Israël frappera encore au Levant et Nasrallah, la voix de « l’Axe de la résistance » en Syrie, va riposter… une nouvelle fois

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Les forces syriennes s’apprêtent à libérer les zones au sud de la Syrie après avoir complètement nettoyé la capitale Damas de la présence d’al-Qaeda et de Daech à Yarmouk, Hajar al-Aswad et ses environs, en plus d’avoir libéré entièrement la région rurale autour de Homs et Hama. L’armée syrienne et ses alliés se préparent aussi à éliminer Daech au sud de Deir Ezzor, dernière poche de résistance du groupe armé dans le secteur sous contrôle syrien. Cependant, la ville de Daraa, dans le sud syrien, évalue sa position par rapport à Israël, qui craint par-dessus tout la libération du sud et la demande de restitution des hauteurs du Golan occupé qui suivra par le gouvernement central de la Syrie. Les sept ans de guerre imposée à la Syrie lui ont permis de former des groupes locaux de combattants bien entraînés et expérimentés qui font aujourd’hui partie de « l’Axe de la résistance », qu’Israël redoute particulièrement.

Ce qui précède devrait pousser les dirigeants à Tel-Aviv, qui refusent de céder le territoire occupé à la Syrie, à s’engager dans une nouvelle aventure militaire afin de « tâter le pouls » et de tester la réaction de « l’Axe de la résistance ». C’est inévitable, surtout à la lumière des nouvelles règles d’engagement annoncées par le chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah lui-même, à la suite de l’attaque israélienne récente contre des positions de l’armée syrienne.

Les nouvelles règles d’engagement annoncées personnellement par Sayyed Nasrallah méritent qu’on s’y attarde, car il en a profité pour révéler le nombre (55) et le type de roquettes et de missiles qui ont frappé les hauteurs du Golan occupé, ainsi que les cibles israéliennes lancées contre eux. L’annonce a des connotations significatives, car elle utilise un langage qu’Israël comprend, après 36 ans de conflits contre le Hezbollah sur différents fronts ayant engendré différents styles de réponses. Fidèle à son habitude, Sayyed Nasrallah évite de prendre des raccourcis et de faire perdre le contrôle à Israël à la première occasion. Il lance d’abord un avertissement, pense ce qu’il dit et frappe une fois l’avertissement donné.

Israël n’a pas réussi à faire tomber le président Bachar al-Assad, à éloigner « l’Axe de la résistance » de sa frontière avec la Syrie et à limiter ou contenir la capacité et l’arsenal militaire du Hezbollah, qui a considérablement augmenté. Les frappes aériennes à répétition d’Israël contre des unités de transport d’armes du Hezbollah et des centres d’entraînement de milliers de militants syriens sous différents noms (y compris le « Hezbollah syrien ») ont poussé l’Iran à établir des usines de fabrication de missiles en Syrie plutôt que d’en livrer à ses alliés au Levant en transitant par différents pays.

La Syrie a en fait introduit une nouvelle équation (empruntée au Liban), appelée « l’armée, le peuple et la résistance », qui fait ressortir l’harmonie et la nécessité d’une collaboration pleine et entière entre les trois éléments en tant que stratégie de défense nationale pour libérer l’ensemble du territoire syrien. Le gouvernement central à Damas a mis sur pied des forces locales vouées à la défense nationale qui sont présentes dans l’ensemble des villes et des villages syriens, dont ceux à la frontière avec Israël.

Israël n’accepte pas la réalité imposée par sept ans de guerre en Syrie. Il a même agi à l’encontre de cette réalité en bombardant des conseillers iraniens déployés au fin fond du désert syrien qui soutiennent les forces syriennes et russes pour empêcher un «changement de régime ».

Israël a attendu la « riposte iranienne » qui est arrivée de Syrie et qui a été annoncée, avec force détail, par le secrétaire général du Hezbollah, qui a imposé une nouvelle règle d’engagement à Israël : « La riposte à toute nouvelle frappe, tout dépendant de son ampleur, se fera sur les hauteurs du Golan, et peut frapper plus loin que les hauteurs du Golan, et même encore plus loin pour atteindre le cœur du pays. ». C’est le même genre de discours qu’a prononcé Sayyed Hassan Nasrallah lors de la deuxième guerre en 2006 pour montrer son potentiel militaire et avertir les Israéliens que la prochaine riposte sera plus cinglante si les choses vont trop loin et qu’ils ne mettent pas fin à leur provocation.

