En se rangeant derrière l’accusation des USA portée contre le Hezbollah, la France se rend complice de l’expulsion illégale d’un citoyen libanais

Par Elijah J. Magnier (en France)

Traduction : Daniel G.

« L’affaire en cause est-elle liée au terrorisme (impliquant le Hezbollah libanais)? Non. Si c’était le cas, elle aurait été transmise au juge chargé du terrorisme ». C’est ce qu’a déclaré l’inspecteur général de la justice française, le juge Baudoin Thouvenot, lorsqu’il a été interrogé sur la fameuse « affaire Cedar ». Le Hezbollah libanais était accusé d’avoir des liens avec des trafiquants de drogue colombiens pour blanchir de l’argent en France et dans d’autres pays européens afin de « soutenir ses opérations terroristes pour acheter des armes en Syrie ». Plus de 14 Libanais possédant des nationalités différentes étaient impliqués, dont Muhammad Noureddine et Mazen El-Atat en tête de liste.

L’accusation en soi est embarrassante, car l’Iran et la Russie fournissent des armes à la Syrie et non au Hezbollah. Israël a effectué plus de mille attaques contre des cibles syriennes pour que cesse le flux d’armes à feu de l’Iran vers le Levant par voie maritime et aérienne. Le journal allemand Süddeutsche Zeitung a soutenu à tort que les enquêteurs soupçonnaient que de l’argent avait été transféré au Hezbollah lorsque le juge français chargé de l’enquête a refusé de confirmer cette allégation. Cette fabrication est faible et sans fondement.

Les autorités françaises ont libéré al-Atat, l’ont acquitté, puis ont emprisonné Noureddine, qui a avoué son lien avec le cercle de blanchiment d’argent. Cependant, la Drug Enforcement Administration du département de la Justice des USA a tordu le bras des responsables français pour les pousser à livrer Al-Atat en raison de son refus de coopérer avec les Américains. Les fonctionnaires de la DEA n’accepteraient rien de moins qu’une accusation explicite et une implication du Hezbollah dans toute l’opération. Cela crée un précédent pour le système judiciaire français, qui semble avoir été affecté par le fait que les politiciens français aient cédé aux pressions américaines, en violation flagrante du droit international.

La décision d’expulser Mazen El-Atat vers Washington a été prise le 7 avril 2021 par le premier ministre Jean Castex et ratifiée par le ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti, qui est accuséd’interférence dans deux affaires de corruption en sa qualité d’avocat et lorsqu’il est devenu ministre de la Justice. Cependant, les avocats de la défense d’Al-Atat ont présenté une objection devant le Conseil d’État pour contester la décision d’extradition délivrée par les autorités politiques après l’acquittement d’Al-Atat prononcé par les autorités judiciaires.

Mazen El-Atat s’est exprimé à partir de son domicile dans la capitale française, Paris, où il réside, en attendant la décision de la Cour suprême de la France de l’expulser selon la volonté des USA.

« J’ai été arrêté le 12 décembre 2016 à l’aéroport Charles De Gaule et gardé en détention pendant un an. Le juge d’instruction Baudoin Thouvenot m’a convoqué dans son bureau et ne m’a pas inculpé pour être impliqué dans l’affaire de blanchiment d’argent dans laquelle Mohamed Noureddine a été accusé, a avoué et, en conséquence, a été condamné à sept ans. Il y a quelques mois, les autorités françaises ont décidé de le libérer avant la fin de sa peine. Il est maintenant en liberté, attendant la dernière étape pour quitter le pays. Lorsque j’ai été acquitté par le tribunal, les autorités françaises m’ont attendu à l’extérieur de la salle d’audience, m’accusant d’appartenir à une bande de malfaiteurs. Pourtant, il a été prouvé que je n’étais impliqué dans aucun acte illégal, si ce n’est que je suis un ami de Noureddine. J’ai été emprisonné à nouveau sans aucune enquête à cause d’un mandat d’arrêt de la DEA malgré son illégalité et l’absence de toute autorité des USA sur la justice française. On me demande seulement de révéler un lien inexistant entre le Hezbollah et le trafic de drogue colombien et de conclure un accord avec les Américains. Lorsque le juge d’instruction français a été interrogé sur la relation du Hezbollah dans le processus, il a déclaré qu’il ne pouvait absolument pas confirmer cette relation. Alors pourquoi devrais-je avouer quelque chose avec lequel je n’ai aucun lien? » a déclaré Mazen El-Atat.Le magazine « Le Point » a publié des titres et des articles trompeurs qui prétendent que le Hezbollah est actif en France et qu’il « tisse sa toile en Europe et y stocke des explosifs ». La vérité est tout autre et concerne des opérations de transfert d’argent réalisées par un groupe de changeurs libanais qui ont établi des relations avec des sources et des intermédiaires occidentaux pour faciliter leur 

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blanchiment d’argent en échange d’une commission intéressante. Depuis et vers Beyrouth, des bandes de trafiquants de drogue s’emploient à blanchir leur argent par l’intermédiaire d’hommes d’affaires libanais qui enfreignent la législation européenne pour obtenir rapidement un revenu alléchant.

