Israël croit-il qu’une guerre contre l’Axe de la Résistance sera une partie de plaisir?

Par Elijah J. Magnier : @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

« Il n’y a pas d’alternative à la guerre. Un jour, il y aura une guerre de grande ampleur. » C’est ce qu’a affirmé avec certitude l’un des décideurs de « l’Axe de la Résistance ». Cependant, le moment n’est pas aussi propice que ne l’annonce à répétition le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, malgré les signes allant dans le sens contraire. Pareille guerre a peu de chances de se produire dans un proche avenir. L’examen des raisons l’expliquant est assez révélateur.

Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, l’élection d’un premier ministre achoppe. Netanyahou doit demeurer au pouvoir pour éviter la prison. Une guerre contre Gaza n’est pas une option solide. Une bataille contre le Hezbollah au Liban serait très coûteuse et peu probable. Des attaques israéliennes contre la Syrie pourraient déclencher une réaction, mais pas une guerre généralisée sur de multiples fronts. Une guerre contre l’Irak n’est pas possible en raison de la présence de milliers de militaires américains dans le pays, qui constituent une cible de choix pour les alliés de l’Iran s’ils décident d’aller dans ce sens. 

Par ailleurs, une attaque contre l’Iran – comme l’annonce Netanyahou – ne se limiterait pas à une guerre entre deux belligérants (Iran et Israël), mais entraînerait une guerre tous azimuts au Moyen-Orient. Une source bien informée au sein de l’Axe de la Résistance ne voit « aucune raison valable pour Israël de se lancer dans une guerre destructrice aux résultats douteux aux côtés des USA dans un avenir proche ». 

« Les USA ne s’engagent dans aucune guerre contre un autre pays si la victoire n’est pas acquise. Combattre l’Iran aurait des résultats incertains et causerait une destruction immense à bien des niveaux. Les USA et leurs alliés éviteront sûrement ce scénario », d’affirmer la source. 

Les sanctions imposées par les USA contre des personnalités irakiennes ce mois-ci, tout comme les procédures à l’encontre de figures marquantes libanaises au début de l’année, contribuent à ralentir l’économie dans l’espoir que ces lourdes sanctions entraînent des troubles civils. Mais il faudrait que les USA stoppent la production et les ventes de pétrole de l’Irak pour que ses revenus diminuent. L’Irak produit presque 3,5 millions de barils par jour et son budget repose largement sur ses exportations de pétrole. Jusqu’à maintenant, rien ne laisse présager que les USA ont l’intention de bloquer la vente du pétrole irakien, même si l’Iran vend une partie de son pétrole en Mésopotamie afin de contrer les sanctions américaines. 

Il convient de noter que les USA ne comptent pas prendre le contrôle du Liban, ni mettre la main sur l’Irak. Washington tire avantage du chaos et de l’instabilité qui prévalent dans ces deux pays qui forment des composantes essentielles de l’Axe de la résistance. » 

En Syrie, le plan de reconstruction ne sera mis en œuvre qu’une fois que les USA seront certains qu’il entraînera le retrait du président Bachar al-Assad. Les USA et leurs alliés n’ont pas réussi à le faire tomber en neuf ans de guerre. Ils cherchent maintenant à renverser le gouvernement syrien au moyen du levier économique, mais en vain. Les USA imposent des sanctions contre la Syrie pour empêcher tout commerce en provenance et à destination du Levant. L’Iran, la Russie et la Chine contribuent à soutenir le gouvernement de Damas pour qu’il se relève, lentement mais sûrement, d’une longue guerre destructrice, sans oublier les sanctions des USA et de l’UE. Cependant, la dévaluation de la monnaie locale – tout comme celle du Liban – a nui considérablement aux économies locales du Liban et de la Syrie. Sauf que les deux pays sont encore bien loin de succomber à l’hégémonie américaine. Avec le Liban, l’Irak et la Syrie qui s’éloignent de l’orbite américaine, la seule option possible demeure une attaque directe contre l’Iran.  

