Les USA vont-ils accepter la défaite ou mettre au défi l’ours russe et le dragon chinois? (1 de 3)

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Par Elijah J. Magnier (à Damas): @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Maintenant que la Ghouta orientale est libérée des djihadistes, qui sont partis vers le nord dans la ville d’Idlib sous le contrôle d’al-Qaeda et des Turcs, la ville de Douma fait maintenant l’objet de négociations avec les Russes pour trouver une façon d’en extraire les militants de « l’Armée de l’Islam » (Jaish al-Islam). Ces militants ont combattu de nombreux djihadistes et rebelles, ce qui fait en sorte qu’il ne leur reste plus d’amis sur l’arène syrienne. Cependant, ces négociations sont devenues un détail tactique puisque la capitale, Damas, est maintenant sûre et a cessé d’être exposée à des bombardements quotidiens comme c’était le cas avant la libération de la Ghouta.

Quelle sera la suite des choses?

Le camp de Yarmouk et al-Hajar al-Aswad:

L’élimination du groupe armé « État islamique » (Daech) et de ce qui reste d’al-Qaeda au camp de Yarmouk et dans la zone limitrophe de al-Hajar al-Aswad, au sud de Damas, est aussi un détail tactique du fait qu’il n’y a aucune issue pour ces militants, qui sont cernés de toutes parts. La libération du secteur est pratiquement un fait accompli.

La steppe syrienne (la Badia):

Dans les steppes syriennes (la Badia), Daech possède encore une poche dont l’armée syrienne devrait s’occuper cet été. Cette zone aussi est totalement assiégée, car Daech ne peut aller nulle part et en attendant, sa volonté et son moral sont à leur plus bas.

Idlib et al-Qaeda:

Dans la ville d’Idlib, où les diverses forces de l’opposition et des djihadistes se multiplient, ces derniers poursuivent une lutte permanente pour le pouvoir qui les gruge les un et les autres. Ils n’arriveront pas à gérer les nationalités et croyances multiples qui s’opposent dans cette ville. Par conséquent, le rôle de la Turquie sera crucial pour exercer son contrôle du secteur et empêcher les luttes intestines parmi les djihadistes, en éliminant même ceux qui s’opposent à la politique d’Ankara.

Les forces d’occupation turques:

La présence turque au nord-ouest et au centre-nord de la Syrie est aujourd’hui inévitable. Il faut s’attendre à une bataille très lente, mais inconséquente entre l’État turc et l’État syrien. Il est ainsi normal dans les circonstances que les deux gouvernements s’échangent des menaces et des contre menaces.

Si Damas décide d’aller en guerre contre la Turquie, il ira de l’avant sans compter sur ses alliés. Ni la Russie, ni l’Iran ne souhaitent une confrontation militaire avec l’armée turque. La Syrie est en droit d’exiger la restauration de son territoire en commençant par des moyens diplomatiques, puis en mettant de la pression sur Ankara par l’entremise de ses alliés et amis. Le recours à la force militaire comme solution peut ensuite être envisagé par Damas comme dernier recours pour reprendre son territoire in extremis.

La Russie pourrait être tentée d’intervenir diplomatiquement et de trouver une solution entre Damas et Ankara si le but de Moscou est vraiment d’assurer une coexistence de ses forces avec l’armée syrienne dans une Syrie en paix.

Les forces d’occupation US à Deir-Ezzor et Hassaké:

Les forces US demeurent au nord-est (presque 24 % du territoire syrien est sous le contrôle de l’armée US), où une grande poche sous la coupe de Daech est protégée par Washington pour le moment, « pour des raisons et des objectifs non déclarés ». Daech est déployé à la frontière syro-irakienne et mène une « vie normale » si l’on en juge par sa propagande dans les médias. Qui plus est, les militants de Daech se soulèvent contre les armées syrienne et irakienne des deux côtés de la frontière qu’ils connaissent très bien.

Il serait fort étonnant que les forces US quittent bientôt, à moins qu’elles n’y soient forcées par des insurrections. Elles voudront alors éviter toute perte importante si et quand l’environnement où elles évoluent devient hostile.

Washington a prouvé qu’il est capable de subir des pertes en Irak. Les USA y sont restés en perdant environ 4 500 soldats et officiers. Pour reprendre les propos de l’ex-secrétaire d’État James Baker : « les USA iront en guerre au Moyen-Orient s’il le faut pour contrôler les ressources énergétiques. »

En Syrie, les ressources énergétiques (pétrole et gaz naturel), sous contrôle US correspondent à environ 13 % du total des réserves du pays. De plus, la présence américaine permet à Israël d’utiliser un aéroport créé par les USA au nord-est de la Syrie comme aéroport pivot à la frontière syro-irakienne.

