
Par Elijah J. Magnier –
Benjamin Netanyahu devrait se présenter à la Maison-Blanche pour sa rencontre avec Donald Trump en portant le poids d’une erreur stratégique majeure. Le Premier ministre israélien ne s’est pas contenté de demander le soutien américain contre l’Iran. Il aurait contribué à présenter la guerre comme une campagne capable de produire rapidement un résultat politique décisif : une sévère dégradation militaire, une fracture interne iranienne et même l’effondrement du système au pouvoir. Lors d’une réunion dans la Situation Room en février, Netanyahu aurait présenté à Trump ce qui était censé être un plan parfait et victorieux pour une guerre conjointe contre l’Iran. Leur prochaine rencontre à la Maison-Blanche serait la première en tête-à-tête depuis cet épisode.
Le modèle derrière cette proposition n’était pas nouveau. Washington a souvent été tenté par l’idée qu’un État hostile peut être brisé rapidement si une pression militaire suffisante est appliquée au bon moment. Dans le cas de Trump, l’opération au Venezuela avait nourri l’illusion qu’un recours spectaculaire à la force pouvait produire un résultat politique immédiat. La décision prise par Trump en janvier d’attaquer le Venezuela, de faire arrêter son président après son enlèvement et d’administrer temporairement le pays constituait déjà une rupture majeure avec sa rhétorique hostile aux engagements militaires prolongés. Mais l’Iran n’a jamais été le Venezuela. C’est à la fois un État civilisationnel, un système révolutionnaire, un appareil sécuritaire, un réseau régional et un univers symbolique chiite. Imaginer qu’il s’effondrerait sous la première vague de frappes revenait à confondre vulnérabilité et fragilité.
La guerre a effectivement causé de graves dommages. L’Iran a perdu son dirigeant suprême, le sayyed Ali Khamenei, plusieurs membres de sa famille, des commandants de haut rang, des infrastructures militaires et des actifs stratégiques. Son économie, déjà affaiblie par les sanctions, a subi une pression immense. Pourtant, le système politique ne s’est pas désintégré. Le gouvernement iranien, soutenu par les Gardiens de la révolution, est resté en place après des semaines de guerre et un cessez-le-feu fragile. L’Iran a réussi à frapper des bases américaines dans la région, à infliger des dommages aux pays du Golfe qui les accueillent, et à affirmer son contrôle sur le détroit d’Ormuz, une évolution qui a contribué à la hausse des prix mondiaux de l’énergie. Le résultat n’a pas été la victoire nette qu’Israël avait promise dans ses briefings privés, mais une épreuve d’endurance.
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