À Lisbonne, lors de sa réunion avec le secrétaire d’État Mike Pompeo ce mois-ci, le premier ministre Netanyahou a dit que leur conversation portait « d’abord et avant tout sur l’Iran ». La crainte d’Israël et des USA s’appuie sur des rapports indiquant que l’influence de l’Iran augmente  auprès « du Hezbollah, du régime d’Assad et des factions en Irak ». L’ancien diplomate et analyste britannique Alastair Crooke a écrit un article à propos d’un « faux prospectus de guerre, cette fois avec l’Iran, dans six mois, parce que Netanyahou en a besoin pour survivre politiquement ». Si c’est effectivement dans les six mois, ce serait à la fin du printemps et au début de l’été prochain. Ce serait le moment idéal et le plus favorable pour Israël, qui s’appuie avant tout sur sa force aérienne pour mener ses premières vagues d’assaut. En faisant abstraction de toutes ces indications de vive voix, Israël et les USA sont-ils prêts à partir en guerre contre l’Iran?

L’Iran n’est pas un pays qui restera les bras croisés en cas d’attaque. Il peut riposter sur plusieurs fronts, d’autant plus que les forces US sont déployées dans tout le Moyen-Orient. Ce n’est certainement pas les cibles qui manquent. 

La source croit que « Netanyahou exerce de la pression sur le président Trump pour qu’il maintienne ses troupes en Syrie, même si le président des USA a exprimé à maintes reprises sa volonté de les retirer complètement ». Netanyahou dit aux USA qu’il n’y a pas de raison de partir alors que l’Iran se prépare pour la guerre et que la présence des forces US au Levant et en Mésopotamie est plus que jamais nécessaire. 

D’après la source, le plan de Netanyahou consiste à demander aux forces US d’entraver ou de fermer le poste-frontière Albu Kamal – Al Qaem entre la Syrie et l’Irak en cas de guerre, ce qui obligerait les USA à maintenir une présence continuelle en Syrie au bénéfice d’Israël sous le prétexte de voler le pétrole syrien, qui est aussi un prétexte valable pour assouvir la soif d’argent de Trump. 

Il ne fait aucun doute qu’Israël provoque l’Iran en Syrie en bombardant fréquemment les forces imposantes de sa brigade appelée Zulfukar. C’est cette même brigade du Corps des gardiens de la Révolution iranienne qui utilise des missiles antiaériens pour intercepter la plupart des missiles israéliens qui frappent des cibles syriennes et iraniennes. La majeure partie du temps, la Russie avertit l’Iran de l’imminence d’une attaque israélienne contre des objectifs donnés au moins 12 heures à l’avance. Mais cela pourrait importer peu, car le Corps des gardiens de la Révolution a augmenté sa présence et son efficacité au Levant au cours des cinq dernières années, et est prêt à participer à toute guerre éventuelle contre Israël à partir de la Syrie ou du Liban. Sayyed Nasrallah a affirmé dans ses interventions précédentes que l’Axe de la Résistance est prêt à soutenir le Liban en cas de guerre. 

Au Liban, à la suite de l’attaque de drones ratée contre un entrepôt du Hezbollah en banlieue de Beyrouth, le groupe a considéré cette attaque d’Israël comme une violation de la cessation des hostilités non déclarée et une sérieuse entrave à la résolution 1701 de l’ONU adoptée à la suite de la guerre israélienne de 2006. Le Hezbollah a alors promis de riposter. Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, Tel-Aviv a alors décidé de maintenir l’armée israélienne au complet dans ses bunkers pendant plus d’une semaine. Aucune trace de l’armée israélienne n’était visible dans une zone faisant 3 km de largeur et 100 km de longueur jouxtant la frontière avec le Liban. Qui plus est, Israël a fourni des cibles aux Hezbollah (mannequins) pour qu’il les bombarde, afin de mettre un terme à une situation embarrassante pour l’armée israélienne, une armée habituée à se targuer d’être la puissance militaire la plus forte du Moyen-Orient. Un simple discours télévisé prononcé par Sayyed Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a ainsi réussi à terroriser Israël davantage qu’une arme de destruction massive. La politique de dissuasion d’Israël et son idéologie reposant sur des mesures militaires préventives contre ses ennemis ont alors volé en éclats. Une demi-heure après la riposte, les patrouilles israéliennes, humiliées, ont repris du service à la frontière. Les politiciens et les officiers militaires, avec en tête leur premier ministre, s’en sont allés la queue entre les jambes, comme si de rien n’était. 

