missile syrien a atterri à 30 kilomètres du réacteur nucléaire israélien ultra protégé et secret de Dimona dans le Negev. Il y a 296 km qui séparent Damas de la centrale nucléaire de Dimona, de sorte qu’il semble étonnant que le système d’interception israélien n’ait pas réussi à neutraliser le missile. S’agit-il des représailles iraniennes promises pour le sabotage israélien du réacteur nucléaire de Natanz ou d’un simple missile errant?

Les médias israéliens et le porte-parole de l’armée israélienne ont minimisé l’événement, en parlant d’un missile « S-200 (SA-5) sol-air errant ». Il est frappant de constater que le système d’interception des plus perfectionnés d’Israël n’ait pas réussi à abattre le missile. D’autres ont rappelé un affrontement similaire en 2019, lorsqu’un missile antiaérien syrien égaré a touché le nord de Chypre. L’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman en a profité pour critiquer le premier ministre Benyamin Netanyahou, l’accusant d’avoir « dormi pendant le quart de nuit » et de ne pas avoir réussi à intercepter le missile syrien.

Il est inhabituel qu’Israël ne fournisse pas de preuve qu’un missile a été lancé contre l’un de ses sites les plus sensibles. Un aileron ou un moteur aurait permis de déterminer s’il s’agissait d’un missile SA-5 datant de 1967 ou d’un missile sol-sol Fateh-110 iranien datant de 2012, que la Syrie fabrique sous le nom de M-600, comme le prétend un général du Corps des gardiens de la Révolution iranienne. Si la version iranienne est plausible, l’idée que le missile était un « message » syro-iranien annonçant que le moment est venu de régler un compte resté ouvert devient concevable. L’incident a fait réagir les Israéliens qui demandent qu’on leur dise la vérité sur le missile lancé depuis la Syrie et sur l’explosion massive survenue dans la fabrique de moteurs de missiles de défense Tomer, à l’extérieur de la ville de Ramle.

Le missile sol-air SA-5 mesure 10,8 mètres de long et est équipé d’ondes radio, de systèmes de guidage de vol infrarouge et d’ailes de manœuvre aérodynamiques. Les avions modernes sont peut-être capables d’éviter ce vieux missile soviétique, qui a abattu un F-16 israélien en 2018. Lorsque ce missile atteint sa portée maximale et ne parvient pas à détruire sa cible, il est équipé d’un système d’autodestruction qui le fait exploser avant d’atteindre au sol. En revanche, le Fateh-110, qui mesure 8,9 mètres de long, est un missile sol-sol qui suit une trajectoire par guidage satellite en connaissant la position de la cible. Seuls les Fateh de troisième (Fateh-110 block 3) et de quatrième génération (Fateh-110-D1) ont une portée de 300 km. Le Fateh-110-D1 de quatrième génération (Fateh Mobin) possède également un capteur d’imagerie infrarouge pour le guidage thermique. La Syrie et le Hezbollah libanais sont tous deux équipés du Fateh-110.

Israël a affirmé que le missile lancé depuis la Syrie a explosé dans le ciel, bien que les images partagées sur les médias sociaux donnent à penser à une puissante explosion au sol. Les Israéliens ont toutefois confirmé que le missile n’a pas été intercepté. Par conséquent, l’idée d’une explosion dans le ciel après plus de 250 km de trajectoire semble exclue, car le missile a atteint une portée d’environ 266 kilomètres avant l’impact.

La conclusion qui se dégage est qu’Israël veut éviter une escalade avec la Syrie et l’Iran. La version d’un « missile errant » est commode. On suppose que le mécanisme d’autodestruction n’a pas fonctionné pour permettre au missile d’exploser après avoir touché le sol. En proposant plusieurs versions contradictoires, Israël souhaite oublier la chose et éviter de fournir des détails. Il est tout de même humiliant pour Israël d’affirmer qu’un missile sol-air datant de 1967 ait réussi à se faufiler en évitant tous ses missiles d’interception récemment mis à niveau.

Si Israël avait parlé de Fateh-110, cela aurait signifié que la décision de lancer le missile venait du président Bachar al-Assad lui-même, pour indiquer à Israël que l’heure de la vengeance a sonné. Cela aurait également fait ressortir le niveau d’harmonie entre la Syrie et l’Iran, deux alliés ayant un intérêt commun à riposter aux nombreuses violations d’Israël. Pour l’Iran, il s’agirait d’une réponse au sabotage israélien de Natanz. Pareille version embarrasse énormément le premier ministre Netanyahou, qui après plus de 1 000 attaques contre la Syrie, n’a pas réussi à atteindre les objectifs d’Israël.

La Syrie et l’Iran montrent à Israël qu’ils sont des alliés solides qui lancent un message commun. Le système israélien Dôme de fer semble définitivement défaillant, en promettant d’offrir peu de protection si de multiples missiles provenant de différents endroits sont lancés contre Israël en temps de guerre.

Les USA ont également choisi l’approche soft, en parlant eux aussi du SA-5. Le commandant du CENTCOM, le général Franck McKenzie, a imputé l’incident à « l’incompétence » de la Syrie d’avoir laissé un « missile errer » pour minimiser l’événement, en prenant soin d’ajouter qu’il ne croyait pas qu’il s’agissait d’une « attaque intentionnelle ». Les USA ne sont pas d’humeur à se laisser entraîner par Israël dans un règlement de comptes et ont d’autres priorités. En outre, c’est Israël qui est l’agresseur en bombardant illégalement la Syrie depuis des années. Les multiples tentatives israéliennes visant à gâcher le rapprochement américano-iranien exaspèrent la nouvelle administration américaine.

Pour le président Bachar al-Assad, la version de McKenzie est également commode. La Syrie ne peut évidemment pas comparer son arsenal à la capacité militaire moderne d’Israël, dans laquelle Israël et les USA investissent des milliards de dollars chaque année pour maintenir une supériorité militaire sur les armées du Moyen-Orient sans nécessairement imposer la dissuasion. Cependant, il suffit d’un missile à courte portée pour faire prendre conscience à Israël que sa violation continuelle de la souveraineté syrienne pourrait conduire un jour à un affrontement au cours duquel il pleuvra des missiles iraniens que son système d’interception moderne ne parviendra pas à intercepter.

Bref, toutes les parties sont satisfaites de la version floue israélo-américaine de l’incident. Il est terrifiant pour Israël et les USA de croire qu’un réacteur nucléaire (Dimona) est devenu une cible facile, même pour un vieux missile. Le missile « errant » est en fait une dissuasion stratégique. Il semble évident que l’heure de la revanche approche. Israël est vulnérable.

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