
Par Elijah J. Magnier
Ces derniers jours, Ansar Allah s’est emparé d’environ 5 400 kilomètres carrés de territoire — un chiffre reconnu par les commandants des forces adverses en retraite — et poursuit son avancée dans les montagnes de Kahbub, sur le détroit de Bab el-Mandeb, où la situation demeure mouvante. Ses adversaires restent sur la défensive malgré le soutien aérien continu de l’Arabie saoudite et les frappes répétées destinées à enrayer la progression du mouvement sur plusieurs fronts. Cette rapide expansion territoriale a une nouvelle fois incité les observateurs extérieurs à interpréter les événements au Yémen principalement comme une extension de la puissance iranienne.
Le Yémen est régulièrement expliqué à travers deux formules commodes : une guerre entre sunnites et chiites et un conflit par procuration mené par l’Iran. Toutes deux contiennent des fragments de vérité, mais, prises ensemble, elles dissimulent bien davantage qu’elles ne révèlent. Ansar Allah est issu d’un environnement zaydite et entretient désormais avec l’Iran une relation militaire et politique importante. Cependant, l’identité zaydite ne détermine pas les allégeances politiques au Yémen, pas plus que l’assistance iranienne n’équivaut automatiquement à un commandement iranien.
Ansar Allah n’a pas été importé au Yémen. Le mouvement s’est développé dans les hautes terres du Nord, a survécu à six guerres contre le gouvernement central entre 2004 et 2010, a tiré parti de l’effondrement de la transition engagée après 2011 et s’est étendu grâce aux alliances tribales, à la force militaire, aux négociations politiques et aux échecs de ses ennemis. L’Iran a ensuite renforcé ses capacités, mais il n’a créé ni les fondements sociaux, ni les griefs, ni les conditions politiques qui l’ont fait naître. La dernière offensive doit donc être examinée non seulement à travers les objectifs régionaux de Téhéran, mais également à la lumière de l’histoire yéménite d’Ansar Allah, de ses bases sociales et de ses propres ambitions.
L’explication confessionnelle qui explique trop peu
Présenter Ansar Allah comme une « milice chiite soutenue par l’Iran » affrontant un « gouvernement sunnite » revient à placer la rivalité régionale entre l’Iran et l’Arabie saoudite au centre d’une guerre dont les causes principales sont yéménites.
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