Les USA vont-ils accepter la défaite ou mettre au défi l’ours russe et le dragon chinois? (3 de 3)

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Par Elijah J. Magnier (à Damas)

Traduction : Daniel G.

La Russie a introduit la Chine à la Syrie pendant la guerre lorsque la marine chinoise est arrivée dans la Méditerranée pour atteindre les rives de Tartous et de Lattaquié, afin d’envoyer un message clair aux USA et à leurs alliés, à savoir que leur domination monolithique du monde était terminée.

Des milliers de djihadistes chinois ont combattu aux côtés de Daech et d’al-Qaeda et cela préoccupait Pékin, qui voulait les voir tous tués en Syrie. Une coopération entre les services du renseignement chinois et syriens a été établie. Damas possède une banque de données exhaustive sur les combattants étrangers et bien des pays du monde aimeraient y avoir accès, car des ressortissants de plus de 80 pays du monde ont été autorisés à entrer en Syrie dans le cadre d’une tentative ratée de renverser le régime syrien et d’établir un État islamique.

Mais Washington cherche encore à protéger sa position, en refusant d’enlever sa couronne de puissance dominante dans le monde qu’il porte depuis plus d’une décennie, et en étant prêt à combattre « l’axe opposé aux USA » par d’autres moyens à l’extérieur de la Syrie. L’establishment US et ses alliés évincent des diplomates russes et imposent des sanctions contre la Chine et l’Iran. De toute évidence, la défaite américaine en Syrie fait très mal.

Ce que Washington prétend ignorer, c’est que le monde ne croit plus au pouvoir militaire des USA et qu’il existe deux pays, la Russie et la Chine, qui sont moins arrogants et prêts à créer des alliances au lieu de harceler les pays plus faibles. Ces pays rassemblent plus d’alliés qui s’opposent à l’axe américain.

Les USA vivent encore à l’époque de 1991, quand l’Union soviétique s’est écroulée. Son déclin marqué s’est poursuivi jusqu’à l’arrivée au pouvoir du président Vladimir Poutine en 2000. Washington a alors réalisé que le nouvel occupant du Kremlin, dans le château des tsars, avait la ferme intention de regagner la gloire perdue. La Russie n’avait alors que ses armes nucléaires et rien d’autre, mais la volonté était forte de faire sortir l’ours russe de son hibernation.

Poutine n’a pas déclaré la guerre aux USA, mais a choisi plutôt de tendre la main et d’essayer de créer des liens d’amitié, ou du moins éviter toute hostilité. Mais Washington voyait bien que Moscou pourrait s’en remettre en quelques décennies et s’est évertué à ralentir le processus ou même à l’interrompre si c’était possible. Voilà pourquoi les USA ont commencé à tirer de leur côté de nombreux pays de l’ex-Union soviétique ayant déclaré leur indépendance, en les intégrant à l’OTAN et à l’Union européenne.

Tout comme la Russie, la Chine, qui possède une main-d’œuvre à bon marché et qui peut cloner toute technologie commerciale ou militaire, a perçu la crainte des USA suscitée par son essor économique rapide et sa richesse. Par conséquent, le rapprochement sino-russe était principalement dû à la politique américaine agressive à l’endroit des deux pays, en grande partie parce que les Américains se concentrent exclusivement sur leur puissance militaire dans leurs rapports avec le monde.

Washington a mis l’accent sur son contrôle naval de la mer de Chine méridionale et du détroit de Malacca, ramenant ainsi en mémoire sa présence militaire pendant la Deuxième Guerre mondiale, de façon à serrer la vis à Pékin. Les USA sont conscients de leur supériorité navale et savent que la Chine a besoin de la mer pour son commerce et son approvisionnement en énergie.

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La Chine a commencé à se protéger en créant en juin 2001 l’Organisation de coopération de Shanghai, de nature économique et politique, avec l’intention de se concentrer sur les initiatives économiques et d’accroitre la coopération militaire et antiterroriste par le partage de renseignements. L’Organisation englobe environ la moitié de la population mondiale et les pays suivants (donc cinq États nucléaires) : la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, la Mongolie, l’Iran, l’Inde et le Pakistan. Elle a aussi rejeté la demande de Washington et de Tokyo d’en faire partie à titre d’observateurs seulement.

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La Chine s’est rendue dans les pays affectés par la politique américaine afin d’établir un rapprochement. Elle a également adopté la stratégie dite du « collier de perles », dans le but de garantir la protection des voies maritimes d’États et d’îles qui encerclent l’Inde, le Japon et d’autres alliés des USA. Soixante pour cent du négoce pétrolier provenant du Moyen-Orient passe par l’océan Indien, ce qui fait en sorte que la Chine doit absolument protéger le détroit de Malacca, qui est indispensable pour elle. Par conséquent, Pékin a établi des relations avec la Malaisie, Singapour, le Myanmar, les îles Coco, le Bangladesh, le Sri Lanka et le Pakistan, en ayant aussi une présence sur le continent africain au Soudan et au Kenya.

