
Elijah J. Magnier –
Les cessez-le-feu sont censés arrêter les guerres, pas les réorganiser. Ils sont censés protéger les civils, réduire l’espace de représailles et ouvrir la voie à une diplomatie sérieuse. Celui-ci, entre l’Iran et les États-Unis, semble faire exactement l’inverse. Ce qui est présenté comme un cessez-le-feu ressemble bien davantage à une pause sélective et tactique, façonnée autour des priorités israéliennes et américaines plutôt qu’autour d’un véritable principe de désescalade. L’Iran s’est vu offrir une pause ; le Liban, non. Et plus on met côte à côte les différentes déclarations, celles de la Maison-Blanche, de Netanyahu, du Pakistan, et maintenant du vice-président américain J.D. Vance, plus il devient difficile d’échapper à cette conclusion : il ne s’agit pas d’un cessez-le-feu sérieux au sens politique plein du terme. C’est une interruption temporaire d’une partie de la guerre pendant qu’une autre est délibérément laissée en flammes.
Ce constat paraît aujourd’hui encore plus clair. Vance aurait déclaré que l’accord de cessez-le-feu incluait tous les alliés, entendus comme les alliés des États-Unis, c’est-à-dire Israël et les pays du Golfe, et non les alliés de l’Iran. Le chef d’état-major interarmées américain, le général Dan Caine, a déclaré : « Je tiens à exprimer ma gratitude à nos partenaires dans le Golfe qui ont combattu à nos côtés chaque jour, le Royaume d’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et la Jordanie, qui se sont tous joints à nous pour défendre notre peuple et nos biens, les protéger, et qui se tiennent prêts à le refaire si nécessaire. »
C’est une formulation extraordinaire, car elle confirme la participation des pays du Golfe à la guerre contre l’Iran et balaie toute prétention à la neutralité. Elle suggère que ce cessez-le-feu n’a jamais été conçu comme un cessez-le-feu universel sur l’ensemble des fronts. Il s’agissait d’un dispositif sélectif destiné à protéger le système d’alliances d’un camp tout en laissant les alliés de l’autre camp en dehors du bouclier. Une fois cela admis, le mot cessez-le-feu commence à perdre son sens ordinaire. Il ne signifie plus l’arrêt de la guerre. Il signifie la suspension des combats là où Washington veut du calme, tout en les autorisant là où Israël veut conserver sa liberté d’action.
C’est pourquoi le Liban se trouve au cœur de tout ce différend. L’Iran a clairement indiqué qu’il n’accepterait pas un accord excluant le Liban. Et à présent, avec la fermeture du détroit d’Hormuz, le coût de cette exclusion a fortement augmenté. Le cessez-le-feu n’est plus seulement une formule diplomatique étroite en litige. Il est devenu une confrontation stratégique bien plus large. Si Hormuz reste fermé, alors la tentative d’isoler le Liban tout en contenant les retombées régionales plus vastes pourrait s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. Ce que Washington et Tel-Aviv avaient essayé de traiter comme une question secondaire menace désormais l’accord lui-même.
Subscribe to get access
Read more of this content when you subscribe today.
You must be logged in to post a comment.