Le Hezbollah répliquera à Israël. Reste à savoir quand, comment et à quel prix.

Par Elijah J. Magnier : @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

« L’Axe de la Résistance » a été mis au courant de l’intention du Hezbollah de répliquer à Israël très prochainement, ont confirmé des sources au sein des instances décisionnelles. Les principaux bureaux des chefs des militants et tous les rassemblements des forces ont été abandonnés ou interdits, et l’état d’alerte maximale a été déclaré au cas où Israël décidait d’aller en guerre. En Iran, en Syrie et en Palestine, tous ont le doigt sur la gâchette. Le Moyen-Orient se retrouvera-t-il en guerre? En fait, tout dépend jusqu’où et dans quelle direction veut aller le premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu, et s’il acceptera ou non les représailles du Hezbollah.

Tout s’est amplifié à partir de al-Ayen, dans la vallée de la Bekaa, lorsque le secrétaire général du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah a proféré sa menace contre Israël. Il a juré d’abattre les drones qui violent la souveraineté libanaise et menacé de tuer des Israéliens, en représailles à la frappe israélienne qui a tué deux membres du Hezbollah en Syrie et à l’envoi de drones suicide pour détruire des objectifs de grande valeur et miner la capacité du Hezbollah en banlieue de Beyrouth. Netanyahu a répondu quelques heures plus tard en bombardant une position du Front populaire de libération de la Palestine – Commandement général (FPLP-CG) dans la même vallée de la Bekaa, afin d’envoyer un message clair à Sayyed Nasrallah : nous accusons réception du défi lancé par le Hezbollah et renchérissons sur ce défi. Reste maintenant à savoir quand, comment et à quel prix la « riposte sanglante » du Hezbollah prendra forme, car il est inévitable que des soldats israéliens seront tués.  

Sayyed Nasrallah n’avait d’autre choix que de répondre à la violation, par Israël, des règles d’engagement établies en 2006 à l’issue de la troisième guerre israélienne contre le Liban. S’il s’abstient de frapper Israël et accepte la médiation internationale et les tentations politico-financières offertes au gouvernement libanais pour le persuader de renoncer à son attaque promise, il perd la crédibilité substantielle qu’il possède actuellement. D’autant plus qu’Israël serait alors encouragé à frapper encore plus de cibles au Liban, comme il l’a fait en Irak et en Syrie depuis maintenant quelques années contre des centaines d’objectifs. Si le Hezbollah se garde de riposter comme promis, Netanyahu « s’en sortira indemne » et augmentera ses chances de remporter les prochaines élections. 

Sayyed Nasrallah a promis des représailles contre Israël à la face du monde. Tout le monde arabe, notamment les Palestiniens, les Syriens, les Irakiens, les Yéménites et la partie de la société libanaise qui soutient le Hezbollah, se demande quelle sera la cible et quand l’attaque aura lieu. En Israël, Sayyed Nasrallah jouit d’une grande crédibilité et les gens le croient, comme l’ont écrit la plupart des journaux israéliens aujourd’hui. L’on s’attend à ce que le Hezbollah mette un frein à la violation des règles d’engagement par Israël et donne l’exemple à suivre à tous les éléments faisant partie de « l’Axe de la Résistance » pour que cessent les attaques israéliennes contre leur souveraineté.

Il ne sera pas possible d’empêcher tous les drones israéliens de survoler le Liban et de recueillir des renseignements de sécurité. Ceux-ci sont perçus comme vitaux par Israël pour assurer la mise à jour de sa banque d’objectifs et analyser toute menace possible. Sayyed Nasrallah en est conscient et c’est pour cette raison qu’il a dit qu’il chercherait à abattre les drones israéliens. 

Depuis l’attaque contre Beyrouth, des drones israéliens continuent de survoler la capitale libanaise : « Israël fait tout pour provoquer une réaction du Hezbollah et connaître la capacité de nos missiles antiaériens », a indiqué une source au sein de « l’Axe de la Résistance ».  

Israël attend aussi de voir s’il pourra continuer de viser des entrepôts du Hezbollah ou d’envoyer des drones suicide faire des assassinats ciblés, selon le prix qu’il devra payer pour avoir tué des agents du Hezbollah. Netanyahu s’est lui-même placé dans le goulot de la bouteille, incapable d’y entrer ou d’en sortir. Il a poussé son arrogance à la limite au Liban, en sachant qu’il acculerait Sayyed Nasrallah au pied du mur s’il ne réplique pas en raison de la situation financière critique au Liban et de son désir de ne pas s’engager dans une guerre dévastatrice. Aujourd’hui, le premier ministre israélien appelle le Hezbollah à « se calmer ». Mais il semble maintenant trop tard pour reculer les aiguilles de l’horloge du temps. 

Comme l’Irak n’a pas répliqué aux attaques israéliennes contre ses entrepôts (cinq détruits jusqu’ici) et à l’assassinat d’un commandant irakien (tué par un drone à la frontière irako-syrienne), Israël a évidemment conclu que toutes les activités militaires sont possibles sur le théâtre irakien. Le Hezbollah connaît le modus operandi israélien et ne peut permettre que la même chose se produise au Liban, même si le prix à payer est d’aller en guerre.

