
Par Elijah J. Magnier –
Le système politique iranien compte d’une manière que peu d’autres partagent. Il ne s’agit pas simplement d’un État soumis à des périodes récurrentes de contestation, ni seulement d’une puissance régionale résistant aux pressions occidentales. Il est idéologiquement conçu comme anti-hégémonique et révolutionnaire, et ce cadre n’est pas accessoire. Il est fondateur. En conséquence, la stabilité interne de l’Iran revêt une portée symbolique qui dépasse largement ses frontières. Saper l’Iran ne consiste pas seulement à modifier des politiques, à modérer des comportements ou à arracher des concessions. Il s’agit de démontrer que la résistance à l’ordre mondial dominant entraîne des coûts systémiques. C’est pourquoi la rhétorique extérieure passe avec une rapidité inhabituelle de la préoccupation à la délégitimation dès que des troubles apparaissent à l’intérieur de l’Iran.
Cette dynamique ne peut être comprise à travers le seul langage des droits de l’homme. Elle relève de la grammaire plus profonde de la politique de puissance internationale, où la protestation n’est pas évaluée pour elle-même, mais filtrée à travers les prismes de l’alignement, du levier, de la soumission et du contrôle. Les réactions à la dissidence ne sont jamais neutres. Elles dépendent de la place qu’occupe un État dans l’ordre sécuritaire et économique dominant, qu’il y soit intégré, marginal ou qu’il lui résiste activement. L’Iran appartient clairement à cette dernière catégorie.
Les États occidentaux proclament fréquemment des valeurs universelles, mais leurs réactions face aux mouvements de protestation révèlent une application sélective façonnée par l’intérêt stratégique. Des gouvernements qui répriment violemment des manifestations, imposent des états d’urgence ou pratiquent une répression de long terme échappent régulièrement à toute condamnation soutenue lorsqu’ils sont des alliés. Dans ces cas, des pertes humaines massives ne déclenchent ni appels au changement de régime ni campagnes de délégitimation ou de reconnaissance de directions parallèles. Le silence, le langage procédural et les appels à la « retenue de toutes les parties » dominent. L’absence d’indignation n’est pas accidentelle. Elle reflète la conscience que ces gouvernements, aussi répressifs soient-ils, restent fonctionnellement alignés sur les structures de pouvoir occidentales.
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