Daech est défait et al-Qaeda est au pied du mur en Syrie et en Irak : la politique étrangère des USA ranimera l’extrémisme

(AP Photo/Bilal Fawzi)

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Par Elijah J. Magnier: 

Traduction : Daniel G.

Le groupe armé « État islamique » (Daech) a été défait en Irak et en Syrie, même s’il reste quelques poches de résistance tactique. De plus, à la suite de la décision de la communauté internationale et des autres pays de la région de mettre fin à la guerre en Syrie, al‑Qaeda est rongé par des querelles intestines tout en reconnaissant sa défaite ainsi que l’impossibilité d’un changement de régime en Syrie et d’une partition de l’Irak. A-t-on mis fin une fois pour toutes à l’extrémisme sanglant qui a frappé le Moyen-Orient? Est-ce possible que les organisations terroristes se donnent une nouvelle image ou qu’elles récupèrent avant de frapper de nouveau?

Al-Qaeda a trouvé un terrain fertile en Afghanistan quand l’occupation russe a pris fin dans les années 1980. Le groupe a alors connu sa « période de gloire » jusque dans les années 2000, en s’en prenant à divers objectifs américains et aux bases des USA. L’invasion de l’Irak par les USA en 2003 et la présence de dizaines de milliers de soldats américains sur place en Mésopotamie offrait un cadre idéal, après l’Afghanistan, pour la prolifération d’extrémistes djihadistes au Moyen-Orient.

Al-Qaeda en Irak s’est métamorphosé en une organisation plus meurtrière et sanguinaire (Daech) après le début de la guerre imposée à la Syrie, en occupant la moitié de ce pays et le tiers de l’Irak. C’est alors que Daech est né, sous la direction d’Abou Bakr al-Baghdadi, l’un des diplômés (arrêtés pour ensuite être libérés) de « l’Université djihadiste » du camp Bucca, un centre de détention des USA.

Baghdadi est devenu le maître de l’Ijtihad en légalisant le pillage, en massacrant d’autres musulmans et des non-musulmans, et en réintroduisant le marché aux esclaves. Grâce à son système de communication ultra perfectionné et son utilisation des médias sociaux, son groupe a réussi à attirer des recrues de la Palestine, du Liban, de la Jordanie, de l’Égypte, de l’Irak, de la Syrie, du Koweït, du Bahreïn, de l’Arabie saoudite, de la Libye, de la Tunisie, de l’Algérie, de la Mauritanie, du Yémen, de l’Afrique et de bien des pays européens et des quatre coins du monde. Certains se sont ralliés pour l’argent, l’aventure, un endroit où rester ou un mariage facile; d’autres ont suivi un parent ou ami; d’autres encore avaient épousé la cause et voulaient vivre dans un « califat islamique prospère ». Les appels de Baghdadi, lancés au moyen d’outils de communication de pointe, ont rejoint aussi bien les intellectuels que les non-intellectuels. Ils lui ont répondu positivement, en formant le plus grand rassemblement de gens prêts à s’engager dans le djihad de l’histoire moderne.

Les frontières étaient ouvertes pour qui voulait rejoindre le « djihad » à partir de la Turquie, de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et du Liban, et pour permettre au groupe armé d’échanger des biens, du pétrole et des armes. Tous les tabous ont été levés en faveur d’une seule cause : un changement de régime en Syrie.

Quel était le plan? Remplacer le gouvernement laïque du président syrien par un émirat ou un État islamique? Installer un « État islamique » de facto, avec peu d’expérience en gouvernance et aucun allié sérieux, afin d’expulser la Russie de la base navale de Tartous (en vertu d’un accord conclu avec la Syrie en 1971, la Russie loue les installations de Tartous en échange de l’annulation de plusieurs milliards de dollars de dettes) et de protéger Israël contre « l’axe de la résistance »? Ce pourrait bien être la seule possibilité plausible à la lumière de la décision américaine de considérer unilatéralement Jérusalem comme la « capitale d’Israël », tout en menaçant quiconque se dresse sur le chemin. Cela explique aussi pourquoi l’Arabie saoudite voulait tant voir l’Iran et Assad perdre la guerre au profit de ces extrémistes, que le royaume avait envoyés et financés à coup de milliards de dollars pour qu’ils remportent la victoire et s’installent à la frontière d’Israël.

Le plan des USA, des l’UE, de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie et d’Israël a échoué en Syrie, car la victoire est allée à l’Iran, à la Russie et au Hezbollah. Mais les djihadistes takfiris vont-ils disparaître? Malheureusement, la réponse est « non ». Baghdadi n’a pas inventé un nouvel Islam, car sa source d’inspiration provient d’ouvrages se trouvant dans la plupart des bibliothèques islamiques du monde, qui invitent les lecteurs à tuer d’autres musulmans et des non-musulmans conformément à une interprétation particulière du livre saint, le Coran, et des Hadiths. Comment pourrait-il en être autrement? Des livres appelant à un discours de haine, au meurtre et à l’intolérance d’autrui continuent d’être largement distribués. Citons, parmi tant d’autres, « Millat Ibrahim », par Abou Mohammad al-Maqdisi; « Gestion de la barbarie », par Abou Bakr Naji; Jalons sur la route de l’Islam, par Sayed Qutb; Kitab al-tawhid, par Muhammad bin Abdel-Wahab; Fusul fil-Imama wal-Bay’a, par Abou Munzer al-Sharqiqi; Masael fi Fikh al-Jihad, par Abou Abdallah al-Muhajer; Maalem al-taifa al-Mansura, par Maysara al-Ghareeb; Rafa’ al-Iltibas, par Mohamad Al-Atibi; Fatawa Ibyn Taymiyah, Kitab al-Tawhid et Kitab al-kabaer, par Mohamad Ben Abdel Wahhab.

