
Par Elijah J. Magnier –
Plus de 606 jours après le début de la guerre d’Israël contre Gaza, le Premier ministre Benjamin Netanyahou se trouve de plus en plus isolé, tant sur le plan international que national. Sur la scène internationale, Israël a perdu une grande partie de la légitimité qui lui restait, tandis qu’à l’intérieur du pays, M. Netanyahou ne bénéficie plus du large soutien de l’opinion publique dont il jouissait autrefois. Sa survie politique dépend désormais d’une coalition fragile composée de membres d’extrême droite de la Knesset et de factions ultra-orthodoxes Haredi, dont la loyauté est fortement conditionnée.
Les Haredim exigent des garanties législatives pour rester exemptés de la conscription militaire, un point de discorde de longue date, notamment à la suite de la demande de l’armée de les enrôler pour répondre à son besoin de dizaines de milliers de réservistes supplémentaires. Si M. Netanyahou ne parvient pas à faire adopter une telle loi, les partis ultra-orthodoxes ont menacé de se retirer de la coalition, ce qui pourrait entraîner l’effondrement du gouvernement et forcer la tenue de nouvelles élections. Une crise de la coalition se profile donc à l’horizon.
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À l’heure actuelle, M. Netanyahou détient une majorité de 68 sièges à la Knesset, qui en compte 120, dont 7 appartiennent aux partis ultra-orthodoxes haredi. Si les Haredim retiraient leur soutien en signe de protestation – très probablement au sujet des exemptions de conscription -, M. Netanyahou s’accrocherait encore à une étroite majorité de 61 sièges, juste assez pour rester au pouvoir. Mais cette marge est précaire.
Une seule défection au sein de son propre parti, le Likoud, même si elle est hautement improbable, pourrait faire s’effondrer la coalition, entraînant la dissolution automatique de la Knesset et provoquant des élections anticipées. Même dans ce cas, M. Netanyahou bénéficierait d’une période tampon de 90 jours – amplifiée par les vacances d’été de la Knesset – qui lui donnerait le temps nécessaire pour réorienter sa stratégie et manipuler le calendrier électoral à son avantage.
Entre-temps, le climat intérieur évolue rapidement. La patience de l’opinion publique s’épuise. Ce qui a commencé en octobre 2023 comme une campagne militaire unificatrice à la suite de l’attaque surprise du Hamas s’est transformé en une guerre épuisante avec des pertes de plus en plus importantes et sans objectif stratégique clair. Des milliers de soldats israéliens ont été tués ou blessés. Le coût en vies humaines et l’absence d’une stratégie de sortie viable ont alimenté une désillusion croissante. Les manifestations sont revenues en masse à Tel-Aviv et à Jérusalem, réclamant non seulement un cessez-le-feu, mais aussi la démission de M. Netanyahu.
Pour beaucoup, la guerre n’apparaît plus comme une question de défense nationale, mais comme une croisade politique personnelle de Netanyahou, prolongée non pas pour la sécurité, mais pour la survie.
Une base qui se rétrécit et les derniers alliés qui restent debout
Le bloc d’extrême droite qui soutient Netanyahou à la Knesset envisage une Gaza vidée de ses Palestiniens et rejette tout cessez-le-feu temporaire. Il prône des politiques proches de l’épuration ethnique, exigeant le contrôle total du territoire et l’élimination de la population sous la bannière de la « sécurité ».
Cette coalition fragile confère à M. Netanyahou un pouvoir parlementaire, mais l’isole politiquement. Il est en décalage avec l’opinion publique, aliéné par les modérés et en désaccord avec presque tous les partenaires internationaux. Pourtant, aux yeux de ses partisans, il est un rempart contre le compromis, un leader qui poursuivra une victoire totale quel qu’en soit le prix.
Le cessez-le-feu récemment proposé, approuvé par l’envoyé présidentiel américain, a été présenté comme une avancée. En réalité, il s’agit d’une pause stratégique déguisée en diplomatie. Présenté comme une fenêtre humanitaire permettant de libérer des prisonniers israéliens et de soulager les civils, le cessez-le-feu de 60 jours profite davantage à l’armée israélienne qu’il n’aide la population anéantie de Gaza. Il permet aux forces israéliennes de procéder à une rotation des troupes, de se réapprovisionner en munitions et de se regrouper en vue du prochain assaut sur la bande de Gaza, et principalement sur Khan Younis, sa prochaine cible.
