Les USA se fichent d’Idlib; ils veulent pousser l’Iran à la table de négociation

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Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

L’encre de l’accord signé par le ministre de la Défense iranien Amir Hatami et son homologue syrien Ali Ay’youb en vue de « reconstruire l’armée syrienne » n’était pas encore sèche que le ministre du Renseignement israélien Yisrael Katz y allait d’un avertissement que son pays attaquera les forces iraniennes à l’intérieur de la Syrie. Pour leur part, les USA ont promis de rester en Syrie jusqu’à ce que l’Iran parte. Les USA et Israël savent tous les deux que l’Iran restera en Syrie tant que le gouvernement syrien jugera sa présence cruciale pour sa sécurité nationale. Mais le Levant n’est pas le seul théâtre où se déroule un bras de fer entre l’Iran et les USA. Les négociations en vue de la formation d’un gouvernement en Irak s’échauffent et l’Iran n’en ressortira pas perdant au profit des USA. Ses alliés à l’intérieur du pays sont trop forts, ce qui fait en sorte qu’une certaine coopération est nécessaire pour former un gouvernement. Mais Sayyed Ali Khamenei demeure catégorique : aucun accord ne sera négocié avec l’administration américaine en place. À quoi devrait-on s’attendre alors au cours des prochains jours?

Les provocations des USA à l’endroit de la Russie et de la Syrie sont incessantes : John Bolton et la porte-parole du secrétaire d’État ont déclaré que les USA vont « réagir très fortement  »si la Syrie utilise des armes chimiques pour reprendre Idlib. Mais pourquoi le commandement de l’armée syrienne utiliserait-il des armes chimiques en livrant sa dernière bataille dans la province du nord-est occupée?

Des preneurs de décision en Syrie ont affirmé que « jusqu’à maintenant, la Turquie n’a pas réussi à contrôler Hay’at Tahrir al-Cham (alias le front al-Nosra) ou à l’intégrer à ses autres mandataires à Idlib et aux environs. La Russie a donné suffisamment de temps à Ankara et a prolongé le délai en réponse à une demande turque de reporter l’attaque sur Idlib. Tout ce que la Turquie est parvenue à faire, c’est de collaborer avec la Russie en vue de créer un environnement propice à la réconciliation et au départ de ceux qui veulent sortir de la ville vers les secteurs sous contrôle syrien. Ce qui n’a pas empêché les djihadistes d’arrêter des centaines d’hommes en les menaçant que leurs familles ne devraient pas quitter la ville. Ces civils sont utilisés comme boucliers humains pour amener les médias occidentaux à exiger encore plus fort une intervention internationale pour empêcher la libération d’Idlib. Ce sont les djihadistes qui profitent de cet émirat islamique qui leur sert de refuge. »

« Aujourd’hui, les agents du renseignement d’Ankara ont rencontré leurs homologues russes pour leur donner toutes les positions turques et celles de leurs alliés dans la ville, ainsi que les positions de tous les djihadistes qui refusent de déposer les armes. La Turquie a accepté que la Russie et l’armée syrienne délogent al-Nosra, Hurras ad-Din, Liwa’ al-Tawhid et tous les autres djihadistes échappant au contrôle d’Ankara. La décision concernant l’assaut final sera prise le 7 septembre, lors du prochain sommet entre Poutine, Erdogan et Rouhani à Téhéran », ont indiqué les sources.

« Washington a affirmé à maintes reprises que ses forces avaient détruit tout le stock d’armes chimiques de la Syrie. Mais Damas est accusé maintenant de planifier une attaque chimique contre une ville qui bénéficie d’une frontière ouverte avec la Turquie. D’autant plus que l’envoyé présidentiel des USA Brett MacGurk a décrit Idlib comme le plus grand refuge d’AQ depuis les événements du 11 septembre. L’armée syrienne rassemble toutes ses forces en vue d’une attaque contre les djihadistes dans les régions rurales des provinces de Lattaquié et d’Idlib, de façon à ce que le gouvernement syrien puisse reprendre l’ensemble de son territoire hormis celui sous occupation US. Si Idlib est libéré, les USA deviendront la seule force d’occupation qui reste. Ils n’auront aucune excuse légitime pour rester dans le pays et devront essuyer les vives critiques de la communauté internationale et de l’ONU », ont poursuivi les sources.

Si Damas possédait encore des armes chimiques, leur utilisation contre la ville d’Idlib serait hautement contre-productive, en plus d’avoir peu d’effet sur le plan militaire. La majeure partie de son armée se trouve déjà dans le nord, compte sur le soutien des forces russes (bombardements navals, missiles de croisière à longue portée, forces aériennes) et localise des cibles précises avec la complicité des services du renseignement d’Ankara.

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Tout au long de la guerre syrienne, des drones américains ont liquidé plusieurs agents opérationnels importants d’al-Qaeda à Idlib (Abou al-Khayr al-Masri, Muhsin al-Fadli et d’autres). Les USA ont aussi découvert que le dangereux groupe khorassan y avait établi son centre opérationnel. Pourquoi alors les USA soutiendraient-ils la défense d’Idlib et de ses djihadistes?

