Un cessez le feu imposé et fragile qu’aucune des deux parties ne peut tenir

Par Elijah J. Magnier

Le dernier cessez le feu annoncé entre le Liban et Israël a été présenté comme un succès diplomatique, mais son texte et son contexte politique suggèrent quelque chose de bien plus instable. Il ne résulte ni d’un consentement mutuel, ni d’un épuisement militaire, ni d’une négociation équilibrée. Il s’agit d’une courte pause imposée d’en haut, largement façonnée par Washington, et chargée de conditions qui vont bien au delà d’une simple cessation des hostilités. Au lieu de créer un mécanisme réaliste de désescalade, il inscrit un cadre d’asymétrie qu’aucune des deux parties ne peut véritablement soutenir. Il ne règle aucun différend fondamental. Il ne crée aucun équilibre. Il n’oblige pas Israël à mettre fin à sa destruction du sud du Liban. Il ne supprime pas le déclencheur susceptible de relancer la guerre en quelques heures. Il ne fait que repousser la prochaine collision.

Le président américain Donald Trump a annoncé un cessez le feu de dix jours au Liban à un moment de pression régionale croissante. Selon certaines informations, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas soumis la question à son mini cabinet de guerre dans le cadre d’un processus décisionnel normal, mais pour transmettre une conclusion déjà imposée par Washington. Le message était clair : il ne s’agissait pas d’un cessez le feu choisi par Israël selon ses propres conditions, mais d’un cessez le feu qu’il était contraint d’accepter parce que l’équation régionale élargie devenait trop dangereuse pour être ignorée. Netanyahu n’agissait pas en position de force. Il se conformait sous pression. Un cessez le feu accepté de cette manière est déjà fragile avant même de commencer, car l’homme censé le faire respecter cherche déjà un moyen d’y échapper.

L’Iran aurait fait d’un cessez le feu au Liban une condition pour participer à un second cycle de négociations. Dans le même temps, Téhéran a renforcé ses avertissements en menaçant de fermer Bab el Mandeb si le blocus naval américain dans le détroit d’Hormuz se poursuivait. Dans ce contexte, le Liban n’était plus seulement un front local. Il est devenu lié à la confrontation plus vaste qui s’étend du Golfe à la mer Rouge. L’objectif de Washington n’était pas la paix au sens plein, mais le confinement : empêcher que le front libanais ne déclenche une crise régionale plus large susceptible de perturber les voies maritimes stratégiques et d’approfondir l’escalade militaire.

Pour Netanyahu, cela était politiquement humiliant. Il a construit sa posture de guerre autour de l’image du défi, de la liberté d’action opérationnelle et du refus de céder à la pression extérieure. Il se présente comme l’homme qui dicte les conditions, non comme celui qui les reçoit de Washington. Un cessez le feu imposé par les États Unis frappe directement cette image. Il le place dans la position inconfortable d’accepter un arrêt qu’il ne peut présenter comme une victoire et qu’il ne peut défendre aisément devant un public intérieur conditionné à attendre la force, non la retenue. Pour Netanyahu, c’est une réalité humiliante, et une réalité qu’il cherchera à corriger. Cela seul rend l’accord fragile. Un cessez le feu qu’un dirigeant est contraint d’accepter, mais qu’il ne peut assumer politiquement, est souvent un cessez le feu qu’il cherchera à éroder.

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