Les USA vont-ils accepter la défaite ou mettre au défi l’ours russe et le dragon chinois? (2 de 3)

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Par Elijah J. Magnier (à Damas)

Traduction : Daniel G.

Maintenant que la bataille de la Ghouta a pris fin par la défaite des djihadistes, Moscou a atteint ses objectifs au Levant.

Malgré les efforts concertés des USA, de l’UE et des médias institutionnels pour l’attaquer et tenter de diaboliser sa politique, le président russe Vladimir Poutine peut maintenant dire : « veni, vidi, vici ».

Les USA ont estimé qu’à partir de 2020, la Russie sera trop forte militairement et économiquement pour être isolée ou affaiblie. Voilà pourquoi Washington a tout fait pour encercler la Russie et lui « couper les jambes » depuis longtemps, tout en fermant les océans à son commerce et à son allié chinois.

La dernière attaque des USA, qui se cachait derrière l’UE, était d’attirer l’Ukraine dans l’orbite européenne et d’arrêter le flot de gaz naturel russe vers l’Europe (une ressource vitale à l’économie de la Russie). C’était en 2014 et cela a eu pour effet de réveiller l’ours russe qui a décidé d’agir et de réagir en conséquence.

En 2015, les USA ont conclu un accord sur le nucléaire avec l’Iran, en mettant énormément de pression sur l’UE pour accélérer son approbation et finaliser l’accord, dans le but de séparer l’Iran de la Russie. Cependant, le dirigeant iranien Sayyed Ali Khaminei restait catégorique : « Les pourparlers ne porteront sur aucun autre dossier que le dossier nucléaire. Nous ne faisons et ne ferons jamais confiance aux Américains ». 

Les USA se montraient comme un généreux donateur prêt à aider l’Iran à rouvrir ses portes sur le monde sans avoir à payer quoi que ce soit à Washington. Voilà pourquoi Donald Trump tente aujourd’hui de trouver des moyens de révoquer l’accord, qu’il considère comme un contrat qui ne profite financièrement et politiquement qu’à l’Europe et non aux États-Unis. L’Iran est prêt à s’engager dans un partenariat avec l’Europe, mais rejette la domination américaine.

Trump fait même du chantage auprès de l’Europe en la menaçant d’imposer de très fortes taxes sur ses produits si le vieux continent ne suit pas la politique américaine. Il a demandé aux pays européens de faire un choix : soit faire affaire avec l’Iran, soit avec les USA.

Le président Trump n’a pas encore compris qu’avec ou sans accord sur le nucléaire, l’Iran se dirige vers un partenariat élargi avec la Russie et la Chine. Pékin veut avoir une source d’énergie fiable, moins dépendre des océans et avoir des entrées sur le marché méditerranéen. L’Iran peut lui procurer tout cela, tout en profitant des avantages économiques colossaux de la Chine, de son marché et de son soutien.

L’Iran a certes accepté le cadeau du président Obama, mais il a aussi décidé de s’opposer aux mandataires des USA sur le champ de bataille syrien et aux intentions américaines de déstabiliser le Levant. L’envoi de forces spéciales iraniennes et l’aide de leurs alliés (le Hezbollah, des groupes irakiens et d’autres) ont permis à l’Iran et à la Russie de défaire Daech et al-Qaeda dans de nombreuses batailles en Syrie, en Irak et au Liban.

Les USA ont perdu une ville syrienne après l’autre, malgré leurs tentatives désespérées à l’ONU et tout l’armement fourni aux djihadistes. Les USA ont demandé à l’Europe d’ouvrir ses portes pour permettre aux radicaux de se transformer en extrémistes djihadistes et d’aller au front. Ils ont également demandé à la Turquie d’ouvrir ses frontières pour assurer le passage par vagues de ces djihadistes et de la vieille garde d’al-Qaeda en Syrie pour déstabiliser le gouvernement syrien.

Mais il y a plus encore. Les USA ont offert aux djihadistes en Jordanie et en Turquie une formation donnée par la CIA, et demandé à l’Arabie saoudite et au Qatar de payer des milliards de dollars pour promouvoir le succès du « Nouveau Moyen-Orient djihadiste ». Enfin, les USA manipulent les médias institutionnels. Pour la première fois dans l’histoire, nous assistons à une manipulation générale des médias dans un pays démocratique, qui perdent leur crédibilité en fermant les yeux sur des nouvelles et en publiant de fausses nouvelles, et pas seulement en ce qui concerne la Syrie.

Moscou, Damas et Téhéran ont rejeté de nombreuses « lignes rouges » imposées par les USA en Syrie. (À la frontière syro-irakienne à al-Tanf, les forces US ont imposé un périmètre de sécurité de 50 milles. L’Iran a gardé ses distances, mais en encerclant les forces US au nord, à l’ouest et au sud.) Loin d’être une guerre civile, la guerre en Syrie était en fait la transposition d’une guerre mondiale entre deux axes, dont un seul en ressortira gagnant.

La Russie est allée de l’avant et a conclu un accord avec le gouvernement syrien pour exploiter ses ressources pétrolières et gazières. En Syrie, la richesse énergétique est estimée comme suit : 63 % sur terre et 37 % en mer Méditerranée, dans les 14 blocs les plus riches au large de Tartous et de Lattaquié, dont la production est estimée plus grande que la production pétrolière koweïtienne. Sur terre, les ressources énergétiques syriennes sont estimées comme suit : 47 % dans la Badia, 2 % à Alep, 12 % à Der-Ezzor et 2 % dans le Golan. La Syrie pourra faire concurrence à l’Irak et même à l’Iran lorsqu’elle atteindra sa pleine production énergétique une fois la guerre terminée. 

