
Par Elijah J. Magnier
Pour la direction actuelle d’Israël, l’ouverture d’un processus de négociation durable entre les États-Unis et l’Iran n’est pas simplement inopportune. Elle menace de saper le principe central de sa stratégie régionale: considérer l’Iran comme une urgence permanente qui ne peut être gérée par une diplomatie classique. Dès lors que Washington et Téhéran s’engagent dans des discussions suivies, même étroites et fragiles, Israël risque de perdre son atout stratégique le plus précieux — la capacité de maintenir le dossier iranien dans un état d’escalade permanente tout en se positionnant comme le guide indispensable de la politique américaine.
La voie diplomatique qui s’ouvre désormais à Mascate ce vendredi est donc perçue à Tel-Aviv moins comme une opportunité que comme une menace stratégique. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a depuis longtemps présenté la confrontation avec l’Iran en termes existentiels, soutenant que la seule solution durable consiste à « couper la tête du serpent » et à briser définitivement la capacité iranienne, éliminant ainsi le dernier obstacle sérieux à la domination militaire régionale incontestée d’Israël. La chute de Bachar al-Assad et les coups sévères infligés au Hezbollah après la guerre d’octobre 2024 ont été interprétés en Israël comme ouvrant la voie vers l’objectif ultime: frapper l’Iran lui-même, pilier financier, technologique et stratégique central de l’axe anti-israélien. Des négociations entre Washington et Téhéran — quel qu’en soit l’issue — risquent de figer ce qu’Israël perçoit comme un moment de vulnérabilité iranienne.
Netanyahu a donc exhorté les États-Unis à adopter des conditions que Téhéran ne peut accepter, notamment le démantèlement du programme de missiles iranien et l’abandon de ses réseaux régionaux, des exigences qui équivalent en pratique à une capitulation stratégique. La guerre israélo-américaine de douze jours contre l’Iran en juin 2025, destinée en partie à affaiblir le système ou à provoquer un effondrement interne, n’a pas produit de résultats décisifs et a au contraire renforcé la cohésion interne malgré les tensions économiques et politiques iraniennes. Les troubles survenus fin 2025, bien que violents et coûteux, n’ont pas conduit à une rupture du régime. Pour les décideurs israéliens, ces développements suggèrent que l’alignement actuel de la présence militaire américaine et de la préparation opérationnelle israélienne pourrait constituer une fenêtre d’opportunité qui se referme.
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