Il est vrai que les djihadistes sont en train de perdre le Levant et la Mésopotamie. Mais ils demeurent actifs dans le Sinaï (Égypte), en Afghanistan, au Yémen, en Somalie, au Nigeria et en Asie. Tuer des djihadistes n’est pas difficile. Sauf que leur idéologie est bien vivante et peut conquérir n’importe quelle ville. Ses outils et ses idées largement répandus peuvent convertir un être humain pacifique en une bête chassant d’autres êtres humains pour les tuer. De plus, la politique étrangère provocatrice des USA est l’une des principales sources de motivation permettant à cette idéologie de continuer d’exister. Apparemment, les USA n’apprennent pas de leurs erreurs. Occuper d’autres territoires signifie que tôt ou tard, les armes se retourneront contre leurs intérêts et ceux des États qui lui sont associés, et ce, partout dans le monde.

Ces dernières années, la politique étrangère des USA n’est qu’une suite d’échecs lamentables :

  • L’échec de la partition de l’Irak à la suite du référendum du Kurdistan a affaibli les USA et Israël.
  • La lutte entre l’Arabie saoudite et le Qatar a renforcé l’Iran et affaibli l’Arabie saoudite, un des alliés indéfectibles des USA.
  • La montée de Daech en Irak a permis la création des Hachd al-Chaabi (Unités de Mobilisation Populaire) et a donné plus de pouvoir à l’Iran et au Hezbollah en Syrie.
  • Le Hezbollah est devenu une force régionale qui menace Israël ainsi que les intérêts et les partenaires des USA au Moyen-Orient.
  • La politique étrangère des USA en Ukraine visant à élargir l’OTAN et son manque de volonté à éliminer Daech en Syrie et en Irak ont amené la Russie à entrer dans le jeu et à gruger une partie de la sphère de contrôle et d’influence des USA au Moyen-Orient.
  • Le président Assad est devenu plus fort qu’avant la guerre, car il est prêt à subir des pertes et à s’en prendre à Israël s’il le faut.
  • Le coup d’État raté en Turquie a éloigné ce pays des USA et l’a rapproché de la Russie et de l’Iran. Erdogan est même prêt à revoir Assad et à mettre leurs différends de côté.
  • L’enlèvement par l’Arabie saoudite du premier ministre libanais Saad Hariri a miné les relations du royaume avec de nombreux sunnites au Liban, en plus de rapprocher le pro-saoudien Hariri du Hezbollah.
  • Au Yémen, on se souviendra d’Ali Abdallah Saleh comme celui qui a trahi les Houthis et qui a été tué par les alliés de l’Iran en tentant de s’échapper.
  • Enfin, les USA sont devenus persona non grata dans le processus de paix palestinien à la suite de la décision de Trump de reconnaître la capitale de la Palestine comme la capitale d’Israël. Pour l’Iran et le Hezbollah, la décision de Trump était une véritable manne tombée du ciel après les dommages infligés par Daech, car il a ramené la cause palestinienne sur le devant de la scène. Même si Israël occupait déjà Jérusalem et creusait sous la ville et ses lieux saints, la décision explicite des USA a fait tourner la boussole de tous les djihadistes vers Israël et a rallié la plupart des Arabes derrière une cause, même s’ils n’y croient pas tous.

Depuis que le président Trump est au pouvoir, son alliance particulaire avec l’Arabie saoudite a fait en sorte que « l’ennemi Israélien » s’est transformé en « l’ennemi Iranien ». N’empêche que sa tentative ratée a eu l’effet contraire : le prestige saoudien est réduit à néant pendant que l’influence de l’Iran au Moyen-Orient progresse au rythme de l’éclair, grâce au leader de la révolution, Sayed Ali Khamenei, âgé de 78 ans, et qui dirige depuis 29 ans. Khamenei sème la crainte dans les cœurs de ses ennemis et reçoit le soutien de son peuple chaque fois qu’il prend la parole. Un simple geste ou une prise de position politique lui suffit pour que les Iraniens lui obéissent. Il siège au-dessus d’une structure dirigeante solide, sans égard aux désirs pris pour des réalités de l’Occident qui s’imagine sans cesse la chute de la République islamique. Khamenei a entraîné son pays vers de nouveaux horizons aux ramifications solides au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Afghanistan. Une grande partie du mérite en revient au cafouillage de la politique étrangère américaine.

Il semble que les USA sont devenus des experts dans l’art de transformer les victoires en défaites.

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