Une guerre contre l’Iran… pour maintenir Netanyahou au pouvoir

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Par Elijah J. Magnier (à Beyrouth): @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré une guerre préventive contre l’Iran et a donné l’ordre de frapper des cibles iraniennes précises pour convaincre politiquement Israël qu’il est « en guerre contre l’Iran ». Netanyahou suit en fait la politique adoptée précédemment par le président des USA George W. Bush lors de sa « guerre contre le terrorisme », quand il a mobilisé l’ensemble des USA et créé une ambiance de guerre.

En choisissant d’injecter la crainte d’une guerre imminente parmi la population, le premier ministre israélien marche au bord du gouffre, en misant sur la retenue dont fait preuve l’Iran et sur son refus d’être entraîné dans une bataille que même Netanyahou n’est pas totalement convaincu qu’il doit lancer.

Netanyahou exploite l’agitation qu’il a créée en frappant des cibles iraniennes en Syrie (l’aéroport militaire T-4 utilisé par des Iraniens puis, quelques jours plus tard, d’autres bases militaires iraniennes et syriennes), de façon à entraîner Téhéran dans un affrontement direct. Les forces iraniennes, qui ne sont pas sur leur territoire, ne veulent pas gêner le gouvernement syrien en s’engageant dans une guerre dont les conditions et le moment ont été fixés par Israël, surtout lorsque la priorité est de libérer les poches restantes autour de Damas et dans la région rurale de Homs et de Hama.

Netanyahou tire évidemment profit de sa « relation spéciale » avec le président des USA Donald Trump et de son hostilité envers la République islamique. Trump s’est entouré de faucons prêts à frapper l’Iran et qui se réjouissent chaque fois que les forces US sont entraînées dans une guerre, tant qu’elle leur permet de rester en territoire syrien et sur les bases militaires autour de l’Iran.

Netanyahou tire également avantage de sa relation privilégiée (et du soutien financier qu’elle engendre) avec certains pays du Moyen-Orient (principalement l’Arabie saoudite), qui ont ouvert la voie à l’établissement de relations à un niveau qu’Israël n’avait jamais connu auparavant. Israël et l’Arabie saoudite souhaitent tous les deux la destruction ou l’affaiblissement de l’Iran et de ses alliés (c.-à-d. le Hezbollah libanais).

Cependant, toutes les parties tentent de maintenir la Russie en marge de tout affrontement à venir, en se réjouissant de l’absence d’engagement du Kremlin en cette période de tension grandissante avec l’Iran, malgré le fait que les forces iraniennes combattent côte à côte avec les forces russes en Syrie.

Les USA sont aujourd’hui dirigés par un homme qui a déclaré son hostilité envers l’Iran dès qu’il a pris le pouvoir et qui veut résilier l’accord sur le nucléaire iranien, même si Washington n’a pas respecté les modalités convenues depuis l’arrivée de Trump au pouvoir.

Selon des sources bien informées dans la capitale libanaise Beyrouth, l’Iran croit encore que les USA ne vont pas résilier l’accord sur le nucléaire, même si Trump n’a pris aucun engagement à cet égard depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Bien au contraire, Trump a contrevenu à plusieurs dispositions de l’accord sur le nucléaire, en exhortant l’Europe à ne pas faire d’échanges commerciaux avec l’Iran, en refusant (entre autres violations) de livrer des pièces de rechange d’avions commerciaux et en empêchant l’octroi d’un permis pour l’achat d’un avion Airbus qu’avait approuvé l’ancien président Barack Obama (au grand dam d’Israël).

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou sait qu’il peut s’en tirer à bon compte s’il frappe les forces iraniennes (en causant peu de dommages), mais seulement en Syrie. Frapper l’Iran en tant que pays causerait assurément une guerre élargie sur plusieurs fronts, qui entraînerait la participation de pays où les alliés de l’Iran sont présents (sur le front libanais, en Syrie et en Irak). Pareille guerre peu probable stopperait le trafic aérien civil partout au Moyen-Orient, en raison de la « congestion » de missiles des uns et des autres volant de toutes parts, qui mettraient la vie des civils en danger. Les navires, y compris les pétroliers, cesseraient de naviguer, et les plateformes pétrolières du Moyen-Orient pourraient être bombardées et détruites. Les bases militaires en Iran, en Israël, en Syrie et au Liban, ainsi que les autres bases US au Moyen-Orient, pourraient aussi être prises pour cibles.

Si pareil scénario se concrétisait, le Moyen-Orient glisserait dans le cratère d’un volcan en éruption. L’Iran et ses alliés subiraient peut-être de sérieux dommages, sauf que l’Iran d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était il y 5 ou 10 ans et que son potentiel militaire est nettement plus grand, ce qui fait en sorte que les dommages qu’il ferait subir à ses opposants pourraient être très importants.

La tempête israélienne dans le verre d’eau syrien qu’a causée Netanyahou en frappant des cibles iraniennes devrait susciter une réaction de l’armée syrienne pour réduire la tension. En théorie, c’est la Syrie, et non l’Iran, qui doit réagir aux frappes israéliennes, parce qu’elles ont eu lieu en territoire syrien contre des forces (Iran, Hezbollah et Russie) que le gouvernement central de la Syrie a appelées en renfort pour l’aider à défaire les salafo-djihado-wahhabites.

