Le duo a commencé la guerre et doit y mettre fin : un cessez-le-feu de deux semaines

Par Elijah J. Magnier –

La victoire est normalement annoncée lorsqu’une guerre se termine avec un vainqueur et un vaincu. Pourtant, les États-Unis et l’Iran revendiquent tous deux la victoire, mais en Israël, où les bombes iraniennes continuent de tomber aux premières lueurs du jour, le tableau est très différent. Washington et Téhéran affirment avoir atteint leurs objectifs, alors que l’objectif plus large d’Israël était bien plus ambitieux : la destruction du système dirigeant iranien, ce même système avec lequel Washington négocie aujourd’hui. Tout cessez-le-feu sur l’ensemble des fronts, y compris au Liban, est donc politiquement dangereux pour Benjamin Netanyahu. Sur le plan intérieur, cela risque de se retourner contre lui, car il n’a pas réussi à atteindre l’un de ses objectifs centraux affichés : le désarmement du Hezbollah, qui apparaît aujourd’hui plus enraciné et aguerri que jamais. Cet échec fragilise Netanyahu sur le plan intérieur et ouvre la possibilité qu’il tente de saper ou de saboter l’actuel arrangement de cessez-le-feu de deux semaines. Israël a annoncé qu’un entretien téléphonique avait eu lieu entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu, sans en révéler le contenu. Le diable, comme toujours, se cache dans les détails. Dans de telles circonstances, la prudence s’impose. Un cessez-le-feu sur le papier n’est pas encore une paix établie, surtout lorsque l’un des principaux acteurs peut considérer que la poursuite de l’escalade est politiquement plus sûre qu’un compromis. Il est toutefois certain que les mêmes points qui ont conduit au cessez-le-feu auraient pu être obtenus facilement sans guerre.

Le calendrier du message de Washington était particulièrement révélateur. Environ quatre-vingt-dix minutes avant l’expiration de l’ultimatum de Trump visant à détruire l’ensemble des infrastructures iraniennes, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que Trump avait « atteint et dépassé » ses principaux objectifs militaires en seulement 38 jours. Elle a présenté l’opération américaine comme une victoire, affirmé que le succès militaire avait créé un « levier maximal » pour des négociations difficiles, et soutenu que Trump avait obtenu la réouverture du détroit d’Ormuz. Au même moment, des fuites médiatiques non démenties par Washington suggéraient une approbation américaine non officielle d’un cessez-le-feu de deux semaines proposé par le Pakistan. L’Iran a indiqué qu’il était prêt à y répondre positivement, sur la base de dix points transmis aux États-Unis par l’intermédiaire du médiateur. Le sens en était clair : après avoir déclenché la guerre et menacé de destruction totale, Washington s’est dirigé vers un cessez-le-feu tout en essayant de présenter ce tournant comme une preuve de succès, et non comme l’aveu que l’escalade avait atteint sa limite.

Selon l’agence semi-officielle iranienne Tasnim, le cadre proposé par Téhéran pour mettre fin à la guerre reposait sur dix points transmis à Washington par le médiateur : un engagement de principe des États-Unis à garantir la non-agression ; le maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz ; l’acceptation de l’enrichissement d’uranium ; la levée de toutes les sanctions primaires ; la levée de toutes les sanctions secondaires ; l’annulation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ; l’annulation de toutes les résolutions du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique ; le versement de compensations à l’Iran ; le retrait des forces combattantes américaines de la région ; et la cessation de la guerre sur tous les fronts, y compris contre ce que l’Iran décrit comme la résistance au Liban. Que toutes ces conditions soient négociables ou acceptables est une autre question. Ce qui importe politiquement, c’est que Téhéran a répondu à la menace de destruction totale non pas par une reddition, mais par un ensemble structuré de conditions pour mettre fin à la guerre tout en préservant sa souveraineté, sa position stratégique et son rôle régional.

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