Les États-Unis peuvent aussi mélanger un peu les cartes en Irak, en Syrie et en Turquie en menaçant ces pays d’un éventuel « État kurde », puisque ce sont les Kurdes locaux qui protègent les US et agissent comme leurs mandataires. Il serait d’ailleurs improbable que les Kurdes soient abandonnés à un certain point par les forces US et laissés à eux-mêmes dans les prochaines années.

Cependant, les objectifs des USA en territoire occupé syrien vont à l’encontre de tous les pays limitrophes et pourraient influencer la durée de la présence américaine. Il ne fait aucun doute que l’occupation du territoire syrien par les USA dérange énormément l’axe anti-américain et est considérée comme une « épine empoisonnée » au Levant.

Par ailleurs, l’existence de Daech n’est plus qu’un détail, puisqu’il est assiégé. Il peut circuler librement dans l’enclave américaine, mais il doit progresser prudemment contre ses ennemis que sont les armées syrienne et irakienne. Par conséquent, Daech n’a pas d’horizon stratégique, surtout depuis que la mise islamiste n’est pas parvenue à faire tomber les régimes irakien et syrien. Le « chaos créatif » installé par l’establishment américain, appelé « le Nouveau Moyen-Orient », n’est pas parvenu non plus à prendre corps comme on l’espérait.

Daraa et Quneitra:

Ce qui ne veut pas dire pour autant que la Syrie est libérée et que le contrôle de l’État syrien s’étend sur l’ensemble du territoire syrien. Cependant, une bataille importante se prépare au sud de la Syrie dans les provinces de Daara et de Quneitra.

Pourquoi cette bataille est-elle importante, plus importante que la poche de Daech à Yarmourk ou dans la steppe syrienne, ou encore que la ville d’Idlib, qui rassemble al-Qaeda et d’autres groupes depuis deux ans?

Un gros dilemme reste entier à Daraa et Quneitra, les deux provinces du sud. Ces deux provinces se trouvent à la frontière d’Israël dans la zone de désescalade convenue entre les USA, la Jordanie et la Russie.

Mais Damas insiste pour les libérer, avec ou sans l’approbation de la Russie. Le gouvernement syrien aimerait libérer la zone sous la coupe d’al-Qaeda et des rebelles, plus celle que contrôlent les militants de « Jaish Khaled bin Walid », qui sont pro-Daech.

Puis évidemment, lorsque vient le temps de parler de la volonté de l’armée syrienne de libérer un territoire contrôlé par al-Qaeda, il faut s’attendre à une avalanche d’accusations par les médias internationaux, où le secteur touché est dépeint comme « habité exclusivement par plus d’un demi-million de civils qui défendent leurs foyers ».

Cette manipulation des médias et par les médias se poursuit depuis les batailles de Qusseyr, Qalamoun, Alep, Madaya et, pour finir, de la Ghouta. La CIA, le Pentagone et le département d’État des USA ont reçu instruction de Washington d’utiliser les outils civils à l’intérieur des organisations non gouvernementales pour soulever des préoccupations humanitaires contre les pays qui rejettent la domination US. C’était le cas au tout premier jour de l’arrivée de la Russie en Syrie en septembre 2015, dont les efforts ont été sapés jusqu’à ce que la situation sur le terrain tourne en faveur du gouvernement syrien. Puis c’est là qu’ont commencé les critiques et les attaques sérieuses à l’encontre de la Russie et des alliés de Damas en Syrie.

Pour ces raisons particulières, Daraa doit être la priorité à régler pour le gouvernement syrien. Il doit initier les négociations pour enlever tous les militants prêts à être largués à Idlib, la « destination poubelle » où tous les djihadistes sont envoyés, peu importe le territoire nouvellement libéré qu’ils quittent.

 

Les USA ont perdu la « guerre des extrémistes », car ils n’ont pu parvenir à leur objectif de « changement de régime » en Syrie. Ce qui a fait sortir l’ours russe de son hibernation, quand il a réalisé que les USA tentaient de le cerner. Moscou se fie aussi au dragon chinois, qui partage les objectifs de la Russie qui est d’éliminer tous les extrémistes et les terroristes djihadistes en Syrie.

La Russie et la Chine travaillent maintenant étroitement pour qu’il n’y ait plus de superpuissance unipolaire, autrement dit, pour mettre fin à la domination mondiale exercée par les USA.

Suite 2/3

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