Mohammad Noureddine possédait un bureau de change et de transactions des valeurs mobilières au Liban, où il veillait à l’échange d’argent entre les commerçants libanais et d’autres détenteurs de monnaie en Occident. Il a avoué que plusieurs de ces transactions étaient liées au commerce de la drogue et au blanchiment d’argent par l’entremise de son réseau.

Le réseau de Noureddine était composé de clients libanais qui avaient l’habitude d’acheter des voitures et des montres de luxe en Suisse, en Allemagne et dans d’autres pays européens. Le cercle utilisait de l’argent liquide pour acheter des articles coûteux en Europe et les livrer au Liban pour les vendre. Tous les membres du cercle en Europe ont été arrêtés, à l’exception des marchands libanais qui ont participé avec Noureddine au blanchiment d’argent, mais ils n’ont pas été inculpés ni persécutés.

D’après des sources occidentales, Noureddine aurait conclu un accord avec le bureau des stupéfiants des USA pour accuser des agents du Hezbollah et rejeter le blâme sur le mouvement libanais, qui est une cible facile à accuser de loin. Cette accusation vise à nuire à la relation de la France avec le Hezbollah, qui considère son aile militaire comme une organisation terroriste, mais pas son aile politique. Lors de sa visite à Beyrouth, le président Emmanuel Macron a rencontré le député Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah et membre du Conseil de la Choura, la plus haute autorité décisionnelle du mouvement.

Selon des sources bien informées dans la capitale française, « la libération d’El-Atat constitue un dilemme juridique pour la France, qui devra payer une compensation pour les trois années qu’il a passées en prison sans qu’aucune accusation fondée ne soit portée contre lui. Les autorités françaises devront payer les frais de justice, qui s’élèvent à plus d’un million d’euros. En outre, la France ne veut pas s’opposer aux exigences américaines, même si cela se fait au détriment de l’intégrité du système judiciaire français. D’où la décision d’expulsion prise par les autorités politiques, qui ne peuvent imposer leur volonté aux autorités judiciaires françaises, qui ont acquitté El-Atat.

« La justice française ne m’a pas interrogé sur le Hezbollah parce que je ne suis pas accusé d’avoir des liens avec l’organisation, et que je ne suis pas accusé de blanchiment d’argent. Le tribunal m’a acquitté de toutes les accusations. Je n’avais qu’une vieille relation d’amitié avec Muhammad Noureddine. Mais les USA ont tenté en vain de lier mon cas à la vente de pétrole iranien et à ma violation des sanctions sévères imposées par les USA (mais pas par la communauté internationale). Même cette tentative n’a pas abouti, car la France (tout comme les Nations unies) a levé toutes les sanctions contre l’Iran et n’a pu me relier à aucune autre affaire. Comme j’ai refusé de coopérer avec la DEA, les agents américains exigent mon expulsion sous de fausses accusations. Le directeur général de la Sûreté générale libanaise, le général de division Abbas Ibrahim, est venu en France pour discuter de mon cas et on lui a promis ma libération. Pourtant, les autorités politiques françaises ont cédé aux pressions américaines », a confirmé Mazen El-Atat.

Les enquêteurs de la DEA, qui sont censés n’avoir aucune compétence en France, s’y sont rendus et ont rencontré certains des détenus libanais accusés de blanchiment d’argent. Plusieurs mois plus tard, de nombreux noms associés au Hezbollah au Liban se sont ajoutés à la liste des personnes frappées par les sanctions américaines. Ce qui laisse entendre que les responsables américains étaient déterminés à porter des accusations contre le Hezbollah sans aucune preuve fournie par les autorités françaises, et qu’ils ont prétendu exposer un lien inexistant entre le Hezbollah et les trafiquants de drogue colombiens. Selon des sources en Europe, cela confirme que le premier objectif des enquêteurs de la DEA est d’obtenir une promotion administrative en divulguant de faux liens avec le Hezbollah à l’étranger. Cependant, l’objectif principal est de miner les relations de la France avec le Hezbollah. L’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont déjà soumises à la volonté des USA, tandis que l’Italie et la France résistent encore.

Les enquêteurs de la DEA ne se rendent peut-être pas compte que le Hezbollah reçoit chaque mois des dizaines de millions de dollars de l’Iran. Quelques centaines de milliers de dollars ou quelques millions ne changent rien à l’équation pour le mouvement. Le Hezbollah a dépensé d’énormes sommes d’argent pendant les dix ans de guerre en Syrie et pour divers projets civils au Liban. Depuis quelques années, le Hezbollah reçoit de la nourriture et des médicaments de l’Iran, et recevra sous peu du pétrole et du diesel, ce qui constitue un revenu considérable, plus important que ce qu’il recevait auparavant. Par conséquent, accuser le Hezbollah de vendre des cigarettes ou des vidéodisques de contrebande ou de blanchir de l’argent pour les Colombiens est une absurdité. Il est encore plus absurde de croire que le Hezbollah s’adonne au blanchiment d’argent partout dans le monde pour fournir des armes à la Syrie, où des tonnes de munitions et d’armes ont été utilisées dans d’interminables batailles. Sauf que des citoyens ordinaires comme Mazen El-Atat, que la justice française a acquitté, finissent par payer le prix de la faiblesse des politiciens français sous la pression américaine et sont sacrifiés pour plaire à Washington.

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