Les Russes assument le rôle de pompiers en Syrie et ce n’est certainement pas par amour et solidarité pour Israël. Malgré « l’absence d’antagonisme » entre Tel-Aviv et Moscou, les provocations israéliennes continuelles susceptibles d’élargir le conflit agacent la Russie. Le Kremlin ne veut pas que le conflit syrien suive un cours qui le ramènerait à une guerre totale. Pendant toutes ces années passées à combattre en Syrie, la Russie a agi avec prudence, en ignorant les provocations visant à transformer la guerre en Syrie en un conflit généralisé.

Quand la Russie a encaissé un premier coup proféré par la Turquie qui avait abattu un de ses avions à la fin de 2015, elle s’est contentée de frapper des mandataires turcs et d’imposer des sanctions économiques contre Ankara. Elle n’a pas non plus réagi à la frappe US contre des entrepreneurs russes à Deir Ezzor, ainsi qu’à la présence américaine à al-Tanf au sud (qui empêche l’Irak et la Syrie de reprendre leurs échanges commerciaux à ce passage frontalier important) et dans les provinces d’Hassaké et de Deir Ezzor au nord-est (qui a empêché les forces alliées à la Russie de traverser l’Euphrate pour combattre Daech et avoir de nouveau accès aux sources énergétiques du nord). La Russie a avalé et digéré le tout en exerçant une maîtrise de soi considérable et en s’abstenant de répondre aux provocations des USA en Syrie.

Trump a également lancé des missiles de croisière contre l’aéroport militaire syrien de Shuayrat, puis effectué une autre frappe de missile plus tard cette année contre des objectifs multiples, sans toutefois déclencher de riposte russe, seulement une réaction défensive. Ce qui démontre que la politique du président Vladimir Poutine consiste à faire preuve de retenue, en étant conscient que « la grande guerre » recherchée par Trump et Netanyahou serait extrêmement coûteuse pour tous et que la conflagration dépasserait le cadre du Moyen-Orient.

Poutine fait ainsi preuve de sagesse et de réserve sur la scène internationale, contrairement au président Trump et au premier ministre Netanyahou, qui poursuivent leurs appels à la guerre sans égard aux conséquences dévastatrices possibles de leurs visées.

Trump, Netanyahou et l’Arabie saoudite sont aujourd’hui engagés dans la dynamique suivante :

– Trump se livre à un chantage auprès de l’Arabie saoudite et demande toujours plus d’argent pour protéger la monarchie contre lui, payer les forces US en Syrie et contribuer à l’économie américaine en achetant encore plus d’armes.

– L’Arabie saoudite accepte de céder à ce chantage des USA, en respecte les modalités et verse les dizaines de milliards de dollars demandés par Trump. De plus, l’Arabie saoudite ouvre tout grand les bras à Israël et a noué une relation ouverte afin d’encourager tous les autres pays arabes à faire de même, pour mieux isoler l’Iran (et ses alliés) dans son hostilité apparente envers Israël.

– Motivée par sa haine de l’Iran, l’Arabie saoudite accepte le chantage et la protection des USA, tant que Téhéran et ses alliés en Syrie et au Yémen (ainsi qu’au Liban quand le moment sera venu) pourront être détruits. En échange, les USA « déclarent la guerre » contre l’accord sur le nucléaire iranien et Israël déclare la guerre à l’Iran en Syrie.

– Israël prend les devants de la scène et fait pression pour créer un état de guerre psychologique contre l’Iran et le Hezbollah, tout en prenant pour cibles des bases militaires iraniennes en Syrie. Netanyahou assume le rôle de vedette médiatique.

– L’Arabie saoudite, en accord avec l’Iran, augmente le prix du pétrole pour augmenter ses revenus et compenser le fardeau financier que les USA ont imposé à la monarchie, même si la hausse du prix du pétrole stimulera aussi les revenus pétroliers de l’Iran et de la Russie.

Si une guerre contre l’Iran est exclue, il y a de fortes chances que les provocations d’Israël contre ce pays se poursuivent en Syrie. C’est un sujet de discussion quotidien et continuel parmi les alliés au Levant. L’Iran sait qu’il y a un prix à payer pour ses victoires des dernières années en Irak, en Syrie et au Liban, et pour son soutien aux Houthis yéménites. C’est que ces victoires iraniennes signifient la défaite de l’Arabie saoudite et de ses nouveaux alliés : l’Arabie saoudite, les USA et Israël sont très en colère et cherchent à se venger.

Mais ce n’est pas tout : l’Iran a la liberté de se retirer ou pas de l’accord sur le nucléaire, qui ne peut être unilatéralement révoqué par Washington. L’Iran bénéficie de l’appui de la Russie et de la Chine. Ces pays soutiendront Téhéran aux Nations Unies et empêcheront toute résolution contre lui au Conseil de sécurité. L’Iran est conscient des différences entre l’Europe et les USA concernant l’accord sur le nucléaire, mais sait aussi que Washington n’a pas encore brandi le carton rouge à l’Europe pour imposer sa volonté. Le moment venu, il pourrait (ou non) entraîner l’UE à sa suite.

Ainsi, pour se maintenir à flot sur le plan intérieur, le premier ministre israélien joue un jeu dangereux dans une zone sensible, sans tenir compte des réactions possibles de Téhéran . Croit-il qu’Israël peut entraîner le Levant dans un conflit réel que Téhéran acceptera sans réagir? Croit-il que Poutine et Sayyed Ali Khamenei le laisseront jouer sans le frapper durement en imposant leurs conditions quand le moment sera venu? Le prix à payer pour Netanyahou, qui confond politique étrangère et affaires intérieures israéliennes, pourrait se révéler extrêmement élevé.

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