Oman peut-il construire l’échelle permettant à Trump de redescendre de l’arbre iranien sur lequel il a grimpé?

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

L’administration américaine a cru à tort qu’elle pouvait parvenir à un accord avec l’Iran comme pour la Corée du Nord, en jouant de la carotte et du bâton. La diplomatie par la menace n’a jamais fonctionné avec la « République islamique » depuis 1979, quand le chah est tombé et que l’imam Khomeiny a pris le pouvoir. Il est vrai que la pression exercée par les USA sur l’Iran ces derniers mois a plongé le pays dans une crise monétaire, la monnaie locale ne cessant de dégringoler. N’empêche que la menace américaine a uni le pays au complet pour la première fois depuis la mort de Rouhollah Khomeiny. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (considérés comme les partisans de la ligne dure) et l’élite politique (perçue par l’Occident comme des modérés pragmatiques) sont aujourd’hui en parfaite harmonie et adoptent la même position rigide et agressive envers Trump. En fait, les USA en ont encore beaucoup à apprendre sur l’empire perse et son approche patiente à l’endroit du nouvel occupant de la Maison-Blanche. Ses dirigeants n’accepteront aucune réunion ou négociation sans un geste de bonne volonté de la part des USA, notamment le rétablissement du Plan d’action global commun (PAGC) révoquéunilatéralement et la levée de toutes les sanctions.

L’Iran n’a toutefois pas fermé toutes ses portes aux USA. À la suite de l’échange de menaces proférées de part et d’autre la semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Youssouf Ben Abdullah, a reçu la visite de son homologue iranien Javad Zarif. Cette semaine, il s’est rendu à Washington et a rencontré le secrétaire à la Défense Jim Mattis, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le Conseiller à la sécurité nationale John Bolton pour discuter de la crise iranienne.

Le président Donald Trump a exprimé sa volonté de rencontrer son homologue Hassan Rouhani sans condition préalable. Mahmoud Vaezi, le chef de cabinet de Rouhani,a révéléque Trump a demandé huit fois de parler avec le président iranien, qui a refusé d’obtempérer à ses demandes.

Selon des sources à l’intérieur du leadership iranien, « à la suite d’une réunion au plus haut niveau, le Corps des gardiens de la révolution islamique et le président Rouhani ont convenu que le fameux général Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods rattachée au Corps, répondrait à la menace de Trump ».

Rouhani a reçu ce conseil : « vous êtes un président vénérable et il serait inapproprié qu’une personne comme vous réponde à un président à Washington aussi indécent et vulgaire. »

Il y a bien des années, quand Ahmadinejad était au pouvoir, les dirigeants politiques iraniens ont réussi à convaincre le grand ayatollah Sayyed Ali Khamenei de la nécessité d’un dialogue entre les USA et l’Iran. C’est ce qui a permis la signature du PAGC en 2015 par un groupe de puissances mondiales. Malgré son consentement à ces discussions, Sayyed Khamenei n’a jamais cessé de rappeler au président Rouhani l’absence de fiabilité notoire des USA et la prudence à exercer en négociant avec l’administration américaine. Khamenei voulait donner une chance au président pragmatique et à son équipe qui espéraient qu’un tel accord pourrait améliorer l’économie iranienne.

Les faits ont donné raison à Rouhani. Aujourd’hui, l’ONU et l’Europe n’adhèrent pas aux sanctions imposées unilatéralement par les USA, tandis que la Turquie, l’Inde, la Russie et la Chine ont fait savoir qu’ils ne s’y conformeront pas. L’Iran a aussi menacéde fermer le détroit d’Ormuz, le transit maritime le plus important au monde pour les expéditions de pétrole , si les USA empêchaient Téhéran de vendre son pétrole. Certains analystes se demandent toutefois si l’Iran a la capacité militaire de matérialiser cette menace.

Les responsables militaires iraniens y réfléchissent : « Nous n’avons rien à perdre si nous ne pouvons pas exporter notre pétrole et que nous sommes confinés à l’intérieur de nos frontières. Tout chargement de pétrole peut être frappé de loin, ce qui signifierait une guerre élargie dont les conséquences rendraient caducs les contrats d’assurance. Le prix du pétrole serait alors inabordable pour tous les pays non producteurs de pétrole. »

Outre sa menace de frapper « 35 bases US en quelques minutes », le commandant militaire iranien a ajouté ceci : « La Syrie, le Liban, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, le Yémen et bien d’autres pays seront impliqués. L’Iran n’est pas isolé et nous avons des amis et des armes à de nombreux endroits. Nous sommes conscients de la capacité militaire des USA, mais nous ne capitulerons pas sans avoir entraîné tous les pays autour dans une guerre, si c’est ce que veut Trump. »

Tous les responsables iraniens à qui j’ai parlé ont dit qu’« il n’y a aucune confiance en cette administration américaine » et que « l’Iran veut une preuve concrète avant d’entreprendre tout dialogue ». « Les USA ont tenté d’isoler l’Iran de la Russie et de la Chine au moment de la signature du PAGC, dans l’espoir que Téhéran accepterait de se tenir à leurs côtés. C’était une mauvaise approche, car la Russie et la Chine sont des partenaires solidement établis et fiables et nous ne pouvons certainement pas en dire autant des USA. Trump veut s’asseoir avec nous sans condition. Nous ne voulons pas nous asseoir avec lui tant qu’il ne reculera pas. Son style de pression n’est pas une façon d’attirer l’Iran. Bien au contraire, c’est la meilleure façon de nous éloigner. Mais une chose est claire : notre production et nos capacités de missiles, tout comme le soutien offert à nos alliés au Moyen-Orient, ne sont pas négociables. Si c’est ce qu’il veut, il peut rester chez lui. »

Pour les Iraniens des deux côtés du spectre politique, il n’y a pas de différence entre Sayyed Khamenei et Rouhani. Il y a une distribution des rôles et le chef spirituel va appuyer le président tant que la ligne entre leurs responsabilités respectives est respectée.

« Sayyed Ali Khamenei n’a pas empêché l’équipe présidentielle de négocier des questions relatives au Moyen-Orient sans lien avec l’accord sur le nucléaire, mais seulement une fois que toutes les sanctions seront levées et que les USA respecteront tous les articles du PAGC auxquels ils avaient adhéré. Obama n’avait pas respecté l’accord, mais ne l’avait pas révoqué. Trump le rejette et demande de nouvelles concessions. Cela ne se produira pas », a affirmé la source iranienne.

Les USA ne respectent aucun dirigeant au Moyen-Orient, parce que Trump croit qu’ils sont tous au pouvoir seulement parce qu’il les soutient. Ce n’est pas vrai dans le cas de l’Iran, un pays qui a rejeté la domination des USA en 1979 et qui la remet en cause depuis. Son appui à l’Irak, à la Syrie, au Hezbollah au Liban et au Yémen provoque des ulcères à l’administration américaine et à ses alliés. La Russie ne pourra pas forcer l’Iran à quitter la Syrie, Israël n’a pu défaire le Hezbollah au Liban et la guerre folle de l’Arabie saoudite contre le Yémen est un échec. Il serait étonnant que ces premières tentatives d’Oman persuadent les faucons et les bellicistes de l’administration américaine de réintégrer l’accord sur le nucléaire et de lever toutes les sanctions contre l’Iran. En fait, Trump et son équipe actuelle se dirigent tout droit vers une confrontation qui ne fera que rendre le monde moins sûr.

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