En Irak, des sources dans les services du renseignement occidentaux ont affirmé  que l’Iran construit un tunnel pour y stocker des missiles. L’Iran est accusé  de « déployer secrètement des missiles en Irak », de façon à justifier des frappes aériennes israéliennes en Mésopotamie, comme le premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi l’a confirmé. De plus, des « messages sous forme de roquettes » ont été transmis aux USA dans la zone verte, à la base militaire d’Ayn al-Assad et à la base aérienne de Balad. Ces roquettes lancées contre la US Army en Irak visent à intimider les USA en étant porteuses de ce message de l’Iran : « vos forces sont à notre portée et nos alliés sont prêts, où que vous soyez. »

Des sources au sein de l’Axe de la Résistance croient que l’Iran prépare en effet une frappe majeure contre Israël, sans nécessairement donner plus de détails ou d’indications quant au lieu ou au moment où elle se produira. Cette option demeure une possibilité susceptible de changer, tout dépendra de l’évolution des choses au Moyen-Orient, mais elle sera probablement sur la table à l’approche des élections américaines. Ces élections vont probablement empêcher toute intervention des USA dans une guerre à large échelle au Moyen-Orient, même si le but est de protéger Israël.

Notre source dans l’Axe de la Résistance se pose la question suivante : Israël peut-il se permettre de voir ses sept aéroports militaires autour de Tel-Aviv frappés par des missiles de croisière lancés à partir de l’Iran ou par des missiles de précision tirés du Liban, de la Syrie et de l’Irak? L’infrastructure et les aéroports civils d’Israël sont à la portée de l’Iran et de ses alliés. Israël est-il prêt à subir un niveau de destruction jamais vu jusque-là malgré son immense puissance de feu? Israël croit-il qu’une guerre contre l’Axe de la Résistance sera une partie de plaisir?  

Le Pentagone a prévenu  que l’Iran « augmente sa production de missiles balistiques et de missiles de croisière plus précis, plus mortels et à plus grande portée ». Ces missiles iraniens ont été livrés en Irak, en Syrie et au Liban. La source au sein de l’Axe de la Résistance se demande ceci : « Israël et ses bases militaires à l’extérieur d’Israël, ainsi que les bases militaires des USA au Moyen-Orient, sont-ils prêts à répondre aux attaques de ces missiles de croisière précis? » 

Les USA ont été incapables de neutraliser l’Iran pendant les 40 années ayant suivi la Révolution et 40 ans de sanctions à sévérité croissante. Les USA n’entreront pas en guerre où que ce soit dans le monde si les résultats sont incertains. Les USA – et le monde – ont eu un avant-goût de ce qui peut survenir en provoquant l’Iran pendant la guerre des pétroliers, lorsque l’Iran a abattu leur drone le plus coûteux qui avait violé sa souveraineté, et il s’en est fallu de peu pour qu’un avion-espion avec 38 officiers des USA à son bord subisse le même sort. 

En Israël, le front à l’interne est non seulement loin d’être prêt (le Hezbollah possède des missiles de précision capable d’atteindre tout objectif en territoire israélien), mais la situation politico-économique est lamentable. Des organisations non gouvernementales estiment que 2,3 millions d’Israéliens entrent dans la définition de pauvreté (environ 530 000 familles, dont 1 007 000 enfants, vivent dans la pauvreté). Il y aurait 59 % de personnes âgées dépendant d’organisations humanitaires qui n’arrivent pas à répondre à leurs besoins médicaux, faute de revenu. Environ 64,5 % des personnes âgées qui reçoivent de l’aide n’ont pas de vêtements adéquats et environ 49 % n’ont pas les moyens de chauffer leur maison en hiver. Ils seraient 69 % à ne pas pouvoir se procurer de fournitures scolaires. Les données indiquent que 79 % de ceux qui reçoivent de l’aide souffrent d’une maladie chronique, qu’environ 67 % ont dû cesser leur médication ou leur traitement en raison des coûts et qu’environ 58 % ont dû faire de même avec leurs enfants. 

Une guerre paraît ainsi hors de question. Mais il ne faut pas pour autant sous-estimer la folie et le désespoir du premier ministre Netanyahou.

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