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La Chine a également relancé la plus ancienne route commerciale terrestre remontant à la dynastie Han, qu’on appelait la « Route de la soie ». La Route de la soie chinoise moderne va lier Pékin au monde au moyen d’échanges commerciaux d’une valeur estimée à mille milliards de dollars (pour 900 projets distincts). La Route de la soie atteint 11 villes d’Europe et d’autres villes d’Afrique par chemin de fer et par pipeline et devrait réunir sept pays asiatiques sous le slogan « Une ceinture, une route ». Elle permettra à la Chine d’obtenir du gaz naturel et d’autres produits et desservira 70 % de la population de la planète.

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La Chine fait également partie des pays du BRICS, une organisation créée en 2009 et qui comprend le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, qui comptent pour environ 40 % de la production mondiale.

Dernier point, mais pas le moindre, en 2013, la Chine a mis sur pied une banque mondiale asiatique (Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, mieux connue sous le sigle anglais AIIB), afin de frapper les USA droit au cœur, qui rassemble 57 pays dont plusieurs pays européens, mais qui exclut les États-Unis et le Japon, son allié loyal.

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Forte de ses 100 milliards de dollars, l’AIIB cherche à mettre fin au contrôle financier des USA sur l’économie mondiale. Washington a perçu cela comme une provocation, qui vise à trouver des solutions de rechange au contrôle de l’économie et des finances mondiales que les États-Unis exercent sans rival depuis des décennies.

En imposant ses sanctions superficielles, mais continuelles, Washington croit pouvoir empêcher une union eurasienne (s’étendant de l’océan Atlantique à l’océan Indien et regroupant six grands pays possédant les 3/4 de l’énergie mondiale), afin de perturber la Russie et de contrarier la Chine.

Les USA songeaient aussi à créer un « OTAN du Moyen-Orient » pour contrer le « croissant chiite » et la « menace iranienne ». Cette idée a été abandonnée quand l’Arabie saoudite a entrepris sa guerre désastreuse contre le Yémen et parce que les pays du Moyen-Orient sont incapables de s’unir politiquement, économiquement ou militairement.

Pendant que les USA perdent le combat en Syrie, la plupart des pays ayant rejeté l’hégémonie américaine se rassemblent d’une façon ou d’une autre. Ces pays coopèrent, comme nous l’avons vu précédemment, pour mettre fin à la domination, à l’arrogance et à la politique étrangère destructrice de Washington.

Les USA croient aux changements de régime, imposés directement ou par l’entremise de mandataires, pour occuper ou contrôler des pays et extorquer des sommes colossales en contrepartie d’une protection pour éviter la chute des monarchies du Golfe (comme Donald Trump l’a dit lui-même à propos de l’Arabie saoudite). L’establishment US manipule également la jeunesse et l’exploite sous le label « militants pour la liberté », en la guidant vers des États en déliquescence, permettant ainsi aux extrémistes de s’en tirer à bon compte (comme en Libye, en Syrie et en Irak).

Les USA déploient des missiles partout où ils ont des bases militaires autour du monde et n’ont jamais songé à utiliser leur énergie et leur puissance pour soutenir l’économie et la paix. Ils ne cherchent qu’à contrôler les pays et les sources d’énergie, quelles qu’en soient les conséquences, parce qu’ils n’ont pas à rendre compte de leurs actes.

Les échecs abondent : échec du plan de Washington consistant à occuper sept pays (Iran, Irak, Syrie, Liban, Libye, Somalie et Soudan), dévoilé par le général Wesley Clark, général 4 étoiles de l’armée américaine à la retraite et commandant suprême des forces alliées de l’OTAN pendant la guerre contre la Yougoslavie en 1999; échec aussi en Afghanistan, en Irak et en Syrie pour avoir sous-estimé la réaction à sa politique étrangère.

Il a toutefois largement réussi à semer la haine dans la population musulmane, en détournant l’objectif d’al-Qaeda (qui était de mener la guerre à son ennemi lointain, c.àd. les USA) pour le remplacer par celui de Daech (qui est de frapper l’ennemi proche, c.àd. les minorités et les autres musulmans), et en ranimant une animosité entre musulmans vieille de 1400 ans. Aujourd’hui la majorité de la population occidentale croit que la guerre au Moyen-Orient se fait « entre musulmans. Laissons-les s’entretuer… Qui s’en soucie? »

Pendant que les États-Unis vendent pour 110 milliards de dollars d’armes à l’Arabie saoudite afin qu’elle puisse tuer plus de Yéménites et menacer ses voisins (le Qatar, la Syrie et l’Iran), la Russie signe dix ans de contrats avec la Chine d’une valeur de 600 milliards de dollars, et conclut d’autres contrats avec l’Iran, d’une valeur de 400 milliards de dollars. La Chine a signé aussi pour 400 millions de dollars de contrats avec l’Iran. Ces contrats visent la coopération économique et l’échange d’énergie, avec la promesse d’un avenir économique prospère pour ces pays, loin de la domination américaine.

Les USA croient qu’ils peuvent cerner la Russie, la Chine et l’Iran. La Russie partage 7 000 kilomètres de frontière avec la Chine, l’Iran n’est pas l’Irak et la Syrie n’est pas l’Afghanistan. Le destin d’un monde gouverné par l’unilatéralisme a pris fin en Syrie. Le monde se dirige vers le pluralisme.

Mais la question demeure entière : Washington est-il prêt à accepter sa défaite, à reconnaître qu’il a perdu sa domination mondiale et à se retirer de la Syrie?

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