Ce n’est pas au Liban que s’en prend l’Arabie saoudite, c’est à l’Iran en réponse à la chute possible de Ma’rib 

Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

L’Arabie saoudite, le Bahreïn, le Koweït et les Émirats arabes unis ont expulsé les ambassadeurs libanais, leur ont donné 48 heures pour partir et ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs de Beyrouth. Le prétexte était une interview d’un journaliste reconnu, George Kordahi, un mois avant qu’il ne soit nommé nouveau ministre de l’Information dans le gouvernement du premier ministre Najib Mikati. Au cours de cette interview, Kordahi avait déclaré que « la guerre saoudienne est inutile et les Houthis se défendent contre une agression extérieure où la coalition dirigée par l’Arabie saoudite bombarde des maisons, des villages, des funérailles et des mariages ». La forte réaction du Conseil de coopération du Golfe (CCG) peut sembler absurde et bancale. Cependant, la raison dépasse amplement la simple opinion d’un journaliste. C’est que L’Arabie saoudite estime qu’elle doit faire pression sur l’allié de l’Iran au Liban après avoir tenté de convaincre Téhéran de stopper la progression des Houthis d’Ansar Allah vers la ville stratégique et riche en pétrole de Ma’rib au Yémen, tentative qui a échoué. Les Saoudiens se sont donc tournés vers le gouvernement libanais pour blâmer les alliés du Hezbollah, les plus proches affiliés de l’Iran.

L’Iran et l’Arabie saoudite ont tenu quatre rondes de pourparlers dans la capitale irakienne, Bagdad, au cours desquelles les négociateurs saoudiens ont formulé à plusieurs reprises leur souhait d’empêcher Ansar-Allah (Houthis) de se rapprocher de la ville de Ma’rib. Sauf que la position de négociation de l’Iran ne bouge pas : aucune négociation au nom d’un pays ou groupe capable de défendre une cause. 

Les négociateurs iraniens se sont plutôt concentrés sur l’importance de rouvrir d’abord les ambassades respectives fermées depuis 2016 ou les consulats avant de s’engager dans le long et difficile chemin du rétablissement de la confiance entre les deux pays. L’Iran a toutefois suggéré à l’Arabie saoudite de déclarer un cessez-le-feu général et de lever le blocus de l’aéroport de Sanaa et du port d’Al-Hodeïda pour entériner le retour à la normale.

L’Iran a néanmoins tenté de servir de médiateur avec les Houthis. Les Ansar Allah ont répondu positivement en ralentissant la prise de Ma’rib, mais uniquement pour éviter une nouvelle effusion de sang et convaincre les tribus locales d’éviter une bataille inutile. Pendant ce temps, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a continué à bombarder les objectifs autour de Ma’rib et d’autres cibles dans les zones contrôlées par les Houthis. Ce comportement belliqueux a poussé les négociateurs iraniens à Bagdad à tenir sept heures de discussions avec leurs homologues saoudiens sur le Yémen et d’autres questions d’intérêt commun, sans parvenir à un résultat substantiel. Les deux parties se sont quittées sur un accord visant à former des comités chargés d’assurer le suivi des questions abordées en temps voulu. L’Iran a montré peu d’intérêt à réconforter les Saoudiens sur le Yémen et a laissé entendre que « le secrétaire général du Hezbollah libanais, SayyedHassan Nasrallah, a plus d’influence sur les Houthis que l’Iran ».

L’Arabie saoudite a réagi en classant la banque libanaise appartenant au Hezbollah, l’association al-Qard al-Hassan, comme entité terroriste. Riyad a retiré son soutien à de nombreux groupes sunnites libanais puissants pour leur incapacité à faire face au Hezbollah. Les Saoudiens ont retiré leur soutien à la plupart des dirigeants politiques sunnites locaux au profit d’un groupe chrétien de droite pro-américain et pro-israélien dirigé par Samir Geagea. Pareille alliance est un geste désespéré n’ayant aucune signification stratégique et qui ne crée pas un allié saoudien influent au Liban. En fait, le petit groupe de Geagea n’a aucune chance de s’opposer à la puissance du Hezbollah au Liban, qui ne prendra pas de gants blancs pour affronter le leader de la droite chrétienne et sa milice.L’Arabie saoudite a cru qu’elle était abandonnée à son sort dans la bataille de Ma’rib; après tout, la victoire des Houthis signifierait la fin de sept années de destruction saoudienne insensée. Dans l’esprit des Saoudiens, faire pression sur le Hezbollah pouvait être une idée convaincante pour forcer l’Iran à revenir négocier sur Ma’rib. Cela montre à quel point les Saoudiens connaissent mal l’Iran et le Hezbollah, qui ont transformé les sanctions et la 

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