L’Afghanistan forme son nouveau gouvernement à Kandahar pour relever les principaux défis

Par Elijah J. Magnier 

Traduction : Daniel G.

Les USA ont chassé le mouvement taliban du pouvoir en 2001. Vingt ans plus tard, ils ont de nouveau remis les rênes du pouvoir aux talibans après le départ du dernier soldat US de l’Afghanistan, juste après minuit, heure locale, le 31 août. Les forces spéciales talibanes (Badri 313) ont pris le contrôle du secteur militaire de l’aéroport de Kaboul une fois les forces US parties après avoir détruit ou démilitarisé les avions qu’elles ne pouvaient pas emporter avec elles. L’Afghanistan fait le ménage des débris des guerres sanglantes qui l’ont taillé en pièces pendant des décennies. Le retrait des militaires occidentaux d’Asie centrale ne marque toutefois pas la fin des problèmes en Afghanistan. En expulsant les forces occidentales, les talibans s’emparent d’un pays effondré et meurtri par la corruption, la pauvreté et le manque d’infrastructures dans la plupart des 33 provinces. Les talibans se préparent à former leur nouveau gouvernement à l’issue de réunions marathons à Kandahar sans la participation des responsables de la province du Panjshir qui offraient des « conditions inacceptables », donc susceptibles de faire face à des affrontements militaires selon des sources talibanes. Le nouveau gouvernement devra relever le défi de relier l’Afghanistan aux pays voisins et au reste du monde, notamment en établissant des liens avec son ancien occupant, les États-Unis d’Amérique.

Quand les talibans contrôlaient Kaboul dans les années 1990, le mollah Mohammad Omar n’avait pas besoin de nombreux gardes du corps pour le protéger. Il bénéficiait en effet d’un large soutien dans de nombreuses régions du pays, y compris dans la capitale Kaboul. L’émir taliban refusait de livrer Oussama ben Laden (tout en sachant que ce refus lui coûterait cher) parce qu’il était un invité, une position que privilégient de nombreux chefs tribaux dans cette région du monde. Le mollah Omar a toutefois mis en garde Al-Qaida à maintes reprises après ses attaques contre les ambassades des USA au Kenya et en Tanzanie et contre le destroyer USS Cole à Aden, mais il refusait d’obtempérer. Après des années d’occupation coûteuse par les USA, le mouvement taliban a appris à reconnaître les frontières et a convenu avec Al-Qaeda de se garder de toute action militaire contre tout pays limitrophe, proche ou éloigné du territoire afghan.

Jusqu’en 2001, le monde voyait bien que les talibans avaient réussi à mettre fin à la culture de l’opium. Cependant, l’occupation américaine a transformé l’Afghanistan en un État failli sur le plan politique, économique et social, où la corruption et la culture de la drogue se sont répandues et ont même doublé.

Les USA avaient prévu occuper l’Afghanistan pour deux raisons : éliminer Al-Qaida et instaurer la démocratie. Ces deux objectifs ont échoué après des années de guerres sanglantes, laissant le pays dans un état de dévastation économique. Cependant, le retrait des USA ne signifie pas la fin de leur influence en Afghanistan. Les USA sont tout à fait disposés à faire pression sur le gouvernement taliban en prétextant une « aide humanitaire et médicale » dont l’Afghanistan a désespérément besoin et que les talibans auraient du mal à refuser. Les talibans ont convoqué une réunion à Kandahar à laquelle ont participé de hauts dirigeants. Étaient présents le chef de la réconciliation nationale, Abdullah Abdullah, des représentants de l’ancien président Hamid Karzai, des Hazaras de Mazar-e Charif, des responsables de la province du Panjshir (avec laquelle les négociations entre Ahmad Massoud et les talibans semblent dans l’impasse) et d’autres chefs tribaux et fonctionnaires influents qui ont eu différents rôles dans les gouvernements précédents. On m’a appris que pour la première fois, le chef et émir des talibans, le mollah Haibatullah Akhundzada, et son adjoint, le mollah Muhammad Yaqoub (fils du mollah Mohammad Omar, qui a été chef et émir des talibans des 1990 jusqu’à sa mort en 2013), étaient présents à la réunion à

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