Le Liban trace sa ligne rouge : cessez-le-feu d’abord, aucun accord imposé avec Israël

Par Elijah J. Magnier –

À Beyrouth, le discours sur le consensus national est redevenu une nécessité, et non un luxe. Le Liban se retrouve une fois de plus pris entre des dynamiques de négociation qui dépassent ses frontières, laissant peu de place à la fragmentation interne ou à l’improvisation politique. Toute tentative de poursuivre des agendas individuels ou de rechercher des gains rapides dans des processus diplomatiques complexes risque d’approfondir les divisions plutôt que d’ouvrir une voie vers des solutions. La capacité de l’État à gérer la sécurité, les négociations et les échéances politiques à venir est déjà sous pression ; toute fragmentation supplémentaire ne ferait qu’accélérer la paralysie institutionnelle.

Une forte tension oppose le président maronite Joseph Aoun au président du Parlement chiite Nabih Berri. Depuis que Aoun a évoqué sa disposition à rencontrer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison-Blanche, ses relations avec la direction chiite se sont détériorées, le Hezbollah considérant cette initiative comme une trahison. Aoun a rejeté cette accusation et a publiquement accusé le Hezbollah de trahison pour avoir entraîné le Liban dans la guerre au service des « intérêts étrangers » (l’Iran). Selon les informations disponibles, la réunion attendue entre le président Aoun, le président du Parlement Berri et le Premier ministre sunnite Nawaf Salam n’aura pas lieu. Une prise de conscience croissante, au Liban comme à l’extérieur, indique que la poursuite des désaccords pourrait pousser l’État au-delà de sa capacité à gérer ses dossiers essentiels.

Avant d’évaluer la pression actuelle des États-Unis, il convient de comprendre le cadre juridique et souverain du Liban. Le cas libanais met en lumière la différence entre souveraineté formelle et souveraineté effective. Dans le cadre des Nations unies, la souveraineté ne se limite pas à la reconnaissance juridique d’un État. Elle implique également la capacité d’exercer une autorité sur son territoire, de protéger ses citoyens, de contrôler ses frontières, de maintenir des institutions fonctionnelles et de détenir le monopole de la force légitime. Lorsqu’un État ne dispose pas des capacités militaires, administratives, économiques et politiques nécessaires pour se défendre, se reconstruire après un conflit et agir de manière cohérente à l’international, sa souveraineté reste juridique mais incomplète dans la pratique. C’est dans cet espace que la résistance armée non étatique revendique une légitimité, notamment au nom de l’autodétermination et de la légitime défense, bien que ces revendications demeurent politiquement contestées et encadrées par le droit international humanitaire.Le droit libanais impose également des limites strictes aux contacts officiels avec Israël, toujours juridiquement considéré comme un État ennemi. La loi de boycott de 1955 interdit tout échange direct ou indirect avec Israël, tandis que les articles 273 à 275 du Code pénal libanais criminalisent le contact, la coopération, la négociation ou l’échange d’informations avec un État ennemi. Par conséquent, si un président libanais devait unilatéralement envoyer un ambassadeur, comme cela a été le cas, pour rencontrer un homologue israélien, une telle initiative violerait probablement le droit ordinaire et dépasserait les prérogatives présidentielles. 

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