Rencontre Poutine – Netanyahu à Moscou : « Votre inquiétude concernant la présence de l’Iran en Syrie ne sera apaisée qu’après la défaite du terrorisme et la libération de la Syrie »

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Les conjectures et les commentaires faisant état de « résultats positifs » ont fusé de toutes parts à propos d’un « accord secret » qui aurait été conclu pendant la rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu la semaine dernière à Moscou. Les médias israéliens ont qualifié la rencontre de « fructueuse », comme ils l’avaient fait précédemment (trois visites ces six derniers mois). Cependant, des sources russes affirment le contraire, malgré les allusions positives faites par Poutine. Ces allusions ont été exagérées et interprétées par Netanyahu comme « une réalisation ».

 

Des émissaires russes ont informé les dirigeants syriens de ce qui est ressorti de la visite de Netanyahu, qui englobe les points positifs consentis par Poutine à son invité israélien :

 

  1. Le président russe a accueilli chaleureusement le premier ministre israélien et a souligné la bonne relation entre les deux dirigeants. Il a dit qu’il reconnaissait la ligne de démarcation de 1974 que le gouvernement de Damas a respectée pendant plus de 40 ans.

 

  1. Poutine a dit qu’il « comprendles inquiétudes d’Israël concernant la présence militaire iranienne en Syrie. »

 

  1. Poutine a fait savoir à son invité que toute discussion à propos de la présence iranienne en Syrie ne se fera qu’après la défaite du terrorisme à la grandeur du territoire syrien.

 

  1. Poutine a dit à Netanyahu que les Iraniens ont fait savoir qu’ils ne souhaitaient pas rester en Syrie une fois que le danger planant sur le gouvernement syrien sera écarté et que l’ensemble du territoire syrien sera libéré jusqu’à la moindre parcelle.

 

Des sources parmi les responsables syriens ont affirmé que le président russe « a dit clairement au premier ministre israélien que toute discussion à propos de ses inquiétudes a été reportée jusqu’à ce que le dossier relatif au terrorisme soit fermé. Si les terroristes se cachent dans une zone contrôlée par les Israéliens (les hauteurs du Golan occupé), nous (la Russie et ses alliés) les éliminerons un par un ».

 

Poutine a rappelé à Netanyahu que « les forces alliées combattent côte à côte avec les forces russes déployées dans l’ensemble du territoire syrien. Par conséquent, Moscou n’est pas en mesure de demander aux alliés de Damas de répondre aux exigences d’Israël et de calmer ses inquiétudes, d’autant plus que tout le monde sait que Tel-Aviv a aidé al-Qaeda et d’autres djihadistes, en plus de soutenir un “changement de régime” qui a échoué ».

 

Les sources ont confirmé qu’Israël « surveille les formations militaires du Hezbollah, des conseillers iraniens et de leurs alliés disséminés dans tout le sud syrien dans le cadre de la bataille en cours. Ces formations sont déployées de façon provocante pour montrer leur présence et envoyer un message clair à Israël que sa menace n’est pas prise au sérieux. Les demandes israéliennes voulant que le Hezbollah et l’Iran ne se rapprochent pas à moins de 80 km ou même à 10 km de la frontière avec les hauteurs du Golan n’ont jamais été abordées avec le gouvernement syrien; il n’en a été question que dans les médias. Par conséquent, Damas n’a pas l’intention d’offrir quelque garantie que ce soit à Israël en réponse à ses craintes relatives à la présence du Hezbollah ou d’Iraniens au sein de l’armée syrienne sur le champ de bataille à la grandeur de la Syrie. Damas a décidé de se lancer dans la bataille du sud sans tenir compte d’aucun accord international (entre Poutine et Trump) ».

 

Le président Bachar al-Assad a non seulement demandé au Hezbollah d’augmenter sa présence militaire au sud de la Syrie, il a même poussé la provocation plus loin en lui offrant un cadeau substantiel : deux contenants remplis de missiles guidés antichars US TOW, valant chacun 60 000 $, des missiles guidés antichars français Milanet d’autres « butins de guerre » récupérés au sud de la Syrie, pour exprimer sa gratitude envers ses alliés qui ont partagé la même existence durant toutes ces longues années de guerre. Les pays de l’Occident et du Golfe ont quant à eux livré d’énormes quantités d’armes aux djihadistes et aux rebelles au cours de la même période. Ces armes se sont retrouvées entre les mains d’al-Qaeda, de Daech et maintenant du Hezbollah.

 

Le même jour, Poutine a reçu à sa résidence de Novo-Ogaryovo à l’extérieur de Moscou Ali Akbar Velayati, l’envoyé spécial du guide suprême de la Révolution iranienne, et il en a profité pour annoncer un investissement de 50 milliards de dollarsdans le secteur pétrolier et gazier en Iran. C’est une véritable gifle au visage de Trump, qui a révoqué le plan d’action conjoint sur le nucléaire iranien (JCPOA). Cela fait ressortir jusqu’à quel point l’engagement de la Russie envers l’Iran est solide et que sa présence en Syrie se fait dans le cadre d’une relation stratégique. C’est aussi un message clair lancé à Netanyahu pour montrer qu’il n’est pas « l’enfant chéri » de Poutine, même si ce dernier comprend les liens étroits entre les USA et Israël et l’importance d’Israël pour les États-Unis.

 

Israël sait qu’il a perdu la guerre contre Assad et tente de s’en sortir avec le moins de dommages possible. Netanyahu compte peut-être sur le sommet d’Helsinki entre Trump et Poutine, qui se sont entendus sur le respect du traité de 1974 et de la ligne de démarcation qui borde les hauteurs du Golan occupé. Cependant, le gouvernement syrien ne soutient pas pareil accord et son message est très clair : il n’y aura aucun retrait iranien de la Syrie tant qu’Israël ne se retirera pas des hauteurs du Golan occupé.

 

Cette équation signifie que le conflit entre « l’Axe de la résistance » et Israël entre dans une nouvelle étape. On pourrait même dire qu’elle ne fait que commencer.

 

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