M. Netanyahou a adopté ce plan précisément parce qu’il ne remet pas en cause son objectif principal : la domination militaire totale de la bande de Gaza. Les conditions ne prévoient pas d’arrêt permanent des hostilités ni de réelles concessions aux demandes palestiniennes. Pour Netanyahou, il ne s’agit pas d’un chemin vers la paix, mais d’un répit pour poursuivre la guerre. Il n’est prêt qu’à échanger des prisonniers israéliens contre de la nourriture pour la population palestinienne affamée.
Un objectif militaire impossible
Selon le chef d’état-major israélien Eyal Zamir, l’armée estimait à l’origine qu’il lui faudrait trois mois pour occuper Gaza et neuf mois pour la « nettoyer » de toute résistance.
Aux deux tiers de ce calendrier, la réalité sur le terrain est tout autre. Malgré une dévastation aérienne quasi-totale et des dizaines de milliers de soldats sur le terrain, le Hamas et d’autres factions armées continuent d’opérer à partir de tunnels et de décombres. La résistance s’est révélée agile, décentralisée et toujours opérationnelle malgré la puissance de feu écrasante d’Israël.
Dans les calculs de M. Netanyahou, cela ne fait que justifier la poursuite de l’escalade. « À Gaza, nous avançons lentement », a-t-il déclaré, arguant du fait qu’une progression prudente permet d’éviter un nombre excessif de victimes israéliennes. Mais à mesure que les troupes s’enfoncent dans Rafah et dans le centre de Gaza, les pertes israéliennes augmentent. Plus les forces d’occupation se rapprochent des bastions du Hamas, plus le bilan est lourd. Pourtant, ce sont des pertes que Netanyahou est prêt à absorber. Il a lié son héritage – et peut-être sa liberté personnelle – à l’issue de cette guerre.
Alors que l’on estime à 20 le nombre d’otages israéliens toujours détenus par le Hamas et le Jihad islamique, les familles des captifs plaident en faveur d’une solution négociée. Cependant, M. Netanyahou a adopté une ligne dure : pas de cessez-le-feu en échange de la libération des prisonniers. Il affirme au contraire que seule la pression militaire peut garantir leur liberté. Mais cette position ignore les appels de plus en plus nombreux des familles d’otages qui estiment que la poursuite de la guerre ne fait que mettre en danger leurs proches.
Lors de conflits précédents, Israël a échangé des centaines de détenus palestiniens contre un seul soldat. Aujourd’hui, le refus de négocier reflète un changement, non seulement de politique, mais aussi de valeurs.
Cependant, Netanyahu a adopté une ligne dure : pas de cessez-le-feu en échange de la libération des prisonniers. Il affirme au contraire que seule la pression militaire peut garantir leur liberté. Mais cette position ignore les appels de plus en plus nombreux des familles d’otages qui estiment que la poursuite de la guerre ne fait que mettre en danger leurs proches.
Lors de conflits précédents, Israël a échangé des centaines de détenus palestiniens contre un seul soldat. Aujourd’hui, le refus de négocier reflète un changement, non seulement de politique, mais aussi de valeurs. Netanyahou ne cherche plus à protéger des vies, mais à gagner une guerre qui définit sa mainmise sur le pouvoir. Pour lui, céder au Hamas, même pour sauver des vies, équivaudrait à une défaite.
La géographie comme arme
Dans l’une des tactiques les plus brutales de la campagne, le gouvernement israélien a redessiné la géographie de Gaza. La bande a été divisée en quatre zones isolées, coupant la population des autres et de l’aide. Dans le corridor de Netzarim, une ceinture fortifiée qui sépare le nord et le sud de Gaza, les forces israéliennes ont établi des points de contrôle qui empêchent souvent les civils d’accéder à la nourriture et à l’eau.
Trois « centres de distribution de l’aide » ont été établis à Rafah, que les critiques ont décrits comme n’étant guère plus que des entrepôts humains. Loin de servir de centres de secours, ces centres fonctionnent comme des instruments de contrôle – des points d’arrivée dangereux plutôt que des sources de refuge.
Les Palestiniens déplacés sont rassemblés au sud de Rafah, une ville déjà détruite par des bombardements incessants, pour y subir des attentes exténuantes – souvent pendant des heures ou des jours – sous le regard de soldats israéliens armés.
