Le Hezbollah a accompli sa mission en Syrie et se prépare maintenant à une guerre lancée par Israël contre le Liban

Hezbollah bird

Par Elijah J. Magnier (à Beyrouth): @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le Hezbollah a accompli sa mission en Syrie et sa présence sur le champ de bataille n’est plus nécessaire. Ainsi, en coordination avec le gouvernement syrien, le Hezbollah a déplacé le gros de ses forces au Liban, d’autant plus que l’armée syrienne a récupéré et regagné sa puissance militaire, et accru sa capacité au combat. Mais comme l’establishment US est susceptible d’encourager Israël à s’en prendre de nouveau au Hezbollah (même après la mésaventure de 2006), le spectre de la guerre menace toujours le Liban et la crainte demeure sur le front sud. Quel est donc le risque encouru et quelles sont les possibilités réelles qu’une guerre éclate?

Selon des sources bien informées dans la capitale du Liban, le Hezbollah libanais est parvenu à stabiliser le régime syrien et à empêcher sa chute et son remplacement par des dirigeants takfiris ou par un État en déliquescence. Les États-Unis, quelques pays européens et d’autres pays du Moyen-Orient (dont l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie) ont eu beau aider des dizaines de milliers de takfiris à se rendre en Syrie pour qu’ils prennent le contrôle au Levant, il n’en demeure pas moins que le Hezbollah, l’armée syrienne, l’Iran et ses alliés, de pair avec la Russie, sont parvenus à contrecarrer ce plan après de longues années de guerre et à la suite d’une intervention efficace contre des djihadistes.

Le Hezbollah a donc retiré la majeure partie de ses forces de la Syrie et a pris position au Liban où, au demeurant, les conditions géopolitiques ne présagent rien qui vaille : les pronostics ne sont guère réjouissants.

Les sources à qui j’ai parlé sont conscientes qu’il n’est plus nécessaire de maintenir des forces importantes en Syrie, malgré la présence de plus d’une centaine de milliers de djihadistes au nord du pays. En outre, Daech domine toujours une zone géographique d’une taille équivalente à celle du Liban dans la badia (steppe) syrienne, sur la rive orientale de l’Euphrate juste en face de la ville d’Al-Boukamal, et dans la province d’Hassaké, où il bénéficie de la protection des forces d’occupation US.

De plus, le danger d’imposition d’une zone tampon à Daraa (au sud de la Syrie) est toujours bien présent, parce que les USA et Israël n’en ont pas encore fini avec la Syrie et n’ont pas déclaré forfait dans leur projet de diviser le pays.

Cependant, toute redistribution des cartes en vue de changer la dynamique sur le plan militaire au Levant doit faire l’objet d’une décision politique par les principaux acteurs (USA, Turquie, Russie et Iran) :

  1. La Turquie semble jouer franc-jeu avec la Russie et l’Iran, elle qui possède le levier nécessaire pour « attiser » ou « étouffer » le feu des djihadistes.
  2. Le secteur sous la coupe de Daech dans la Badia est un désert (qui se trouve dans la zone d’influence de l’armée syrienne et non dans celle sous influence américaine) et il est complètement assiégé. Les plans en vue d’attaquer et d’éliminer Daech dans le camp de Yarmouk et à Hajar al-Aswad sont en train d’être concrétisés et devraient englober la Badia au cours des prochains mois.
  3. À Daraa, malgré toutes les tentatives des USA, tout plan militaire tactique par eux ou par Israël ne pourra faire de différence sur la carte politico-militaire syrienne ou créer un danger menaçant le centre du pouvoir du gouvernement syrien à Damas.

L’armée syrienne inscrit victoire après victoire dans la région rurale d’Idlib, dans les provinces d’Alep et de Hama et dans la Ghouta, ainsi que dans le camp de Yarmouk et à Hajar al-Aswad. Elle a recouvré sa santé et sa puissance en libérant de vastes territoires. Elle n’a enregistré aucun retrait et aucune défaite au cours de la dernière année de guerre et elle a réussi à empiler tous les djihadistes au nord de la Syrie sous contrôle turc, par la force militaire ou à l’issue de négociations politiques. Ainsi, l’armée syrienne ne lutte plus pour assurer la protection et le maintien du régime, mais pour obtenir la libération de nouveaux territoires qui s’ajoutent à ses succès tout en étendant son autorité.

Pour leur part, les forces iraniennes devraient rester aussi longtemps que les forces US occuperont le sol syrien, conformément à la volonté du gouvernement syrien. Ce qui fait de la présence iranienne ou du retrait de ses forces une affaire plus compliquée que dans le cas du Hezbollah, car elle est liée au conflit qui oppose l’Iran aux USA, au maintien d’un équilibre avec la Turquie et à l’envoi de troupes terrestres pour appuyer l’armée de l’air russe aussi longtemps que la Russie restera impliquée dans la guerre en Syrie.

Le Hezbollah a retiré l’essentiel de ses combattants aguerris et ses forces d’élite pour les redéployer à des positions considérées comme sensibles par ses dirigeants, en cas d’agression israélienne improbable mais possible contre le Liban.

Selon les sources bien informées, Israël cherche constamment à provoquer l’Iran et le Hezbollah, de façon à les entraîner dans une bataille plus générale que les sorties éclair en cours dans l’arène syrienne. Ces sources croient que la conjoncture aux USA donne le feu vert à Israël pour s’engager dans une guerre s’il le faut. Le prétexte n’a jamais été un problème et peut être sorti d’un tiroir quand toutes les parties seront prêtes. Dans ce scénario de guerre possible, les USA, à ce qu’en croient les sources, sont prêts à offrir le soutien de porte-avions et de cuirassés qui participeraient à l’attaque contre le Hezbollah, à construire un parapluie d’acier pour protéger Haïfa et Tel-Aviv, à détruire les missiles lancés en Israël, à fournir des renseignements secrets et à partager leurs banques d’objectifs.

Les sources affirment que le président Trump semble avoir pris sa décision (avec l’aide des dirigeants des pays arabes qui ont accepté de financer toute campagne militaire), qui est de museler l’Iran dans la région ainsi que ses alliés comme le Hezbollah. Pour y parvenir, les USA ont intensifié leurs manœuvres conjointes avec Israël de façon à simuler tout scénario de guerre à venir contre l’Iran et le Hezbollah.

D’après les sources, Israël pourrait bien entraîner la région dans une aventure périlleuse, même si Tel-Aviv ne veut pas nécessairement entrer en guerre contre le Hezbollah, simplement parce qu’il sait qu’il n’arrivera pas à atteindre son but ultime, qui est d’éliminer l’arsenal et la puissance militaires du Hezbollah au Liban.

Le contexte politique intérieur au Liban n’est plus aussi favorable qu’il ne l’était en 2006, lorsque Fouad Sinoura (pro-USA et Arabie saoudite) était au pouvoir. Le gouvernement actuel et la présidence ne sont pas contre le Hezbollah et refusent de l’isoler. De plus, le premier ministre Benjamin Netanyahou n’est généralement pas reconnu comme un aventurier qui oserait se lancer dans une longue guerre contre le Hezbollah susceptible de détruire son avenir politique. Netanyahou semble friand des opérations spéciales, des mesures de sécurité et des blitzkriegs provocateurs. Mais le Hezbollah ne peut se fier à cette évaluation des antécédents de Netanyahou et ne prendra pas de risque. Il juge essentiel de préparer ses forces sur le terrain en cas de guerre contre Israël qui pourrait ne jamais arriver, ou éclater demain.

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