Sayyed Sistani n’a pas l’intention de diviser les Hachd al-Chaabi

Par Elijah J. Magnier

Traduction: Daniel G.

De nombreux articles écrits plus tôt cette année et plus récemment soutiennent que les brigades faisant partie des Hachd al-Chaabi (Forces de mobilisation populaire ou FMP) sont sur le point de se scinder. Les FMP ont joué un rôle essentiel dans la lutte contre le groupe armé « État islamique (Daech) aux côtés de l’armée, de la police fédérale et des unités antiterroristes de l’Irak. La division au sein des FMP est apparue lors d’une conférence (la première du genre) organisée par les « Hachd al-Marjaya » (les FMP du Grand Ayatollah Sayyed Ali Sistani appelées aussi Hachd al-Atabat ou forces des sanctuaires sacrés), qui a mis en lumière la lutte interne qui se fait pour la direction des FMP. Malgré les divisions internes, le grand ayatollah est cependant loin de vouloir ordonner la scission des FMP. Les Hachd al-Marjaiya cherchent à obtenir une division administrative en raison du manque de postes clés qu’ils détiennent au sein des FMP et du salaire insuffisant de leurs brigades. Il n’en demeure pas moins que la lutte entre Nadjaf et Téhéran est omniprésente et s’inscrit dans cette lutte pour le pouvoir et l’argent.

Il est important de préciser que les Hachd al-Chaabi ne relèvent pas de la Marjaya de Nadjaf, même s’ils doivent leur création à la fatwa de Sayyed Sistani (al-Kifaei). Cette fatwa visait à empêcher Daech d’occuper d’autres villes irakiennes après avoir pris le contrôle des provinces de Mossoul, Ninive et Salah ad-Din et de la plupart des villes de l’Anbar, jusqu’aux portes de la capitale Bagdad.

Les USA s’étant gardés de venir en aide à l’Irak, l’Iran s’est empressé d’envoyer des conseillers militaires et de distribuer des armes aux Irakiens dans toutes les villes, y compris dans la province du Kurdistan au nord, et s’est employé à entraîner les Hachd al-Chaabi à l’art de la guerre. La Marjaya de Nadjaf a pour sa part acheté des armes et a équipé et armé quatre factions avec l’argent du Beit Mal al-Muslimeen (le trésor public des musulmans pour la collecte et la distribution des dons de charité et des fonds administrés par la plus haute autorité religieuse appelée Marja’). Ces factions étaient les suivantes : Liwa Ansar al-Marjaiya, Liwa Ali al-Akbar, Firqat al-Abbas al-Qitaliyah et Firqat al-Imam Ali al-Qitaliyah.

La Marjaya n’a jamais tenu de centre de commandement et de contrôle et ne possédait pas d’expérience au combat pour tenir tête à Daech. Les quatre factions ont donc suivi un entraînement et ont été déployées avec toutes les autres composantes des FMP, des chiites, des sunnites, les Failis, les Kurdes et d’autres minorités dans toutes les régions de l’Irak. C’est l’Iran qui a pris en charge la planification de la guerre, conjointement avec ce qui restait des forces de sécurité irakiennes à l’époque. Les FMP ont repris Jourf al-Sakher et se sont déployées dans tout le territoire irakien, en participant notamment à l’attaque pour reprendre Mossoul et le désert syro-irakien.

Le fait que l’Irak ne soit pas tombé entre les mains de Daech et que l’Iran soit intervenu pour stopper la partition du pays en trois sous-États a convaincu les forces US d’agir en offrant un soutien aérien et du renseignement. En se gardant d’intervenir plus tôt, les USA ont permis à l’Iran d’exercer une plus grande influence sur les FMP. L’Iran était prêt à déployer des troupes en Irak pour stopper l’avancée de Daech et en venir à bout, une situation idéale, parce que la bataille se faisait en sol irakien et non iranien. L’Iran aurait aussi fait tout ce qui était en son pouvoir pour défendre les sanctuaires sacrés de ses Imams et empêcher qu’ils ne tombent entre les mains de Daech, qui avait toujours affirmé vouloir détruire les sanctuaires chiites les plus sacrés qui se trouvent à Samarra, Bagdad, Karbala et Nadjaf. L’Irak représentait aussi pour l’Iran une première ligne de défense et il comptait bien y combattre.

C’était aussi l’occasion pour l’Iran de créer une force idéologique, les FMP, dont les circonstances avaient imposé leur nécessité. Il fallait absolument disposer d’un groupe très motivé idéologiquement pour s’opposer à Daech, qui était motivé idéologiquement lui aussi, et tout aussi déterminé à se battre jusqu’à la mort. Une formation militaire classique ne suffisait pas pour arrêter l’avance de Daech. En fait, depuis l’occupation américaine de l’Irak en 2003, les forces US avaient « entraîné » des dizaines de milliers de militaires irakiens, qui se sont défilés face à l’ennemi (Daech) dès les premiers affrontements à Mossoul, Tel’Afar, Kirkouk, Ninive, Salah ad-Din et l’Anbar. 

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