Il ne s’agit pas simplement d’un arrangement logistique, mais d’une stratégie calculée de punition, de dissuasion et de coercition. En subordonnant l’accès à la nourriture et à l’eau à la soumission, Israël a effectivement militarisé l’aide humanitaire. Ce qui est présenté comme une aide est en réalité une guerre de siège masquée par le langage de l’administration. Pour aggraver la crise, des dizaines de civils palestiniens auraient été tués par balle à proximité de ces points de distribution.
Ce climat de peur signifie que même le simple fait d’obtenir de la nourriture est devenu une entreprise potentiellement fatale. Avec le bouclage de la bande de Gaza et l’interdiction faite aux agences des Nations unies de superviser la distribution de nourriture, de nombreux Palestiniens sont désormais confrontés à un choix impensable : mourir de faim ou être abattus pour avoir tenté de nourrir leur famille.
Le vide mondial
Dans ce paysage sombre, une seule figure a le poids géopolitique nécessaire pour arrêter la guerre : Donald Trump. Il a adopté une attitude non interventionniste. Il n’a exprimé aucune inquiétude face aux images de charniers, d’hôpitaux en flammes, d’enfants extraits des décombres et de la famine provoquée par l’homme à Gaza. Pour ses principaux partisans, c’est une preuve de fermeté. Pour une grande partie du monde, c’est une preuve d’indifférence face à l’atrocité.
En Trump, Netanyahou voit une âme sœur, indifférente à l’opinion internationale, insouciante de l’éthique et motivée avant tout par l’appât du gain. Tant que Trump ne fait pas pression, la guerre peut continuer. Tant que les États-Unis protègent Israël des sanctions de l’ONU et de l’application de la CPI, Netanyahou dispose de la couverture dont il a besoin.
Malgré l’ampleur des destructions, Netanyahou n’a proposé aucun plan de gouvernance pour l’après-guerre. Que se passera-t-il si Gaza est entièrement occupée ? Qui s’occupera des écoles, des hôpitaux ou de la police des rues ? Personne au sein du gouvernement de M. Netanyahu n’a de réponse. La guerre n’est pas un moyen de parvenir à une solution politique, elle est la solution.
Même les chefs militaires ont commencé à émettre des doutes. Des officiers supérieurs israéliens se demandent si l’occupation totale est réalisable ou souhaitable. Pourtant, aucun n’ose contredire ouvertement le premier ministre. Cela reviendrait à défier l’homme qui contrôle le budget, le cabinet et le calendrier de la guerre.
Chaque jour qui passe prolonge la survie politique de M. Netanyahou. En vertu de la législation israélienne actuelle, un premier ministre en exercice ne peut être poursuivi pour corruption tant qu’il est en fonction. Si un cessez-le-feu était conclu et que la guerre s’achevait, l’opinion publique demanderait des comptes, non seulement pour les échecs stratégiques, mais aussi pour les crimes de guerre, l’effondrement de l’économie et la catastrophe humanitaire à Gaza.
En menant une guerre indéfinie, M. Netanyahou évite de devoir rendre des comptes sur le plan politique.
Ce faisant, il est prêt à mettre le feu à tout ce qui l’entoure – relations internationales, unité nationale et même moral de l’armée israélienne.
Ses partisans affirment qu’il défend l’avenir d’Israël. Ses détracteurs affirment qu’il l’hypothèque.
Le mandat de M. Netanyahou expire en octobre 2026, mais seulement si Israël n’est pas en guerre. En vertu des lois d’urgence actuelles, tant que le conflit se poursuit, les élections peuvent être reportées, les manifestations peuvent être limitées et le contrôle judiciaire peut être suspendu. Pour M. Netanyahou, la guerre n’est pas seulement un bouclier. C’est une stratégie.
Il a montré qu’il ne s’arrêterait pas tant que Gaza ne serait pas rasée, que le Hamas ne serait pas éliminé et que sa position politique ne serait pas assurée. Mais le coût de cette ambition augmente chaque jour. Il se mesure non seulement en vies palestiniennes perdues, mais aussi en soldats israéliens morts, en alliés internationaux aliénés et en une société qui se fracture sous le poids d’une guerre permanente.
En fin de compte, Netanyahou réussira peut-être à réduire Gaza en cendres. Mais ce qui restera d’Israël après cela pourrait n’être qu’une coquille du pays qu’il prétend protéger.
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