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Israël a tenté d’atténuer la nouvelle « équation du Golan » imposée par « l’Axe de la résistance » en minimisant la riposte syrienne (tir de 55 roquettes et missiles contre des cibles militaires israéliennes précises). Cependant, la presse locale israélienne a été plus franche : « les hauteurs du Golan ont été illuminées (par les missiles et les roquettes qui sont tombés) comme un arbre de Noël ». Ce jour-là, les habitants de Tibériade, de la Galilée et de la côte d’Haïfa ont couru vers les abris pour la première fois depuis des décennies.

Il ne fait aucun doute que la puissance militaire d’Israël est la plus grande du Moyen-Orient. Cependant, après la riposte syrienne, il a exprimé sa réticence à se laisser entraîner dans une nouvelle guerre, a compris le message de Nasrallah et a refroidi son ardeur à vouloir mettre fin à la « riposte militaire progressive » de « l’Axe de la résistance ».

En fait, Israël a tenté de minimiser les conséquences des tirs de roquettes et de missiles syriens en réponse à ses attaques répétées dans sa version officielle, selon laquelle « seulement 20 roquettes ont frappé le Golan » (occupé). Cependant, la télévision israélienne a diffusé des images d’un lance-roquettes dont le compteur indiquait qu’il avait lancé 36 roquettes, confirmant ainsi que la version officielle israélienne était fausse et avait fait l’objet d’une censure militaire pour atténuer le coup porté. Mais tout le monde en Israël, sans oublier bien sûr « l’Axe de la résistance », sait que la guerre n’est pas une option réelle quand les résultats sont imprévisibles et que le front interne n’est pas en mesure de répondre à une riposte massive : plus de 2,5 millions d’Israéliens ne disposent pas d’abris et ils ne sont pas immunisés contre une guerre destructrice.

 

Israël réalise donc aujourd’hui que ses frappes préventives à répétition (100 frappes israéliennes durant la guerre syrienne) n’ont pas empêché la présence de « l’Axe de la résistance » sur la ligne de cessez-le-feu de 1973. Israël a déjà joui d’une puissance aérienne et navale absolue, en plus de sa capacité à pousser les USA à se ranger dans son camp en cas de guerre. Israël est également conscient qu’il ne peut plus faire étalage de sa supériorité aérienne au-dessus de la Syrie sans courir de risque, en raison du système antimissiles déployé au Levant. En outre, sa marine et ses plateformes pétrolières ne sont pas à l’abri des tirs de missiles sol-sol perfectionnés russes et iraniens. Il sait aussi que sa population tient à sa prospérité et que le pays ne peut se permettre d’ignorer les conséquences d’une longue guerre.

La stratégie israélienne dite des « batailles entre les guerres », comme les dirigeants militaires aiment la définir, n’a pas réussi :

1) à empêcher l’augmentation des capacités de la résistance;

2) à stopper la prolifération de nombreux groupes semblables au Hezbollah en Syrie;

3) à séparer l’axe libanais des hauteurs du Golan.

En fait, c’était la panique totale en Israël après le tir de « seulement vingt roquettes » (pour reprendre la version officielle) contre le Golan.

Israël a poussé l’Iran à accroître ses investissements dans l’industrie militaire syrienne en fabricant des missiles à longue portée au Levant.

Israël a également forcé la Syrie à améliorer le rendement de ses forces de défense nationale et des forces locales de l’armée syrienne en prenant le Hezbollah comme modèle et en tirant avantage de sa longue expérience à combattre Israël.

« L’Axe de la résistance » améliore ses compétences au rythme du développement de la capacité militaire d’Israël. Cependant, les observateurs s’attendent à ce qu’Israël tente encore de « tâter le pouls » et de frapper la Syrie juste pour voir si elle répondra à ses tirs.

On dirait bien qu’Israël a du mal à comprendre que le projet du « nouveau Moyen-Orient » n’est plus faisable et que celui qui dirige la riposte militaire s’y connaît sur la façon de s’y prendre. Israël est pourtant conscient que Sayyed Hassan Nasrallah est un adversaire qui sait comment répondre sur le plan militaire, politique et psychologique.

Bref, Israël a perdu l’initiative en Syrie. Ses multiples tentatives d’appui à al-Qaeda et à Daech (l’armée Khaled ben al-Walid) et d’affaiblissement de l’Iran en Syrie, ainsi que ses frappes contre l’armée syrienne, n’ont fait qu’étendre l’influence de son pire ennemi, Sayyed Hassan Nasrallah, et de l’axe qu’il dirige aujourd’hui vers les hauteurs du Golan occupé.

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