Haidar Abadi a choisi le camp américain, car il sait qu’il ne peut obtenir un second mandat. Il s’est tiré dans le pied!

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

La décision du premier ministre irakien Haidar Abadi de se plier à la décision unilatérale des USA d’imposer des sanctions contre l’Iran n’était pas difficile à prévoir. N’empêche que tant qu’elle n’était pas officielle, on pouvait toujours prétendre qu’elle ne serait pas prise. Mais aujourd’hui, Abadi le dit lui-même haut et fort : Je suis aux côtés des USA contre l’Iran. Cela ne peut signifier qu’une chose : le premier ministre sait qu’il n’obtiendra pas un second mandat comme premier ministre.

Les membres du parti Da’wa d’Abadi, qu’ils soient sympathisants ou non de l’Iran, ont tous condamné la décision du premier ministre de mettre fin à tout achat et échange de dollars US avec l’Iran, une des nouvelles sanctions imposées contre la République islamique. De plus, le gouvernement irakien a décidé de cesser de payer les factures impayées pour l’électricité que l’Iran fournit à plusieurs provinces dans le sud du pays. Les coupures d’électricité dans ces régions sont la principale cause de l’agitation en cours en Irak. Mais ce n’est pas tout. À la suite de la décision d’Abadi et de son annonce qu’il allait respecter les sanctions américaines, le député du parlement iranien Mahmoud Sadeghi a demandé un remboursement de 1,1 billion de dollars en guise de compensation pour la guerre lancée par Saddam Hussein le 22 septembre 1980.

Abadi a montré de nouveau son incapacité à prendre une décision claire, une incapacité qui s’est manifestée dans bien des dossiers sous sa gouverne. Sa déclaration officielle professe son opposition à ce qu’il qualifie de sanctions stratégiques mal fondées, tout en indiquant sa volonté de s’y conformer « pour protéger les intérêts de notre peuple (irakien) ». Des membres du cercle restreint d’Abadi affirment que le premier ministre « n’a pas voulu dire qu’il déclarait une guerre économique contre l’Iran, mais qu’il juge difficile de s’opposer aux USA, étant donné la nécessité de reconstruire le pays avec l’argent de pays voisins que seuls les USA peuvent attirer ».

Des responsables américains rencontrent Abadi sur une base régulière à son bureau et à son domicile dans la zone verte de Bagdad, en lui promettant le soutien financier et politique des riches pays du Golfe. Les USA et les pays du Golfe souhaiteraient qu’Abadi obtienne un second mandat. Ils le soutiennent, lui et Moqtada al-Sadr, dans l’espoir qu’ils forment un nouveau gouvernement de coalition (l’appui de 165 députés est requis). Moqtada a toutefois établi 40 conditions à remplir pour que tout nouveau premier ministre reçoive son appui. Abadi ne peut (évidemment) les respecter.

De nombreuses voix s’élèvent contre la position d’Abadi à l’endroit de l’Iran, accusant le premier ministre d’outrepasser son pouvoir et de ne pas répondre à la volonté du peuple irakien. Les politiciens disent que c’est au parlement de décider de se conformer ou non aux sanctions unilatérales des USA. Le comportement provocateur d’Abadi démontre qu’il sait très bien que ses jours au parlement sont comptés.

Des décideurs irakiens à Bagdad affirment qu’Abadi « n’a pas le soutien de la Marjaya parce qu’il est trop faible. Il est ainsi incapable d’assurer les services essentiels nécessaires à la reconstruction de toute l’infrastructure ».

« La Marjaya, tout comme le parti Da’wa d’ailleurs, ne soutient pas Abadi. De plus, les diverses manifestations dans le pays sont en réaction à l’impuissance du gouvernement à répondre à des questions pressantes et aux demandes des gens qui exigent le rétablissement des services et des infrastructures qui leur manquent depuis si longtemps. Abadi semble incapable de limoger ou de faire juger les responsables de la corruption au sein de son gouvernement, notamment les ministres qui sont membres du parti Da’wa. Le premier ministre n’est pas non plus en mesure d’obtenir une coalition suffisamment grande pour permettre à son parti de former le nouveau gouvernement avec le nombre requis de députés. Qui plus est, les principaux groupes sunnites, les Kurdes et les partis chiites ne veulent absolument pas qu’Abadi obtienne un second mandat. » Les responsables irakiens soutiennent qu’Abadi a choisi de s’éloigner du gouvernement en restant en bons termes avec l’Occident plutôt qu’en mauvais termes, à l’instar de son prédécesseur Nouri al-Maliki.

Haidar Abadi croit qu’il quitte le pouvoir avec un bilan positif relié à la défaite du groupe armé « État islamique » (Daech). Cependant, c’est la Marjaya (dont le leader, le grand ayatollah Sistani, a appelé à la mobilisation générale) qui a sauvé Bagdad et a amené les Irakiens à prendre les armes pour stopper puis défaire Daech. Le crédit n’appartient donc pas à Abadi. De plus, l’Iran a été le premier à réagir rapidement en envoyant des armes et des conseillers pour soutenir Bagdad et Erbil, pendant que l’administration Obama observait nonchalamment Daech faire des progrès, avec l’intention apparente de laisser l’Irak se diviser en trois pays : le Kurdistan, le Sunnistan et le Chiitistan.

Malgré le manque d’harmonie entre l’Iran et Abadi, il n’a jamais été question pour aucun chiite occupant une position officielle de se plier à la volonté de l’Iran ou de s’y opposer. Abadi semble avoir décidé de quitter ses fonctions comme « un héros », aux yeux des USA du moins, en se taillant la réputation d’être « celui qui s’est tenu » contre Téhéran. Cette tactique va sûrement l’entraîner à l’extérieur de la zone verte, voire le ramener au R.U. où il pourrait vivre en paix en tant que sujet britannique.

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