À l’heure actuelle en Israël, bien des dirigeants s’en prennent à Netanyahu pour son bavardage et ses rodomontades à propos de la responsabilité d’Israël derrière les attaques à l’extérieur de ses frontières. Il s’agit là d’une pratique adoptée par Israël depuis des décennies et qu’exploite maintenant Netanyahu à des fins électorales.

Quel est donc le « prix à payer » recherché par le Hezbollah? Selon des sources au sein de « l’Axe de la Résistance », le Hezbollah visera une cible lui permettant de tuer deux ou trois Israéliens ou enverra un drone suicide contre un regroupement militaire israélien. « Israël n’est qu’à quelques mètres de la frontière libanaise, d’expliquer la source. Il est très simple de tuer des soldats israéliens lorsque les règles d’engagement sont violées. Netanyahu devra justifier auprès de sa population quel était l’avantage de mettre fin à la cessation des hostilités depuis 2006 malgré les avertissements répétés qu’il y aurait des conséquences. Soit qu’il cherche la guerre, auquel cas les deux belligérants devront être prêts, soit qu’il aura causé des morts inutiles des deux côtés. Il devra en payer le prix. » 

De toute évidence, le Hezbollah ne veut pas pousser les Israéliens trop loin de leur zone de confort, en se gardant de frapper qu’un nombre « acceptable » de victimes. Autrement dit, un coup en échange d’un coup. Netanyahu aura alors à décider s’il veut aller en guerre ou « lécher ses plaies ». Le premier ministre israélien pourra toujours garder l’initiative et s’en tenir « aux règles du jeu » tant qu’il respecte l’accord non déclaré, mais il est maintenant temps pour lui de comprendre que le Liban, malgré sa petite taille, n’est pas le Yémen, la Syrie ou l’Irak. 

Sayyed Nasrallah a été conforté dans sa décision d’attaquer Israël par le président libanais Michel Aoun, qui a décrit l’agression israélienne comme « un acte de guerre ». Le premier ministre Saad Hariri a qualifié l’agression de « menace à la stabilité régionale ». Le Hezbollah dispose d’assez de soutien sur le plan intérieur pour prendre position contre Israël et riposter même si la situation devient hors de contrôle. Sayyed Nasrallah n’est plus contraint de s’abstenir d’échanger sur la situation explosive avec les dirigeants libanais, qui lui avaient demandé il y a quelques mois de tenir compte de la saison touristique et de « partager un point de vue positif » à propos de la situation extrêmement tendue au Moyen-Orient. Il faut dire que les fronts iranien, irakien, syrien et libanais sont au bord de l’explosion, tout dépendra de la façon dont Israël et les USA voudront s’y laisser entraîner.

Lors des dernières élections israéliennes, le Hezbollah a décidé de garder ses distances. Mais cette fois, la situation est différente. Il existe une possibilité pour le Hezbollah de nuire à Netanyahu, qui sera en élections à la troisième semaine de septembre. Pour ce faire, les représailles du Hezbollah doivent se produire avant le 19 septembre. Si Netanyahu décide d’aller en guerre, peu importe les résultats, il perdra sûrement ses chances de réélection. S’il ne répond pas au Hezbollah, ce qui est le plus probable, il paraîtra faible, mais s’en tirera avec moins de dommages.

Ce qui nous amène à la date de l’attaque. Premièrement et surtout, tout dépend de l’occasion offerte et du choix de la cible. Cela relève d’une décision militaire reposant sur la situation à la frontière libano-israélienne et pourrait survenir dans les 72 prochaines heures. Deuxièmement, il est possible que ce soit après le 31 août, date à laquelle le mouvement « Amal » prévoit un grand rassemblement à Beyrouth pour souligner le premier jour du mois du Mouharram. C’est la première nuit marquant le début de l’Achoura, un jour de deuil solennel rappelant le martyr de l’Imam Hussein Bin Ali Bin Abi Taleb, petit-fils de Mahomet, à Karbala en Irak.

Pendant les dix premiers jours de l’Achoura, l’esprit de sacrifice de la plupart des chiites du Liban, en particulier ceux qui soutiennent le Hezbollah, est à son paroxysme. Netanyahu n’aurait pu choisir pire temps pour violer les règles d’engagement. 

Sayyed Nasrallah n’est pas obligé de fournir une date à Israël. Il est courant pour une organisation d’épuiser d’abord les ressources d’un pays par la mobilisation de ses forces sur tous les fronts. Il appartient au Hezbollah d’évaluer la date exacte qui reste entre ses mains. Il se pourrait que la meilleure occasion se présente quand les soldats israéliens commenceront à relaxer à la frontière après plusieurs semaines d’inaction. Comme nous l’avons dit, le Hezbollah a abandonné ses bureaux et tous les lieux de rassemblement par mesure de précaution. Il s’agit là d’une pratique courante lorsqu’une guerre (frappe ou attaque israélienne) est prévue. Netanyahu n’a vraiment pas d’autre choix que d’attendre et de décider si la guerre sera vraiment la meilleure solution. 

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