 

D’après les sources, « les USA se fichent d’Idlib et de ses habitants. Un pays responsable de la mort de centaines de milliers de civils en Irak (pour citer un exemple historique) de 1991 à 2017 ne se réveille pas du jour au lendemain avec une crise de conscience et un souci humanitaire. Il est inutile d’entrer dans les détails de l’horreur catastrophique en cours au Yémen, où les USA et leurs alliés sont responsables de cibler des millions de civils, des crimes que condamnent les Nations Unies. Nous croyons que les principaux objectifs des USA sont les suivants :

  1. La Russie a fourni des batteries antimissiles supplémentaires à l’armée syrienne afin de réduire le nombre de missiles américains et israéliens lancés contre ses troupes et son infrastructure. Une attaque militaire des USA contre ces systèmes de défense lancerait ce message : la Russie ne peut empêcher les USA de frapper l’allié stratégique (ou d’autres alliés éventuels) de Moscou. Les frappes américaines visent à faire ressortir les limites du pouvoir de dissuasion de Poutine, qui ne déclenchera pas une Troisième Guerre mondiale pour la Syrie.
  2. Les USA voudraient réduire les capacités de l’armée syrienne et détruire encore plus l’infrastructure, pour que le coût de la reconstruction soit beaucoup plus élevé pour la Syrie et ses alliés.
  3. Les USA veulent forcer la Russie et l’Iran à négocier à Genève (plutôt qu’à Astana) à propos de la domination de la Syrie et d’autres pays (l’Irak est en tête de liste). »

Les USA envoient continuellement des messages directs et indirects à Damas par l’entremise de la Russie, des Émirats arabes unis, de l’Australie, de l’Italie et d’autres pays. Ils cherchent avant tout à isoler la Syrie de ses véritables alliés au cours des sept dernières années de guerre, soit l’Iran, le Hezbollah et la Russie. Ils veulent aussi isoler l’Iran, pour qu’il soit entouré d’ennemis et implore de se soumettre à la volonté de Washington. Ils n’ont toutefois aucune politique claire au Moyen-Orient. Ils maintiennent une attitude réactive en défendant leur hégémonie et leur domination unilatérale au Moyen-Orient.

Le « changement de régime » a échoué en Syrie grâce à l’intervention de l’Iran (et de ses alliés) dans un premier temps, puis de la Russie. Le principal objectif des USA d’éloigner la Syrie de l’Iran et du Hezbollah s’est retourné contre eux et leurs alliés. Sept ans de guerre aux conséquences dévastatrices pour le Levant ont créé un lien solide entre la Syrie d’une part, et l’Iran et le Hezbollah d’autre part. Le Hezbollah a également mis sur pied des groupes syriens qui partagent son objectif de lutte contre Israël. Le président Assad a d’ailleurs demandé à l’organisation que ses conseillers et agents du renseignement gardent le contact avec ces groupes locaux. Le gouvernement syrien est conscient du besoin de se doter de nouvelles forces locales pour contrer les takfiris et répondre aux agressions israéliennes éventuelles.

Damas a signé un accord de défense avec Téhéran, en vertu duquel l’Iran s’engage à reconstruire l’armée syrienne et à offrir une technologie militaire de pointe à Assad.

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La tentative de domination des USA sur l’Irak a également échoué et aujourd’hui, l’Iran et les USA sont engagés dans un bras de fer à propos du nouveau premier ministre irakien et de la politique qu’il suivra.

La principale préoccupation des USA ne semble pas être Israël et les hauteurs du Golan occupé. Lors d’une réunion des ambassadeurs et des représentants permanents de la Russie (en juillet 2018), Vladimir Poutine a déclaré que « l’administration américaine est prête à sacrifier les intérêts de ses alliés en Europe et au Moyen-Orient, notamment ceux de l’État d’Israël. Entre autres choses (pendant la rencontre Poutine-Trump à Helsinki), nous avons discuté de la sécurité sur les hauteurs du Golan pendant l’opération en Syrie. Apparemment, personne ne s’y intéresse. Ils sont prêts à sacrifier même leur propre sécurité ».

Les USA ne semblent pas savoir quels sont leurs besoins dans cette partie du Moyen-Orient. Leur politique a ébranlé la Russie et a fait sortir l’ours russe de sa longue hibernation. La Russie de Poutine tend ses bras au-delà du Levant, de la Mésopotamie et de l’Afghanistan, pour atteindre la Turquie, l’Europe et bien d’autres parties du monde. La Russie est devenue un cauchemar économique pour les USA en raison de ses alliances solides avec la Chine, l’Iran et la Turquie. Les embargos de Trump ne font que pousser le monde entier à chercher une alternative. Pendant ce temps, l’Iran se prépare en vue d’un embargo qui s’étendra sur de nombreuses années, en n’ayant aucunement l’intention de parler avec l’administration américaine tant que Trump restera au pouvoir, soit jusqu’à ce qu’il termine son premier mandat, et probablement le mandat qui suivra.

Malgré les menaces de Trump, la bataille dans les régions rurales d’Idlib et de Lattaquié est imminente. Cette bataille repose sur la décision finale qui sera prise en septembre.

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