De « l’enrichissement zéro » à la négociation : comment l’Iran a transformé sa survie en levier

Par Elijah J. Magnier

Les guerres sont souvent jugées à l’aune des destructions visibles, des gains territoriaux, des pertes militaires ou du nombre de victimes. Pourtant, l’histoire démontre à maintes reprises que l’issue politique d’un conflit compte souvent davantage que le bilan du champ de bataille. Dans la récente confrontation impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, la question la plus importante n’est plus de savoir qui a infligé le plus de dégâts. La question la plus déterminante est de savoir si le paysage politique et diplomatique qui émerge du conflit reflète les objectifs que chaque partie s’était initialement fixés.

La réponse apparaît de plus en plus inconfortable pour Washington et Tel-Aviv. L’Iran n’est pas sorti de la confrontation militairement plus fort qu’avant la guerre, et il n’a pas non plus remporté une victoire décisive sur le champ de bataille contre ses adversaires. Néanmoins, Téhéran semble être sorti du conflit politiquement et diplomatiquement moins isolé qu’auparavant. Ce que beaucoup considéraient comme une défaite stratégique annoncée s’est transformé en une place à la table des négociations, tout en préservant ses principaux atouts, en obtenant des concessions tangibles, en déplaçant le débat de la coercition et de la reddition vers une négociation réciproque, et en créant des opportunités pour de nouveaux gains.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la confiance de plus en plus visible parmi les responsables iraniens. Téhéran n’a pas besoin de prouver qu’il a gagné la guerre au sens militaire conventionnel du terme. Il lui suffit de démontrer que les États-Unis et Israël n’ont pas réussi à imposer leurs objectifs maximalistes. Si la confrontation a commencé par des discussions sur le démantèlement des capacités iraniennes, la soumission et « l’enrichissement zéro », et qu’elle se termine par un protocole d’accord de deux pages comprenant un allègement des sanctions, le dégel d’avoirs financiers, des garanties de navigation maritime et une mise en œuvre progressive, les responsables iraniens peuvent raisonnablement soutenir que la trajectoire politique favorise désormais la négociation plutôt que la capitulation. De plus, si l’un des quatorze points du cadre n’est pas appliqué selon l’ordre chronologique convenu, les discussions seraient suspendues et le processus prolongé au-delà des soixante jours initialement prévus jusqu’à ce que sa mise en œuvre soit réalisée. Si l’une des deux parties refuse de respecter ses engagements, l’accord serait alors abandonné.

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