La détermination de Téhéran et les limites de la puissance israélienne

Dans la guerre que déclare Israël contre l’Iran, un équilibre des forces s’est dessiné : Israël domine l’espace aérien iranien, tandis que l’Iran contrôle celui au-dessus d’Israël. Israël peut frapper n’importe quel lieu du territoire iranien, étendu sur 1,6 million de kilomètres carrés, tout comme l’Iran peut toucher n’importe quel endroit d’Israël, qui ne fait que 20 000 kilomètres carrés. Au début des hostilités, l’Iran a déployé ses missiles balistiques de génération précédente — accompagnés d’un nombre limité de missiles hypersoniques — pour tester les réponses israéliennes et épuiser ses systèmes d’interception multistrates ainsi que les personnels associés. Toutefois, mardi, l’Iran a modifié sa stratégie : il a lancé le missile hypersonique de première génération Fattah‑1, atteignant avec succès tous les objectifs désignés.

De surcroît, la première vague d’attaques surprises israéliennes, ainsi que celles visant des cibles secondaires, semblent avoir épuisé le stock de cibles dès les premiers jours du conflit. D’un point de vue militaire, cela constitue un dilemme sérieux pour les chaînes de commandement : le catalogue d’objectifs initialement prévu en fonction des intentions politiques a été réalisé. L’état-major israélien requiert désormais de nouvelles directives politiques afin d’élargir le spectre de ses frappes — dépassant le seul programme nucléaire, comme annoncé initialement, pour viser aussi les capacités balistiques iraniennes.

Cependant, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou nourrit des ambitions bien plus vastes : il vise un changement de régime en Iran. Il a rencontré des membres de l’opposition iranienne et, comme il l’a publié volontairement, accordé des interviews à Iran International, média de l’opposition. Il a même évoqué comme « non exclu » l’assassinat du grand ayatollah Sayyed Ali Khamenei — figure spirituelle suivie par des dizaines de millions de personnes. Il a baptisé son offensive militaire « Lion en pleine ascension », clin d’œil manifeste au drapeau du Lion et du Soleil de l’opposition, portée par Reza Pahlavi, fils du Shah.

Pourtant, l’élimination du Guide suprême iranien ne changerait pas la dynamique du conflit. En Iran, la mort de Khamenei est considérée comme une éventualité, et son successeur ne sera certainement pas moins hostile à Israël ou aux États‑Unis. Au vu de l’ampleur de l’impact infligé à l’Iran par les États‑Unis et leur allié — et de la manière dont cette opération a été conçue et coordonnée entre Israël et Washington — le remplacement du Guide suprême ne fera pas fléchir la résistance.

Ainsi, réaliser les ambitions de Netanyahou nécessiterait une décision des plus risquées, et certaines conditions essentielles font encore défaut — tant sur le plan politique que militaire. Premièrement, Israël doit s’assurer qu’Iran ne peut plus riposter : que son arsenal balistique est à sec, ses stocks détruits, et qu’il est incapable de remplacer ces munitions. Ce n’est qu’après avoir atteint ce seuil qu’Israël pourrait passer à la phase suivante — frapper les infrastructures pétrolières et gazières iraniennes, afin d’anéantir son économie sans retenue. Une telle opération élargirait considérablement la liste des cibles potentielles de l’aviation israélienne, ouvrant la voie à une campagne de bombardements impitoyables.

Israël viserait aussi à anéantir la marine iranienne et à démanteler son industrie militaire, rendant le pays entièrement vulnérable. Il a déjà mené des opérations similaires — notamment en Syrie, après la chute de Bachar el-Assad — frappant sans provocation et alors même que Damas n’avait manifesté aucune hostilité.

Deuxièmement, Netanyahou doit semer le chaos total en Iran — à l’image de celui qui règne aujourd’hui en Libye — car l’opposition ne peut gouverner un pays aussi vaste. Elle manque à la fois d’organisation et de moyens. Instaurer le désordre en Iran constitue un objectif stratégique majeur : neutraliser durablement l’Iran et ses alliés comme menace régionale pour les décennies à venir. L’Iran ne partage pas de frontière avec Israël, et plonger un pays de 100 millions d’habitants — riche en ressources naturelles, entouré de sept États voisins, et situé au cœur d’un corridor énergétique mondial vital — dans le chaos constituerait une invitation ouverte à l’intervention étrangère. Les conséquences pourraient être catastrophiques, imprévisibles, et profondément déstabilisantes pour l’ensemble du continent asiatique.

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