
Par Elijah J. Magnier –
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sort de la récente confrontation politiquement affaibli et stratégiquement acculé. Washington semble de plus en plus déterminé à empêcher une guerre régionale prolongée, tandis que Netanyahu continue de considérer la pression soutenue contre l’Iran et le Hezbollah comme essentielle à sa survie politique avant les prochaines élections à la Knesset. Le Liban s’est transformé en une coûteuse guerre d’usure plutôt qu’en l’effondrement du Hezbollah, l’Iran demeure intact malgré des mois d’escalade, et le cadre émergent entre les États-Unis et l’Iran signale un éloignement de la confrontation ouverte que Netanyahu défend depuis des décennies.
Ce nouvel environnement régional explique en partie le regain d’attention de Netanyahu envers Gaza. Faute de percée décisive contre l’Iran ou le Hezbollah, Gaza devient progressivement le dernier terrain où il peut encore projeter une image de puissance militaire et de leadership à l’approche des élections. Les discussions israéliennes autour de plans d’occupation élargis, de nouveaux corridors sécuritaires et d’un contrôle territorial accru dans la bande de Gaza reflètent non seulement des calculs militaires, mais aussi une pression politique intérieure croissante au sein de la coalition de Netanyahu. Les critiques avertissent de plus en plus qu’une telle escalade risque de prolonger la guerre sans offrir de véritable issue politique.
Parallèlement, Netanyahu aurait demandé à ses ministres d’éviter tout commentaire public sur le mémorandum d’entente émergent entre les États-Unis et l’Iran, bien que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir ait déjà dénoncé publiquement la proposition de Trump comme étant « mauvaise pour Israël ». Même si ce cadre reste temporaire et non signé, il bouleverse déjà la scène politique israélienne parce qu’il touche directement au sujet autour duquel Netanyahu a bâti sa carrière pendant plus de trois décennies : l’Iran.
Le projet d’accord ne démantèlerait ni les infrastructures nucléaires iraniennes, ni les capacités balistiques de Téhéran, ni ses alliances régionales. Il vise plutôt à stabiliser le détroit d’Hormuz, rétablir le trafic maritime et créer un espace pour des négociations plus larges sur les sanctions, l’enrichissement de l’uranium et les arrangements sécuritaires régionaux. Pour Netanyahu, le danger réside précisément dans cette logique. Après avoir passé des décennies à affirmer que l’Iran représentait une menace existentielle nécessitant une confrontation permanente, il se retrouve désormais face à un environnement régional et international davantage orienté vers la gestion de crise et le confinement négocié que vers une défaite stratégique décisive.
Ce changement menace la vision stratégique qui soutient le leadership de Netanyahu depuis des décennies. Depuis le début des années 1990, il présente constamment l’Iran non pas simplement comme un rival régional, mais comme la principale menace existentielle pour Israël. Si les États-Unis s’orientent désormais vers une gestion négociée de la crise plutôt que vers une confrontation décisive, Netanyahu risque de se retrouver face aux électeurs israéliens au moment où sa stratégie de longue date vis-à-vis de l’Iran semble de moins en moins capable de produire le résultat stratégique qu’il promettait.
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