
Par Elijah J. Magnier –
Une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz confronterait les États-Unis à un problème que ni la puissance militaire ni les sanctions financières ne peuvent résoudre. Washington peut puiser dans ses réserves pétrolières d’urgence, réorienter la production vénézuélienne, importer davantage de brut canadien et encourager une hausse de la production sur l’ensemble du continent américain. Il ne peut durablement remplacer les volumes normalement exportés par le passage énergétique le plus important au monde.
La distinction entre les réserves géologiques et les stocks immédiatement disponibles est essentielle. La fermeture d’Ormuz ne fait pas disparaître le pétrole du sous-sol. L’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït, l’Iran, les Émirats arabes unis et le Qatar conservent leurs ressources. Ce qui disparaît, c’est la possibilité d’acheminer une grande partie de ce pétrole vers les marchés internationaux. La production doit alors être réduite à mesure que les capacités de stockage se remplissent, tandis que les pays importateurs puisent dans leurs réserves stratégiques et commerciales.
La pression se déplace ainsi du détroit d’Ormuz vers les réserves stratégiques des États-Unis et de leurs alliés. Ces réserves peuvent retarder les conséquences du blocus. Elles ne peuvent les supprimer.
Depuis le début de la guerre, environ 2,9 milliards de barils d’approvisionnement pétrolier attendu ont été perturbés. Les itinéraires de substitution, l’augmentation de la production ailleurs et la baisse de la consommation ont compensé environ 2,2 milliards de barils. Le déficit restant — estimé entre 650 et 700 millions de barils — a été couvert par des prélèvements sur les stocks stratégiques et commerciaux mondiaux.
De nouvelles sanctions contre l’Iran aggraveraient la contradiction
Imposer de nouvelles sanctions à l’Iran tout en exigeant que Téhéran facilite la réouverture d’Ormuz est stratégiquement contradictoire. Des sanctions supplémentaires pourraient restreindre les ventes de pétrole iranien, les transactions financières, le transport maritime, les assurances et l’accès aux avoirs gelés. Des sanctions secondaires pourraient menacer les banques, négociants et gouvernements traitant avec l’Iran. Ces mesures pourraient réduire les revenus de Téhéran si le trafic maritime reprenait. Elles n’ajouteraient cependant aucun baril de remplacement sur le marché. Au contraire, elles rendraient plus difficile toute reprise des exportations iraniennes et supprimeraient une incitation pour l’Iran à coopérer à la réouverture du passage.
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