L’accord sur le nucléaire iranien un an après le retrait américain : Les USA et l’Iran font jouer leurs muscles


Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Un an après le retrait unilatéral des USA de l’accord sur le nucléaire iranien, appelé aussi Plan d’action global commun (PAGC) ou Joint Comprehensive Plan Of Action (JCPoA) en anglais, les USA font jouer leurs muscles en annonçant le départ déjà prévu du groupe aéronaval du USS Abraham Lincoln, afin d’effrayer l’Iran et de le forcer à négocier. L’Iran a réagi en montrant une vidéo montrant plusieurs navires de la US Navy dans le golfe Persique qui pourraient devenir des cibles potentielles pour ses forces. Les deux messages visent clairement à éviter une guerre. Voilà pourquoi il faut s’attendre à ce que l’Iran se réfère aux résolutions 26, 36 et 37 pour avertir l’ONU de remédier à la violation de l’accord par les USA, sans quoi Téhéran sera en position juridique de « cesser de poursuivre ses engagements en tout ou en partie ». C’est ce que le président Hassan Rouhani devrait annoncer demain, mercredi le 8 mai, selon des sources officielles iraniennes, qui s’attendent à ce que l’Iran continue d’être partie prenante à l’accord pour le moment.

« L’Iran ne veut pas provoquer de réaction hostile de la part des Nations Unies et de ses alliés européens, pour ne pas qu’ils se rallient aux sanctions imposées par les USA comme ils l’ont fait en 2011. Voilà pourquoi l’Iran va rester un membre signataire de l’accord. Aujourd’hui, ceux qui ont loué et signé l’accord sur le nucléaire s’opposent, du moins verbalement, au retrait des USA de l’accord et à son imposition de sanctions unilatérales », m’a dit la source officielle.

L’Iran devrait se conformer à l’article 26, qui appelle l’administration, le président et le congrès des USA à « s’abstenir d’imposer de nouvelles sanctions liées au nucléaire (…) de réintroduire ou de réimposer des sanctions précisées à l’annexe II ». Selon l’article 26, l’échec des USA à respecter l’accord fournit à l’Iran un « motif de cesser de poursuivre ses engagements en vertu de l’accord en tout ou en partie ».

L’Iran devrait invoquer l’article 36 qui stipule que « si l’Iran croit que l’un ou l’autre des UE+3 ne remplit pas ses engagements en vertu du présent accord, l’Iran peut amener le problème devant la commission conjointe pour trouver une solution (…) qui disposera de 15 jours pour le résoudre, sauf si la période est prolongée par consensus ». Par conséquent, les responsables iraniens ne devraient pas mener une guerre militaire contre les USA, mais plutôt adopter des mesures juridiques progressives avant de disposer du droit de l’Iran de mettre fin à ses engagements, en tout ou en partie. 

Selon les sources iraniennes, ceux en Iran qui appellent à « un retrait immédiat et complet de l’accord sur le nucléaire n’ont pas réussi à convaincre la majorité des décideurs d’adopter une approche radicale, à moins que l’ONU et l’Europe (Royaume-Uni, France et Allemagne) n’arrivent pas à lever les sanctions sur l’Iran et ne fassent rien pour soutenir l’exportation de pétrole iranien et l’importation de la technologie et des biens requis. L’Iran aurait alors la possibilité de faire fi des préoccupations relatives à l’usine de production d’eau lourde du complexe nucléaire d’Arak, et se mettre à produire et à retraiter du plutonium de qualité militaire et à reprendre l’enrichissement sans restriction ». 

Il est clair que l’Iran ne veut pas fermer le détroit d’Hormuz, et tout aussi clair que les USA ne cherchent pas un affrontement militaire avec l’Iran. Dans le cadre d’une procédure normale, la US Navy maintient toujours un contact régulier avec le Corps des gardiens de la Révolution iranienne se trouvant à l’entrée du détroit d’Hormuz, même s’il se trouve sur la liste des organisations terroristes des USA. 

L’administration américaine aurait préféré soutenir un pays du Moyen-Orient prêt à déclarer la guerre à l’Iran. Mais l’Iran n’est pas le Yémen et sa puissance de feu destructrice suffit à dissuader tout pays de la région à l’attaquer. Ainsi, une guerre ayant peu de chances d’aboutir à une issue favorable pour l’Occident n’est pas escomptée malgré la montée des tensions dans le golfe Persique.

Les USA n’arrivent pas à intimider l’Iran et à le forcer à négocier. Les exigences des USA, qui tiennent en 12 points, sont et demeureront pour l’Iran impossible à remplir ou même à s’y rapprocher. L’Iran ne se retirera jamais de la Syrie, sauf à la demande du président Bachar al-Assad, et il n’est pas en position de cesser de soutenir ses partenaires au Moyen-Orient, à moins que sa constitution ne soit modifiée. Enfin, l’Iran considère sa production de missiles comme une stratégie défensive contre toute agression possible. Cette stratégie découle de l’expérience vécue par l’Iran lors de la guerre Irak-Iran dans les années 1980, lorsque l’Iran était bien moins équipé qu’il ne l’est aujourd’hui. 

En dépit de ses capacités militaires considérables, l’administration américaine envoie des signaux de faiblesse à ses alliés régionaux et à l’Iran. Les défis que Téhéran lance aux USA sont également surveillés de près par les pays du Golfe, qui y penseront à deux fois avant d’affronter l’Iran dans l’avenir.

Le président Hassan Rouhani a rejeté la demande de réunion de Trump à huit reprises. L’administration américaine va sans aucun doute échouer dans sa tentative d’amener l’Iran à négocier en envoyant le groupe aéronaval du USS Abraham Lincoln, et elle semble incapable d’imposer à l’Iran un arrêt complet de ses exportations de pétrole. Le Moyen-Orient est en ébullition et des erreurs de calcul sont toujours possibles. Mais il s’agit ici davantage d’une démonstration de force que d’une possibilité de guerre. 

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