L’establishment US a de la difficulté à accepter que cette fortune colossale se trouve dans les mains du gouvernement syrien, un allié de la Syrie et de l’Iran qui, avant toute chose, refuse d’être dominé et contrôlé par les États-Unis.

En 2006, l’ex-secrétaire d’État US Condoleezza Rice avait dit ceci : « L’heure est maintenant venue de créer un nouveau Moyen-Orient (…) Nous devons gagner et ils doivent perdre. » C’était au moment où Israël avait attaqué le Liban pour que ce pays se soumette au contrôle et à la domination des USA. Israël a échoué lorsque la résistance libanaise a tenu ferme devant ses tentatives d’envahir le pays pour une troisième fois et « l’axe de la résistance » l’a emporté. Ce qui a amené les USA à recourir à différentes tactiques (appelées « la guerre soft »), en comptant sur leurs mandataires et la population locale au Moyen-Orient plutôt qu’en dépêchant leur propre armée, qui avait échoué lamentablement en Afghanistan et en Irak.

Washington est bien sûr militairement capable d’envahir n’importe quel pays du Moyen-Orient, mais il ne peut garder ses forces armées très longtemps. Voilà pourquoi il devenait nécessaire pour l’establishment US d’adopter une technique plus subtile, dite de « l’acier froid », plutôt que de recourir aux armes. C’est ainsi qu’ils se sont mis à promouvoir la « démocratie », la « liberté d’expression » et la « liberté de religion », et même « permettre aux jeunes d’exprimer leurs préoccupations à propos des droits de la personne ».

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Malgré leurs titres vertueux, ces faux slogans étaient inévitablement dirigés contre tout pays opposé à la politique et au contrôle des USA. C’est à ce moment que le « printemps arabe » (ou tsunami) a déferlé sur le Moyen-Orient avec le soutien du Secrétariat d’État et de la CIA, qui ont financé les « écoles de la révolution et le militantisme ».

Les révolutions en question constituaient un nouveau phénomène, dans le sens qu’elles se caractérisaient par l’emploi d’un seul slogan et d’une couleur particulière, d’où leur nom de « révolutions de couleur » : rose en Géorgie, orange en Ukraine, pourpre en Irak, tulipe au Kirghizistan, cèdre au Liban, jeans au Belarus, vert en Iran, lotus en Égypte…

Au Moyen-Orient, les USA ont appelé Google à la rescousse, ont facilité la disponibilité des médias sociaux et ont investi 30 millions de dollars pour appuyer les jeunes musulmans au moyen d’Internet et amener les militants à se lever dans leurs pays respectifs. En juin 2011, la secrétaire d’État Hillary Clinton disait que « dans les soulèvements du printemps arabe, le Che Guevara du 21e siècle, c’est Internet. » 

George W. Bush, Barack Obama et maintenant Donald Trump ont tous suivi la même politique en employant différentes tactiques, de façon à ouvrir la voie du changement au Moyen-Orient en essayant de faire tomber les dictateurs et les remplacer par des djihadistes ou par d’autres dictateurs. La « gestion de la sauvagerie » (qu’on attribue à al-Qaeda et qui porte sur la façon de créer un État en déliquescence et d’en tirer avantage pour prendre les rênes du pays) a été davantage le fait de l’establishment US que des djihadistes qui ont écrit à ce sujet.

Obama a observé le groupe armé « État islamique » prendre forme en Irak et se déplacer en Syrie, il l’a vu occuper l’Irak, il a permis aux djihadistes de se rendre au Moyen-Orient, il a ouvert toutes les prisons saoudiennes à condition que les extrémistes djihadistes emprisonnés soient envoyés en Syrie. Pendant une année entière, alors que « 70 pays formaient une coalition pour combattre Daech » en Syrie, le groupe prenait en fait de l’expansion et augmentait sa richesse en vendant des quantités croissantes de pétrole. Tout cela pour stopper l’Iran et la Russie, créer des États en déliquescence (comme en Libye) et combattre des musulmans en se servant d’autres musulmans.

Mais Moscou, Pékin et Téhéran savaient qu’il fallait stopper les djihadistes au Levant avant qu’ils n’aient la chance de se rendre chez eux. Le président Medvedev avait évidemment commis une erreur en 2010 en permettant la chute de la Libye et la cessation d’une source importante d’énergie. Les USA et l’UE étaient tout à fait au courant de la présence d’extrémistes à Benghazi, mais ils ont tout de même soutenu ces extrémistes et permis la destruction de l’armée libyenne au commencement de la « révolution ».

Avant la Libye, le Liban avait réussi à demeurer en dehors de l’orbite des USA et en 2006, la Russie n’était pas encore prête à frapper de tout son poids. La Libye a été le fruit d’une erreur commise par les Russes et les Chinois à l’ONU (Résolution 1973) et la Russie croyait qu’il n’y avait rien à faire pour enrayer le processus. Mais la Syrie ne deviendra pas une autre Libye, d’autant plus que la Russie et la Chine ont convenu, de pair avec l’Iran, de mettre fin une fois pour toutes à la domination unilatérale des USA aux portes du Levant.

 

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