Les USA restent en Irak en raison des conflits intérieurs flagrants… et pour combattre l’Iran

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Le président américain Joe Biden et le premier ministre irakien Mustafa al-Kadhemi ont signé un accord mettant fin à la mission du personnel américain en tant que forces de combat à la fin de l’année 2021. Avant que son avion ne décolle de l’Irak pour rencontrer son homologue américain, le premier ministre irakien Mustafa al-Kadhemi a déclaré ceci : « Il n’est pas nécessaire d’avoir des forces de combat étrangères sur le sol irakien ». Il a néanmoins laissé la porte grande ouverte aux forces US pour qu’elles restent, en ajoutant que « la guerre contre Daech et l’état de préparation de nos forces doivent suivre un calendrier spécial ». Depuis Washington, le ministre irakien des Affaires étrangères, le Kurde Fouad Hussein, a confirmé les propos de son premier ministre en ajoutant que : « L’Irak doit coopérer pleinement avec les USA à bien des niveaux ». Pour sa part, le conseiller à la sécurité nationale Qasem al-A’raji, a déclaré lui aussi à partir de la capitale des USA que « les forces US se retireront complètement de l’Irak d’ici la fin de 2021 ». Pour leur part, les groupes de la résistance irakienne ont juré de chasser toutes les forces US du pays et de continuer à s’en prendre à toutes les bases US en Irak. Ces annonces contradictoires en provenance de Washington et de Bagdad font ressortir la confusion qui règne en Irak par rapport au retrait des forces US, un retrait résultant d’une décision parlementaire contraignante en janvier 2020. 

Le premier ministre irakien s’est rendu à Washington porteur d’un plan précis préalablement convenu avec tous les principaux partis politiques du pays. Malgré l’annonce officielle des USA et de l’Irak, le retrait permanent des USA de l’Irak n’aura pas lieu. On aura plutôt droit à un retrait partiel des forces US présentes en Mésopotamie et à leur redéploiement sous une nouvelle appellation, afin de réduire les attaques qu’elles subissent et de renforcer la position politique du premier ministre al-Kadhemi. La décision des USA de rester est également liée à l’influence régionale de l’Iran, un sujet de préoccupation croissant. L’affrontement entre ces deux pays se poursuivra et l’Irak sera inévitablement leur théâtre de guerre.

Des décideurs irakiens signalent que « le premier ministre irakien est porteur d’une demande claire entérinée par la plupart des dirigeants politiques. Le premier point est que toutes les forces de combat doivent quitter toutes les bases militaires (exception faite du Kurdistan). Le deuxième point consiste à confirmer que la souveraineté irakienne ne soit pas violée par des avions à réaction ou des drones sans l’accord préalable des dirigeants irakiens. Le troisième point est que les deux parties forment un comité pour rendre la décision exécutoire. »

Selon la source, « les Américains cherchent à renforcer la position de Kadhemi, surtout depuis le coup qu’ils lui ont asséné lorsque leurs jets ont bombardé et tué quatre membres des forces de sécurité irakiennes faisant partie des Hachd al-Chaabi à la frontière irako-syrienne en juin dernier. Mais les responsables des USA font preuve de malhonnêteté lorsqu’ils annoncent qu’aucune force de combat n’est active en Irak depuis plus d’un an. Si c’est le cas, comment appelle-t-on les forces qui attaquent et tuent le personnel de sécurité irakien à la frontière? S’agit-il de conseillers ou de formateurs? Les dirigeants politiques irakiens ont peur de se mouiller et de dire la vérité sur les raisons pour lesquelles les forces US sont toujours dans le pays. »

La source conclut ainsi : « Si le président des USA et le premier ministre irakien se sont mis d’accord pour mettre fin à la mission de combat des forces US en Irak à la fin de l’année, cela signifie que les USA agiront comme une force de combat au cours des cinq prochains mois. Cela signifie aussi que nous devrons nous attendre à davantage de morts parmi les forces de sécurité irakiennes causées par les USA. Quand, et non pas si, cela se produira, ce sera le coup fatal à la réputation d’al-Kadhemi et à son accord avec Biden ».

Un haut responsable de l’administration Biden a démenti que les USA ont l’intention de retirer leurs 2 500 soldats de l’Irak, en affirmant qu’ils n’ont accepté que de modifier leurs rôles. C’est d’ailleurs ce que confirme le chef kurde Fawzi Hariri, le représentant du gouvernement du Kurdistan irakien pour la quatrième ronde de discussions entre l’Irak et les USA, lorsqu’il dit que le « processus menant à un accord pourrait prendre plus d’un an ». Cette déclaration entre en contradiction avec l’accord convenu entre le premier ministre irakien et le président américain.

En outre, le ministre irakien des Affaires étrangères, son homologue américain Antony Blinken et Bayan Sami Abdul Rahman, le représentant kurde aux USA, ont déclaré que la quatrième ronde de discussions porte notamment sur l’énergie, le changement climatique, la sécurité, la santé, la culture, l’éducation, les droits de la personne et les prochaines élections législatives. Le secrétaire d’État Blinken en a profité pour confirmer que le « partenariat entre les USA et l’Irak dépasse largement la lutte commune contre Daech ». Cette affirmation donne la clé de la présence américaine en Irak.

Daech n’a rien à voir avec la présence des USA en Irak. Aussi bien les responsables américains qu’irakiens confirment que Daech a été vaincu. Dans la lutte contre le terrorisme, on sait très bien qu’il est impossible d’enrayer l’idéologie takfirie de Daech. Il n’en demeure pas moins que Daech ne contrôle plus de villages ou de villes en Irak et en Syrie. Les forces de sécurité irakiennes ont acquis suffisamment d’expérience, de matériel militaire, de compétences de combat dans la guerre de guérilla, de renseignements de sécurité et de motivation idéologique (Hachd al-Chaabi) pour vaincre Daech et l’empêcher d’occuper une ville irakienne. Aucun pays en Occident ou en Asie ne peut mettre fin aux attaques terroristes, mais il peut réduire ou enrayer bien des attaques planifiées.Daech ne peut donc plus servir de motif pour maintenir la présence des forces US en Irak. Qui plus est, les vingt ans de formation donnée par les USA à l’armée afghane n’ont pas empêché les taliban de contrôler plus de la moitié du pays et 90 % de la frontière avec le Pakistan. De même, la formation offerte par les USA à l’armée irakienne de 2003 à 2011 a abouti au démantèlement de ces troupes en quelques heures face à Daech et à d’autres 

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